Revenu sur les terrains fin février après une blessure qui l’a tenu éloigné, Jacques Siwe, l’attaquant star et meilleur buteur de l’En Avant Guingamp cette saison, est plus motivé que jamais. Dans cet entretien, il révèle ses ambitions brûlantes : faire vibrer les supporters, hisser son club au firmament et arracher une qualification pour les barrages d’accession à la Ligue 1, avec l’espoir d’offrir une montée historique à l’EAG !
Vous êtes revenu il y a près d’un mois à la compétition. Comment allez-vous ?
Ça va beaucoup mieux, j’ai retrouvé des sensations, j’ai pu remarquer un championnat et je me sens super bien. On est prêts à attaquer cette fin de saison qui peut être plutôt pas mal. En espérant gagner le nombre de matchs qu’il faut pour atteindre notre objectif. Je me sens vraiment prêt, en forme, comme au début de saison.
On sentait que le groupe avait besoin de cette trêve pour recharger les batteries aussi…
Oui, exactement. C’était ça l’objectif aussi : se ressourcer auprès de nos familles, auprès de nos amis. Ça a fait du bien à tout le monde, surtout qu’on a eu deux week-ends de suite. On s’est bien reposés, on sait qu’on a un mois et demi à faire plein pot et que ça va aller très vite, qu’il faudra être prêt. Mais je pense que tout le monde est bien, en forme, ressourcé, reposé. On a à peu près tout le monde, il n’y a pas beaucoup de blessés, donc ça va. Tout le monde est disponible.
Avant la trêve, justement, il y a eu deux victoires. Est-ce que le fait d’avoir cette coupure casse un peu la dynamique ou alors justement permet de revenir au travail sereinement, dans la confiance et la bonne humeur ?
Oui, c’est bien d’enchaîner, mais je ne dirais pas que ça casse la dynamique. Ce repos-là arrive au bon moment car, pour attaquer ces matchs-là, il faut être à 200%. On sera à plus de 200%, donc la trêve a fait du bien. Bien sûr, tout le monde voudrait enchaîner et garder la même dynamique, mais des fois, ça ne fait pas de mal de se ressourcer et de se dire que voilà, on a gagné deux fois, on se repose et on sera encore plus déterminé quand on va revenir.
Vous allez lancer la dernière ligne droite avec 7 matchs jusqu’à la fin de saison. Ça commence dès ce week-end avec un gros affrontement face à Laval…
Exactement. Laval, une équipe qui vient nous titiller parce qu’ils sont à deux points. Une équipe qui, depuis l’année dernière, est très régulière. C’est une très bonne équipe qui, surtout, joue le haut de tableau. Je pense que ce sera un très, très, très bon match. Si, entre guillemets, on gagne ce match-là, on peut les distancer, se donner un peu d’air et regarder davantage vers le haut. Actuellement, on est entre les deux, donc on fait attention à ce qui se passe en bas aussi, parce qu’on ne sait jamais ce qui peut arriver. On sait qu’une mauvaise série pourrait nous mettre dans le trou et, je pense, nous mettre hors de nos objectifs. Donc, ça va être un gros match. Il faudra avoir, comme toujours, cette envie de gagner. Et puis, on joue à domicile… C’est ça aussi qui nous arrange le plus. Jouer à domicile, retrouver un bon terrain aussi, car on sait que le Roudourou est une galette. Le retrouver dans cet état-là avec des mois plus difficiles, ça fait du bien.
Il y a donc un peu de calculs ? D’autant qu’Annecy (7e) est déjà à cinq points…
On sait que les équipes qui sont derrière nous sont proches et que ce championnat est très serré. Si tu ne gagnes pas de match et que derrière ça revient bien… On le sait. On sait ce qui se passe au-dessus de nous. On sait ce qui se passe derrière. On est très concentrés sur ce qu’on fait. Si on gagne, ça va bien se passer.
Y a-t-il de la frustration par rapport à vos récents matchs contre les membres du Top 5 ?
On n’a pas su gagner ces matchs-là, mais pour autant, on n’a pas fait de mauvaises prestations. On a fait de belles prestations collectives et tout le monde a été bon, mais voilà on s’est fait prendre dans les moments où on était un peu moins bien et les équipes en ont profité. Certes, on a loupé le coche, mais c’est derrière nous. On sait que là, on a Laval, qu’on a Dunkerque et Lorient, des équipes du haut de tableau, donc on va essayer de faire tout ce qu’il faut pour prendre les points.
C’est désormais assumé, le club va tenter de jouer les barrages. Vous, à titre individuel, vous avez atteint cet objectif de 10 buts. Il ne reste plus qu’à le pulvériser…
À titre collectif, oui, c’est décidé, on sait qu’on veut jouer les barrages. On sait que c’est important pour le club. L’objectif, c’est surtout de remettre Guingamp sur la carte.
Ça fait 2-3 ans qu’on peut y être, mais on n’y est pas parce qu’on fait des mauvaises séries ou parce qu’au moment où ça doit basculer, on ne le fait pas.
On sent cette année que c’est un peu mieux et qu’on apprend de nos erreurs. Ça va être très important pour le club, très important pour le groupe aussi, parce que peu de personnes ont déjà vécu des barrages. C’est une expérience à vivre, je pense.
Et à titre individuel ?
Les dix buts, c’était l’objectif. J’en suis très content. Maintenant, je ne vais pas me prendre la tête à me fixer un autre objectif.
Je vais prendre tout ce qu’il y a à prendre, tout ce que je peux faire comme passe décisive ou comme but, je vais le faire et essayé de le faire à fond.
Après, je sais qu’en 7 matchs, je peux mettre beaucoup de buts. Il suffit d’un doublé, un triplé, d’enchaîner les buts…
Ce cap me fait plaisir, surtout que c’est ma première saison où j’enchaîne les matchs, ma première saison en Ligue 2 où je suis un élément de l’équipe qui joue souvent les matchs.
7 matchs… Ou bien plus en cas de barrages !
Oui, on peut aller jusqu’à dix matchs (rires). Il peut rester beaucoup de matchs, c’est ça qui est bien aussi. Je pense qu’il en restera beaucoup parce que je ne doute pas de la capacité de l’équipe.
Surtout que le staff est déterminé à ne pas nous lâcher et que, quoi qu’il arrive, quoi qu’il se passe, que les matchs soient gagnés ou pas, on jouera tout à fond jusqu’à la fin.
On sent que ce groupe a envie de prolonger le plaisir…
C’est ça aussi. C’est une saison où on a un groupe assez jeune avec quelques cadres qui sont là pour nous accompagner. Encore une fois, c’est plaisant et on le voit sur le terrain.
On joue comme si on était des frères ou des mecs qui ont toujours joué ensemble, alors que la plupart, c’est la première année où on joue en pro ensemble. Après, pour la plupart, on a pu se côtoyer en N2. C’est ce qui fait notre force.
Vous ne vous fixez pas de nouvel objectif, mais Amine El Ouazzani avait inscrit 12 buts en championnat l’année dernière…
Ce n’est pas loin. Si je pouvais faire mieux qu’Amine, ce serait un plus. Ce qu’Amine avait fait avec 12 buts, c’était incroyable ! Franchement, si je peux dépasser cette barre-là, je vais le faire.
Après, si je ne la dépasse pas, c’est comme ça. J’essaie de ne pas me donner de limite. Tout ce que je peux me mettre dedans, je vais le mettre dedans.
Derrière vous, il y a également Amine Hemia ou encore Brighton Labeau qui se montrent décisifs…
Bien sûr, c’est important. Dans l’équipe, c’est bien que chacun puisse marquer. C’est comme ça qu’on voit la force d’un collectif. Tout le monde ramène sa terre à l’édifice.
Au début de saison, je jouais un peu plus, puis il y a eu cette période où on a eu beaucoup de blessés et tous ceux qui ont pris le relais ont fait ce qu’il fallait. Surtout, ça met en confiance et tout le monde se pousse. C’est de la concurrence saine. On est tous contents quand quelqu’un marque.
À quel point est-ce important d’avoir un joueur comme Brighton Labeau*, qui peut marquer, passer ?
Ce que fait Brighton depuis le début de saison, mais plus encore depuis qu’on est revenu en 2025, c’est vraiment bien.
Il savait qu’il fallait qu’il apporte ça. On l’a recruté cette année pour qu’il nous aide et il est en train de nous aider, donc, c’est parfait.
Sur mon dixième but, le fait que ce soit lui qui me la mette, c’est encore plus significatif, en sachant qu’on est deux attaquants avec un profil différent.
On n’hésite pas à se faire la passe et j’ai été très content pour lui quand il a marqué contre Troyes et qu’il nous a fait gagner.
Pour la sélection avec l’Algérie de votre ami Sohaib Naïr, vous avez été content également ?
Je suis très, très heureux pour lui. Et je lui ai dit, c’est comme si c’était moi qui était devenu Algérien. Ça fait vraiment plaisir. C’est quelque chose d’incroyable pour lui et je pense qu’il le mérite après tant de sacrifices.
Quand on est arrivés, c’était dur et tout le monde ne le sait pas. Il s’est accroché jusqu’au bout. J’ai eu la chance de monter (en pro, NDLR) un peu avant, puis il m’a rejoint.
Et là, ce qu’il fait cette année, ça ne m’étonne pas, je connais ses qualités. C’est un top joueur, un top défenseur et cette sélection-là, avec l’Algérie, il la mérite amplement. Je lui souhaite de réussir avec son pays. Ça doit être une fierté pour lui.
Vous avez connu une trajectoire plus ou moins similaire avec le chômage, l’arrivée pour jouer avec la réserve, le contrat professionnel, la Ligue 2…
Cette sélection, c’est le résultat de tout ce qu’il a fait depuis qu’il est arrivé en N2. Il y a eu des galères, le chômage, les recherches d’appart… Ça n’a pas été toujours facile. Le fait de ne pas toujours rentrer à Paris aussi, de ne pas pouvoir voir forcément beaucoup nos familles.
C’était nouveau pour nous aussi de découvrir une ville comme ça. Parce que lui, il était à Toulouse. Moi, j’étais à Annecy. Des villes où ça bougeait un peu plus.
C’était bien pour vivre, mais Guingamp, pour le foot, c’est incroyable. Tu peux te concentrer sur ça, il n’y a pas forcément beaucoup de distractions. On a su s’adapter à la ville de Guingamp et aujourd’hui, on en est là.
Sa trajectoire peut également vous donner des idées, vous qui êtes éligible pour représenter la France ou le Cameroun ?
Pour moi, ce serait un peu tôt de parler de parler de sélection, car je suis un joueur qui n’a pas encore assez prouvé pour prétendre à l’équipe du Cameroun.
Pour l’instant, on ne va pas brûler les étapes, je me concentre sur la fin de saison avec Guingamp. Et quand il sera l’heure de faire un choix entre le Cameroun et la France, je le ferai.
On parle de cinquième place, mais si vous sortez bien du triptyque Laval-Dunkerque-Lorient, ça peut être différent…
Ça peut donner une autre tournure. Comme on dit, rien n’est impossible. Si on gagne ces trois matchs, on sait où on sera et ça pourrait être incroyable. On pourrait parler de troisième place ou de montée directe, mais je pense qu’on va prendre match par match.
Déjà, si on gagne ce week-end, ça va nous mettre sur de bons rails pour aller à Dunkerque. Après, on va recevoir ce fameux match contre Lorient. Un match très important, où il y aura beaucoup de monde car c’est un derby. Mais voilà, il ne faut pas se mettre de limites.
Il ne faut pas se dire qu’on va jouer que la cinquième place. On sait que c’est une place « suicide », parce que tu joues contre le 4e, puis le 3e, puis contre la Ligue 1. Se déplacer, c’est dur.
On l’a vu cette saison. Les matchs à l’extérieur, ça n’a pas été toujours facile. Mais quand tu joues à domicile, c’est autre chose encore, avec notre Kop et tout le reste…
Finir quatrième, troisième, ou monter directement, ce serait encore mieux. On verra bien ce qu’il se passera en fin de saison, mais bien sûr, on ne se donne pas de limite sur la place où on doit finir.
On doit juste gagner les matchs et on fera les comptes à la fin. L’objectif, c’est bien sûr de finir dans les cinq premiers. Mais pas cinquième, si possible…
*interview réalisée avant que le buteur martiniquais ne se blesse en sélection
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