
« Grâce à l’incarcération, j’ai compris. » A la barre du tribunal de La Roche-sur-Yon, jeudi 30 janvier, il est plutôt rare d’entendre les prévenus ou condamnés dire du bien d’une détention. C’était pourtant le cas pour deux hommes ce jour-là, jugés pour conduite sous l’empire d’un état alcoolique. Deux hommes au casier peu chargé qui se sont retrouvés en détention à cause de leur addiction à l’alcool.
Sans permis depuis 2012
Le premier, 54 ans, a perdu son permis de conduire en 2012, après avoir perdu tous ses points. Et ne l’a jamais repassé depuis. Le 14 août 2024, il se fait contrôler à Luçon. Les gendarmes lui reprochent dans un premier temps d’être stationné sur un emplacement interdit. Mais au contact du conducteur, ils remarquent une odeur d’alcool. L’homme est invité à souffler dans l’alcootest, qui se révèle positif. Avec 1,8 g par litre de sang. Bien au-dessus du taux légal. Les militaires découvrent aussi qu’il n’a plus son permis et la carte grise de son véhicule n’a pas été changée et compte encore le nom de l’ancien propriétaire.
A la barre ce jeudi, le prévenu reconnaît les faits sans difficulté, comme lors de son contrôle avec les gendarmes. « Je vivais une période difficile », explique-t-il à la juge Cécile Souchet. Déjà dépressif, l’homme s’est peu à peu noyé dans l’alcool. « Je savais que je devais repasser mon permis, mais je ne trouvais pas le courage, la motivation. » Son addiction s’est renforcée avec la perte de sa compagne. En trois ans, le quinquagénaire s’est retrouvé quatre fois devant la justice, toujours pour des conduites sous le coup de l’alcool. Ses sursis ont vite été révoqués, ce qui l’a récemment conduit en prison. « C’est l’incarcération qui m’a fait comprendre. J’ai arrêté l’alcool, je ne tremble plus », assure le prévenu qui a aussi démarré un suivi pour son addiction. « Je veux me reconstruire, retrouver un travail », ajoute-t-il.
« Les tentations peuvent vite revenir »
Une prise de conscience entendue par la procureure de la République, Nathalie Demorand. « Il a fallu plusieurs condamnations pour qu’il comprenne », constate la magistrate qui requiert huit mois de prison, dont quatre assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans. « Il aura aussi besoin d’être accompagné à sa sortie, car en prison, il est facile d’arrêter l’alcool parce que c’est interdit, mais dehors, les tentations peuvent vite revenir. » Elle ajoute à ses réquisitions une obligation de soins, ainsi que de repasser son permis de conduire. La juge a suivi les réquisitions, à savoir huit mois de prison, mais elle a réduit la peine ferme à deux mois et allongé la période du sursis probatoire, avec l’obligation de se soigner et de repasser son permis.
Cocktail alcool et médicaments
L’affaire suivante est quasi similaire. Cette fois, face au juge, c’est un homme de 38 ans, ancien gendarme. Ses problèmes avec l’alcool et son état dépressif l’ont plongé dans une spirale, début 2024. Un mal-être consolé dans l’alcool. Et qui lui a valu en quelques mois deux ennuis avec la justice, alors qu’il était inconnu des services jusque-là. Sa première condamnation le fait peu réagir, malgré un suivi médical mis en place. Il se retrouve en comparution immédiate en novembre dernier, pour des faits d’alcoolisation, avec un aller direct vers la maison d’arrêt cette fois.
Ce jeudi, il devait répondre de faits datant du 15 septembre dernier à La Roche-sur-Yon. Il s’est fait contrôler par la police, faute d’avoir marqué un Stop. En plus d’un « comportement arrogant. Vous étiez énervé face aux forces de l’ordre », lui rappelle la juge, il présente un taux d’1,4 g d’alcool par litre de sang. « J’ai peu de souvenirs, j’étais sous l’effet d’un cocktail inadapté, avec médicament et alcool », répond le prévenu, tout en reconnaissant les faits.
Il explique avoir replongé un soir et n’avoir pas géré le mélange alcool et médicaments qu’il prend depuis la mise en place de son traitement. « L’incarcération m’a fait du bien. J’ai pu rester sobre, mais aussi, j’ai pu me recentrer sur moi-même. Je me sens aujourd’hui stabilisé et prêt à redevenir l’homme que j’étais », indique-t-il à la juge qui le condamne à 100 jours-amendes à 8 €. Son permis de conduire a été suspendu pour une durée de huit mois. Il devra s’acquitter d’une amende de 500 € pour son infraction routière.
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