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l’incroyable parcours du champion du monde Léo Grisel



Champion du monde. Quel titre ! « Il fait tellement de bien », souffle Patrick Grisel, le père. Il a été raflé par Léo Grisel, le fils.

Cela a fait plaisir à tellement de monde.

Corinne, la mère

La famille de Vauville (commune déléguée de La Hague, Manche) a, pour quelques semaines, retrouvé ses habitudes dans sa maison du bord de mer.

Mais tous leurs yeux brillent encore à l’évocation de ce tout nouveau titre acquis il y a seulement quelques semaines.

Sport de montagne, enfant du bord de mer

Dans quelle discipline ? Léo est pilote de VTT de descente. Mais c’est en snow bike qu’il s’est imposé : du VTT sur une piste enneigée. « C’était complètement inattendu », sourit le Haguais de 22 ans.

C’était sa première compétition sur neige. Et l’habitant du Cotentin n’avait forcément ni le terrain, ni le climat pour s’entraîner. Il n’a jamais quitté la Hague, ou presque. Pourtant, il performe au plus haut niveau en VTT de descente.

Je suis le seul compétiteur normand sur le circuit international. Il y a un Breton aussi, mais les pilotes français viennent davantage du sud de la France.

Léo Grisel

Faire un sport de montagne, quand on a grandi près de la mer, demande un sacré investissement. Pour le pilote mais aussi pour toute la famille. « Nous partons en camping-car tous les week-ends, sur les différents terrains de compétition. Mais cela ne nous a jamais coûté, détaille Corinne Grisel, c’est notre mode de vie, une évidence pour nous. »

Et à cela, le titre de champion du monde n’a rien changé. La famille, père, mère et fils reprennent la route dès ce week-end. Léo participe à des étapes du championnat du Portugal.

Le but, grappiller encore des points pour le classement mondial. Ces précieux points lui permettent de rester dans le Top 50 mondial, et ainsi d’être qualifié d’office pour les étapes du circuit coupe du monde, sans être sélectionné par l’entraîneur de l’équipe de France.

Des parents souvent indispensables

Des parents souvent indispensables

Ils sont les héros de l’ombre. Indispensables au bien-être de leur champion. Ils sont ceux qui les connaissent le mieux, ceux qui les ont accompagnés dès les premiers pas, qui les ont mis au monde. Parents de champion n’est pas de tout repos, pourtant aucun n’aurait troqué sa vie contre une autre, plus sereine. « Nous avons consacré, nous aussi, notre vie au tennis. Pourtant, nous n’étions pas du milieu », résume Sylvie, la maman d’Alice Robbe.

C’est « une vie en décaler », rythmée par les compétitions, s’accordent à dire tous les parents de champions. Le planning des fêtes de famille s’accorde à celui des compétitions. « C’est souvent des heures de route le vendredi. Du stress du samedi au dimanche, pendant les compétitions, et des retours tardifs pour attaquer une nouvelle semaine au travail le lundi matin », résume Corinne et Patrick Grisel. « Nous n’avons pas de vacances. Les compétitions sont souvent plus fatigantes que les journées de travail », ajoute Sylvie Robbe. S’occuper de l’intendance, du médical, trouver des sponsors, préparer les repas pour le week-end, le tout en supportant son enfant sans le pousser. Le conseiller du mieux possible sans lui mettre la pression. Prendre en compte ses états d’âme sans amoindrir ce qu’il ressent. « Nous avons fait comme nous pouvions, au feeling. Il n’y a pas de cours, et le sportif de haut niveau n’est pas forcément très bien aidé en France. Alors nous avons fait. Pas toujours bien sûrement, mais du mieux qu’on pouvait, toujours », sourit Sylvie Robbe.

Et même quand le plus haut niveau est atteint, quand le champion est majeur, et vit de son sport, les parents ne sont jamais loin. « Nous avons un peu levé le pied, mais à chaque compétition, même quand elle est loin, nous avons toujours Alice au téléphone, chaque jour », raconte encore la maman de la championne. Pour débriefer, consoler, ou féliciter, selon le résultat. Et même quand son enfant a grandi, le stress ne s’évapore jamais. « Comme tout parent, nous souhaitons le meilleur pour son enfant. Alors chaque compétition est un examen en quelque sorte, on veut qu’il réussisse ! » Laurence Taja ne dira pas le contraire. La maman de Julien Épaillard nous confiait avoir eu très « mal au cœur », après la 4e place de son fils, aux Jeux olympiques. « Il va être tellement déçu », se souciait-elle. Même quand son champion à 47 ans, les parents vivent encore au rythme de ses performances. Avec son lot d’angoisse.

C’est le combat de chaque saison depuis qu’il a entamé sa carrière de sportif de haut niveau. Un choix sans appel pour Léo, mais qui n’était pas une évidence pour ses parents. « Léo a toujours fait du sport, et du vélo ! À 4 ans, il a commencé ses premières compétitions de BMX », explique Patrick Grisel.

Lui est féru de motocross, alors c’est un plaisir de voir son fils évoluer sur les terrains de bosses. Pour Corinne, le plaisir est moindre.

Je ne suis pas compétition, je voulais surtout qu’il s’amuse et… qu’il ne se blesse pas évidemment.

Corinne

Mais Léo est compétiteur et très vite, gagner, devient l’objectif. « Je me souviens que ma première course je suis arrivé 2e, et je n’avais vraiment pas aimé ! », se remémore-t-il.

Finalement, à 12 ans, le BMX le lasse. Il en parle à ses parents. « Mais nous lui avons dit qu’il devait terminer sa saison. Nous avions payé une licence, alors nous voulions qu’il comprenne qu’on ne commence pas les choses sans les finir ».

Mais le sort en a décidé autrement. La leçon est venue d’ailleurs. Léo tombe lourdement. « Il a failli perdre son bras, et encore aujourd’hui il est handicapé de son bras droit à hauteur de 25 % », détaille Corinne. Le poids de la culpabilité est énorme. « Évidemment, nous nous en voulons encore aujourd’hui. Nous voulions lui inculquer des valeurs, mais comment ne pas le regretter ? », soupire le papa.

Remis en selle pour un nouveau sport

Finalement, Léo remonte sur un vélo un an plus tard. Mais cette fois, il se lance dans le VTT de descente. « Tant qu’il faisait du sport et rebondissait, nous étions heureux. Jamais nous n’aurions imaginé qu’il irait aussi loin », sourit Corinne.

« Si, moi, j’avais quand même une pointe de déception qu’il arrête le BMX, il avait réalisé déjà de belles performances », avoue Patrick. Mais les parents le soutiennent une fois encore et investissent, encore davantage, pour que Léo puisse pratiquer son sport, en compétition.

À 13 ans, il s’élance sur le championnat de Bretagne. « Il n’y a pas de championnat en Normandie ! », glisse Léo. Père et fils s’échappent alors tous les week-ends pour courir les étapes.

Moi, j’accompagnais ma fille. Parce que Léo a une sœur qui a pratiqué équitation et planche à voile. Elle adore son frère, mais cela n’a pas été facile pour elle. Elle n’a jamais partagé ses loisirs avec son père. 

Corinne

Patrick ne peut se séparer de son fils. Il a la casquette de chauffeur, mais aussi de coach, de soutien et surtout, c’est lui le mécano. Progressivement, le duo roule de mieux en mieux.

Dès la deuxième année, Léo enchaîne Coupe de Bretagne et Coupe de Belgique (ouverte aux -16 ans contrairement à la Coupe de France). Pour s’équiper, Léo trouve du matériel à droite ou à gauche. « J’avais deux ou trois aides », détaille le champion.

Sinon, papa et maman financent. « Nous pouvions nous le permettre, mais c’est clairement un investissement. » Léo commence à engranger les premiers résultats prometteurs. Il pense déjà en faire son métier.

« L’école, ce n’était mon truc, je ne voyais pas trop l’intérêt. » Il décroche son bac. Remplit ses vœux sur Parcoursup. Mais ne les réalisera pas. Il décide de se consacrer à son sport. Une crispation pour Patrick. « Pour moi, concilier sport de haut niveau et étude étaient possibles. »

Mais non, tu vois bien que depuis que je passe l’hiver dans le sud à m’entraîner, j’ai davantage de résultats..

Léo

« C’est une sécurité, ne serait-ce que financièrement d’avoir un métier stable », soupire le père. Un conflit éternel semble-t-il. Celui de nombreuses familles. « Il a passé un diplôme pour être coach », tempère Corinne, habituée aux discussions houleuses entre ses hommes.

Se faire remarquer par une « grosse maison »

Pour vivre de son sport, Léo doit se faire remarquer par une grosse structure. C’est souvent en junior 2 que cela se passe. Léo lui, n’a cependant pas eu cette chance. Il s’est blessé cette saison-là, alors qu’il était en stage de l’équipe de France.

Cette fois, c’est la cheville qui le privera de la saison. Il revient en 2021 pour courir dans les Élite 1. Une sacrée marche l’attend. Petit à petit, il la franchit. Progressivement, Léo prend aussi conscience de l’importance de l’entraînement.

Avant, je m’entraînais un peu l’hiver, en restant en Normandie. Aujourd’hui, je sais que je ne le faisais pas assez sérieusement.

Léo

Le papa, alors coach, acquiesce. En 2023, après deux saisons où « il manquait forcément le petit truc », Léo choisit de passer l’hiver près de Nice, aux côtés d’un autre pilote qui roule dans une structure professionnelle. « Cela a été dur pour Patrick. Ne pas savoir ce qu’il faisait notamment », sourit Corinne.

Mais l’entraînement porte ses fruits. Les classements s’enchaînent davantage. Il réitère l’année suivante et, faute de grosse maison, créé sa structure avec son coéquipier : G2 Racing, qui regroupe quatre pilotes. Ensemble, ils remportent la Coupe de France. « Nous entraînons aussi deux jeunes, pour leur fournir l’accompagnement dont nous avons manqué », explique Léo.

De son côté, il continue à mettre toutes les chances de son côté pour atteindre les sommets. Pour Noël, ses parents lui ont offert l’accompagnement, durant toute sa saison, d’un préparateur mental. « Il m’aide dans la gestion du stress. Du mien mais aussi celui de mon entourage. »

Gérer son stress

Patrick le reconnaît, à chaque course, il a du mal à gérer son stress. « Depuis son accident en BMX, je ne peux pas le regarder. Je regarde à la ligne d’arrivée. »

Indispensable dans les performances de son fils, il a toujours le rôle de mécano, Patrick avoue qu’il laisserait volontiers sa place à un professionnel. Surtout si c’est parce que Léo a décroché sa place dans une « grosse structure ». Le rêve de Léo est devenu celui de la famille Grisel, et n’a jamais été aussi abordable.

Après son titre de champion du monde de snow bike, Léo assure être en forme pour entamer la saison de VTT de descente. En enchaînant les performances, il pourrait alors se voir proposer un contrat, et « vraiment vivre de son sport ». Sinon, papa et maman continueront de le soutenir. À jamais bien sûr.

25 000 euros : c’est, environ, le prix d’une saison de VTT de descente en individuel en comptant les frais de déplacement, le matériel



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