À 95 mètres de hauteur, elle était la tour d’habitation la plus élevée au nord de Paris. La tour Kennedy de Loos-lez-Lille va disparaître. Vidée de ses habitants, elle est peu à peu « déshabillée » pour être allégée avant son dynamitage cet été. Le quartier des Oliveaux où elle trône sera totalement réhabilité dans le cadre de la politique de rénovation urbaine. On revient sur son histoire, et sur ce chantier exceptionnel. Et on vous partage des images vues d’en haut !
Construite en 1968 comme un totem et un modèle de modernité
1968 : une nouvelle tour, immense avec ses 28 étages et ses 95 mètres, s’élève en plein quartier des Oliveaux à Loos. « C’est l’architecte Jean-Pierre Secq, adepte du mouvement brutaliste, qui l’a conçue comme un totem au milieu, littéralement, du quartier », rappelle la maire de Loos, Anne Voituriez. À l’époque, un tel bâtiment représente le « summum » de la modernité, avec ses ascenseurs et ses équipements tout confort.
« Au départ, la proximité avec le CHR avait séduit les jeunes médecins et les étudiants en médecine », rappelle la maire.

Un quartier qui se dégrade
Mais la mauvaise réputation du quartier prend peu à peu le pas sur son attrait. « On ne voulait plus venir habiter les Oliveaux, et encore moins la tour ! », retrace la maire. Elle détaille ce qu’elle appelle « une stratégie d’évitement ».
Les commerces ont commencé à partir, concurrencés par les supermarchés. Les usines de Loos ont fermé. D’une population mixte, on est passé à une paupérisation des habitants. Délinquance, incivilités et trafic de stupéfiants se sont développés… Aux Oliveaux, on était à 85 % de logements sociaux ! Après la rénovation du quartier, on sera à 55 %…

La ghettoïsation du quartier, replié sur lui-même, avec peu d’ouvertures routières vers le centre-ville, n’arrange rien. Repenser le quartier est devenu urgent. « En 2014, les Oliveaux ont été choisis pour faire partie de la politique de rénovation urbaine », dit encore Anne Voituriez. Dix ans plus tard, le chantier est presque achevé.
L’objectif est simple : que les familles aient envie de venir vivre aux Oliveaux !

Une rénovation trop compliquée
Pourquoi abattre la tour et non pas la réhabiliter ? Eric Cojon est le directeur général de Partenor Habitat, le propriétaire de la tour. « Ce bâtiment est devenu une structure lourde à gérer. Il faut 13 salariés à temps plein rien que pour la tour ! Les coûts d’entretien ont explosé. La tour n’est plus adaptée aux normes d’aujourd’hui. Les ascenseurs par exemple : ils amènent à des demi-étages, il y a toujours quelques marches à monter entre chaque étage. Pour les personnes à mobilité réduite, c’est inconcevable de nos jours… » Sans compter l’amiante présent dans tout le bâtiment.

La décision d’abattre la tour est prise, le chantier se prépare depuis un peu plus d’un an. Il a fallu reloger les 220 foyers qui y résidaient, les derniers habitants sont partis en décembre 2023.
Ensuite, tous les éléments démontables ont été récupérés, « car on est désormais dans une stratégie de recyclage », rappelle Eric Cojon. 122 tonnes d’éléments réemployables seront démontées à terme (dalles, sanitaires, éviers, vitres…). Ce qui donne une impression de « dépeçage » pour ne garder que la structure béton !

Pourquoi le 20 juillet ?
Le 20 juillet 2025, ce sera fini. La tour sera dynamitée et s’effondra. Pourquoi ce jour ? « L’été, il y a moins de monde, et en plus c’est un dimanche pour ne pas perturber la vie du quartier », nous signale-t-on sur le chantier. Le foudroyage aura sans doute lieu vers midi, « à voir selon le temps ».
Les 1700 habitants du périmètre seront évacués quelques heures. « Les 19 000 tonnes de gravats de la tour seront recyclées pour servir aux infrastructures routières ! », ajoute le responsable de Partenord Habitat.

Et après ?
Une nouvelle phase commencera alors pour le quartier. Car cette destruction s’inscrit dans un chantier plus vaste, le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain, le NPNRU. « On détruit l’équivalent de 424 logements, sur 3 tours, et on en reconstruit 380 nouveaux, plus 893 réhabilitations », dit Eric Cojon.
Halle couverte, nouvelle Cité des enfants et des parents, nouvelles routes, pistes cyclables, square, espaces verts seront aménagés à partir de septembre 2025. Le coût total de la rénovation est de 170 millions d’euros. Pour désenclaver le quartier et en finir avec la mauvaise réputation du secteur.
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