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Lot. Face à la justice, on leur donnerait le bon Dieu sans confession… se sont-ils repentis ?

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Jugés par le tribunal correctionnel de Cahors, plus de 5 ans après des faits de consommation et de trafic de stupéfiants cannabis et cocaïne, passibles de peines d’emprisonnement, les sept prévenus assurent avoir changé de vie ; quel va être le jugement du tribunal, après la lourdeur des peines requises ?

Jeudi 20 mars 2025, six hommes et une femme ont comparu devant le tribunal correctionnel de Cahors, dans le cadre d’un trafic de drogue, dont les ramifications concernaient le Lot et les Hauts-de-Seine. Les faits remontent à la période courant de janvier 2017 à décembre 2019.

Un à un les prévenus s’entendent reprocher les infractions les concernant, grosso modo les mêmes : acquisition, transport, détention, offre ou cession, non autorisée de stupéfiants. Le rôle de chacun se trouve nuancé en fonction de son degré d’implication. Les stupéfiants qui circulaient portent sur du cannabis et de la cocaïne, retrouvés en petite quantité.

« Dépanner » : le mot le plus courant

Michel Huyette, le juge rapporteur, passe en revue les faits reprochés à chacun des prévenus, tout en reconstituant le mode opératoire du groupe. Ainsi, comme en pareil cas de figure, apparaît un donneur d’ordres ; un certain CD. Chez l’un des protagonistes, il est retrouvé 8 comptes bancaires et 12 chez sa mère. Des écoutes téléphoniques ont fourni de précieuses indications, des surveillances d’habitation ont permis de corroborer les soupçons de revente. Des voyages entre Cahors et la région parisienne, complètent le dispositif mis à jour. Lors des auditions devant les enquêteurs, peu ou prou chacun avait admis participer à ce trafic ; à présent, changement de musique.

Comme un leitmotiv, chaque prévenu explique qu’à l’époque des interpellations, il consommait des stupéfiants, ce qui n’est plus le cas à présent. Plusieurs d’entre eux prouvent cet arrêt de la consommation de cannabis ou de cocaïne en produisant des attestations médicales. À la barre personne n’admet avoir revendu du cannabis ou de la cocaïne. Leur refrain : « tout était pour notre consommation personnelle et si on achetait ou revendait quelques grammes par-ci par-là, de temps en temps, c’était pour dépanner ! » Le mot « dépanner » est le verbe le plus employé par les 7 prévenus.

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Consommateur depuis l’âge de 14 ans

« Je ne conteste pas les faits, j’étais consommateur depuis l’âge de 14 ans. J’ai commis la bêtise de dire haut et fort que je savais où me procurer de la drogue. À partir de 17 ans, j’ai consommé un peu de tout ce qu’on pouvait trouver. Conséquences : je me suis retrouvé en dépression, j’ai fait de l’hôpital psychiatrique. Je vivais par dépit, rien ne me plaisait, j’ai même fait une tentative de suicide… » déclare un certain A. Devant le tribunal il assure qu’il a arrêté toute consommation de stupéfiants depuis 4 ans. Il explique qu’il a trouvé sa planche de salut en achetant une voiture pour travailler en tant que saisonnier. À présent il a pu acquérir un camping-car et a réussi à stabiliser sa vie avec une compagne qui elle aussi fait les saisons. « Les seuls trous que j’ai dans mon parcours, ce sont les moments où j’ai dû arrêter de travailler pour aller me présenter devant le juge d’application des peines ». A. affirme qu’il a enfin trouvé son meilleur mode de vie et qu’il ne consomme plus du tout de stupéfiants. Il précise : « Cela ne me tente même plus ; mon cerveau le sait et mon corps aussi ». A. est âgé de 28 ans et il n’a jamais fait l’objet d’une condamnation pénale.

Pourquoi tous ces voyages à Paris ?

« Parce que j’étais consommateur, je me suis retrouvé dans le trafic ! » s’exclame B. Il explique avoir commencé la consommation de drogue dès l’âge de 16 ans, cannabis ou résine. De fil en aiguille, il accepte de faire des voyages à Paris, pour « rapporter de l’argent » de la part de CD. « Mais je ne posais pas de question, car en contrepartie de ces voyages, j’avais ma consommation assurée » soutient-il. Quant à répéter ce qu’il avait déclaré aux enquêteurs, à savoir que c’était CD qui était à la tête du réseau, il déclare : « c’était une supposition ! » Lui aussi a arrêté toute consommation addictive. Il travaille en tant que saisonnier et depuis un an et demi a intégré une entreprise d’espaces verts. Son salaire s’élève à 2000 € par mois en moyenne. B. a déjà essuyé plusieurs condamnations, liées à l’alcool ou aux stupéfiants. « À l’époque j’étais jeune et bête ! » commente-t-il.

Il ne comprend pas les accusations…

« Je ne comprends pas pourquoi on m’accuse de trafiquer alors qu’à l’époque des faits j’étais sous bracelet électronique et que je ne pouvais pas me déplacer ! » s’écrie CD. Lui aussi indique qu’il s’est rangé. Il travaille dans la restauration et aurait totalement arrêté la consommation de stupéfiants. Il est père de deux enfants de 5 et 6 ans. Le juge relève que le casier judiciaire de CD porte trace de plusieurs condamnations pour usage et détention de stupéfiants et auxquelles s’ajoute une interdiction de paraître dans le département du 92.

Du dépannage oui, mais pas pour de l’argent ?

« Je reconnais avoir été un consommateur, mais pas un vendeur que je ne suis pas ! » affirme CyD, le frère de CD, âgé de 48 ans. Il balaie les accusations d’incitation à la consommation ou à la vente. « Personne n’a incité personne ; tout le monde est majeur ! » souligne-t-il. Il admet avoir participé à du dépannage, « mais ce n’était pas pour faire de l’argent » s’empresse-t-il d’ajouter. À présent, lui aussi assure avoir changé de vie. Il travaille en tant qu’intérimaire dans le bâtiment. Il est père de 4 enfants, dont le dernier est âgé de 5 ans. Sa fiche pénale est noircie par de lourdes condamnations.

« La drogue : un engrenage qui ne s’arrête pas… »

Incarcérée, dans le cadre d’un autre dossier, Mme E.B n’a pas froid aux yeux. Elle se tourne vers ses co-prévenus, tous dans leurs petits souliers et elle déclare : « Je suis un peu choquée, car personne n’assume, mais moi je n’ai pas envie de porter le chapeau pour tout le monde ! ». À travers sa déclaration elle cherche à remettre les pendules à l’heure, sans hésiter à dire qui a fait quoi. Madame travaillait pour le compte du Conseil départemental du Lot, au moment des faits. Et elle raconte sans faire de dentelle, comment les choses se sont passées, quitte à rétablir quelques vérités au passage. Elle reconnaît avoir fumé de la cocaïne, mais « à Cahors, il y en a partout » assure-t-elle. Elle poursuit : « Cette consommation a détruit ma vie. J’ai tout perdu, ma voiture, mon appartement, mon travail et c’est ma sœur qui s’occupe de mon enfant ; la drogue c’est un engrenage qui ne s’arrête pas. Je suis suivie par un psychiatre ».

Mme E.B. explique qu’elle a retrouvé un compagnon loin de ce milieu, qui l’aide à remonter la pente. Elle ajoute : « Je termine de payer ma dette à la société et j’entends reprendre un travail dans la restauration ». Son casier judiciaire est entaché de plusieurs peines.

La drogue : pour avoir une vie sociale ?

« Je ne suis pas vendeur mais consommateur ; ce qui m’arrangeait c’est que toutes les rencontres qui se déroulaient chez moi, me donnaient l’occasion de voir du monde, sinon je n’ai pas de vie sociale ! ». Selon ses dires les stupéfiants arrivaient dans son appartement sans qu’il connaisse leur provenance. Comme par enchantement ? Ainsi s’exprime P. qui après avoir été victime d’un grave accident de la route, vit reclus dans son appartement. Son fils âgé de 14 ans est placé chez sa mère.

 » J’avais commencé la drogue au collège ! « 

« Après cette histoire, j’ai tout arrêté au niveau des stupéfiants, par peur de la sanction ! » ajoute-t-il. Âgé de 40 ans, il perçoit l’allocation pour adulte handicapé et estime ne pas être en mesure de retravailler un jour.

Pa quant à lui, avoue avoir « baigné » dans la drogue depuis l’âge de 15 ans. S’agissant de ses coprévenus, il soutient lui aussi, « qu’il ne s’agissait que de dépannage, juste pour avoir de quoi assurer sa propre consommation ». Depuis 5 ans, il ne consomme plus rien, dit-il. Avec sa compagne, ils ont deux enfants. Il travaille dans un organisme traitant des espaces verts.

Des peines requises de 2 à 4 ans de prison

Après avoir entendu les déclarations des sept prévenus, Mme Vallat, Substitute de la Procureure de la République, s’indigne de « ce fléau de notre société, qu’est la drogue, qui investit tous les territoires et l’ensemble de la population ». Selon les derniers rapports sur la consommation de drogue, celle-ci connaît une augmentation constante. 299 000 personnes en France, seraient sous le coup d’une mise en cause par rapport à la législation sur les stupéfiants. « Et la drogue s’invite dans les cours d’école ! » continue-t-elle. Elle poursuit : « Il faut être ferme et sans relâche, face à cette gangrène du territoire ! » Visiblement, la magistrate ne s’est pas laissée apitoyer par les déclarations des prévenus. Elle relève que les infractions sont constituées et les peines requises tombent sur la tête des prévenus, telle une tempête de grêle. La peine la plus basse porte sur 2 ans de prison, dont un an avec sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligation de travail, de soins et interdiction de contact avec les autres co-prévenus… Quant à la peine la plus élevée, concernant la tête de réseau, elle s’élève à 4 ans de prison, dont un an avec sursis probatoire pendant 2 ans, avec obligation de soins, de travail, interdiction de contact avec les autres prévenus et interdiction de paraître dans le Lot pendant une période de deux ans !

« Ils ne sont plus ce qu’ils ont été ! » clament leurs avocats

Sonnés par la lourdeur des peines requises, les avocats des prévenus ne vont pas ménager leur peine pour justifier leur demande de clémence du tribunal, au regard de l’évolution du comportement de leurs clients, plus de cinq ans après les faits. Me Luc Mazars ouvre le feu, observant que ce trafic n’a mis en avant aucun montant financier généré par un soi-disant trafic de drogue. À ses yeux P. a été « naïf en recherchant une vie sociale » à travers ce type de relations. Il demande une peine avec sursis.

Pour sa part Me Aurélie Smagghe, avocate de Pa, estime « Qu’on marche sur la tête » avec de telles réquisitions. Elle estime que le Ministère public n’a pas démontré la caractérisation des infractions. Elle suggère une peine de sursis pour son client, tout au plus, une peine en jours-amende…

« Il n’y a rien au fond ! » tonne Me François Faugère qui qualifie de « riquiqui » un tel dossier. Il fait valoir les troubles du comportement dont son client A. a été atteint, marqués par une tentative de suicide. « C’était la misère dans sa vie ! » s’exclame-t-il. L’ancien bâtonnier assure que son client s’est ressaisi et qu’il convient à présent de l’encourager à persévérer plutôt que de l’enfoncer. « Vous jugez la misère des hommes et c’est aussi la rédemption qu’il vous faut prendre en compte ! » affirme-t-il à l’adresse du tribunal et pour lui la juste peine doit s’en tenir à du sursis.

Quant à Me Alexopoulos, pour le compte de CD, espère elle aussi que soit revue à la baisse les prétentions du Parquet. « Avec 4 gr de cannabis retrouvés, on ne peut pas parler d’un réseau ! » observe-t-elle. Elle demande au tribunal de ne pas s’en tenir aux condamnations passées de son client, qui à présent, est passé à autre chose. Elle réfute également l’interdiction de séjour dans le Lot, « qui n’a pas lieu d’être prononcée ».

Le tribunal a mis le dossier en délibéré et rendra son jugement à la date du 10 avril 2025.



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