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Lille. Pourquoi ces œuvres d’art, dont une amphore antique, ont été passées au scanner du CHU ?



C’est assez original pour être souligné. Des œuvres du Palais des Beaux-arts de Lille (Nord) ont été étudiées sous toutes les coutures. En plus de l’expertise classique, certaines créations très datées sont passées au scanner, au Centre hospitalier universitaire régional. Ce qui a permis d’en apprendre plus sur ces objets, dont une amphore antique. À côté de cette dernière, les visiteurs du musée peuvent voir les images révélées par ce passage aux rayons X.

Les images du scanner devant l’amphore

Au sous-sol du musée, dans la partie Antiquité, vous attend une proposition de médiation singulière. Devant la vitrine d’une amphore décorée d’une scène avec le dieu Hermès datant du VIe siècle avant J-C est installé un écran sur lequel sont diffusées les images de l’œuvre, passée au scanner. On y voit des traces de cassures.

« Cette histoire est née d’une restauration d’une coupe. On s’est posé la question de retirer la peinture ajoutée au XIXe siècle pour cacher les jointures d’un collage », raconte Frédéric Mougenot, responsable des collections antiquité et céramiques au Palais des Beaux-arts. Car toute la délicatesse de la restauration est de savoir quand s’arrêter…

L’équipe pense alors à faire une radio, pour voir ce que cache le décor. Un contact au CHU de Lille permet au musée, comme lors du passage de momies en 2011, de passer cette fois-ci ces œuvres d’art choisies au scanner. Trois, au total, ont passé l’examen.

Des mystères révélés

« Ça a révélé l’envers du décor de ces poteries », annonce la directrice du musée, Juliette Singer. Et Frédéric Mougenot d’ajouter : « On voit sur l’amphore l’endroit précis de l’impact, lors de la chute. On voit aussi que le pied de l’amphore est plus blanc que le reste du vase. C’est un autre pied antique, rapporté, assemblé plus tard. »

Vidéos :

Le scanner permet de voir des éléments très difficilement visibles à l’œil nu. Et la médiation n’en est que plus documentée et profonde. « C’est aussi dans une envie de transparence vis-à-vis des visiteurs qu’on présente ces images, qu’on les explique », ajoute le spécialiste. Il prend un autre exemple, d’une coupe installée dans une vitrine à banquet : « L’anse a été ajoutée. On se demande aussi si les dessins n’ont pas été modifiés lors d’une restauration, selon les codes de l’époque ». Sur cette coupe, Dionysos chevauche un mulet en érection. Ce dernier détail a été caché, « en tout cas pas restitué à la restauration », indique le chargé des collections antiques.

Le travail fondamental d’un musée se concentre sur ses collections.

Juliette Singer, directrice du PBA.

Un partenariat toujours plus étroit

Les équipes du musée travaillent depuis longtemps avec celles du CHU, sur l’art-thérapie notamment. C’est une nouvelle étape dans la collaboration, qui apporte beaucoup aux équipes de l’une et l’autre structure. « Quand on a proposé au CHU, ça a tout de suite été accepté », se réjouit Frédéric Mougenot. Il a pu être établi un rendez-vous pour passer trois œuvres au scanner, « un samedi, évidemment, l’idée était de ne pas prendre du temps sur les créneaux réservés aux patients ». Les images ont été laissées gratuitement au Palais des Beaux-arts, dans l’idée de participer aux outils de médiation, toujours plus à la pointe.

Au-delà de l’intérêt pour les conservateurs et les curieux, ces images ont permis de déceler les points de fragilité des œuvres. « Ça va nous guider sur la façon de les transporter notamment. » Des données utiles pour les équipes techniques actuelles, mais aussi pour celles qui suivront.



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