Quand on a besoin ou envie de quelque chose, on a le réflexe pour beaucoup d’aller en ligne, sur des plateformes numériques qu’on affectionne. On connait bien ces sites, qui sont bien souvent des géants du e-commerce ou du service, au rayonnement international. À Lille, le jeudi 6 février 2025, plusieurs structures coopératives et solidaires se sont réunies pour présenter leur alternative face à ces mastodontes. Tour de table à la rencontre de ceux qui font le pari de croire en une consommation de proximité, présentée comme « raisonnée et responsable ».
Des impulsions locales pour des services de proximité
C’est l’Apes (Acteurs pour une économie solidaire) qui a organisé ce temps fort, un midi à Chaud Bouillon. Un lieu symbolique pour des initiatives fortes de sens et… ancrées sur le territoire ! « Nous sommes un réseau régional d’économie solidaire », présente Joackim Lebrun, directeur de l’Apes sur place. Le rôle de la structure : faire le lien entre des acteurs de l’économie circulaire, les collectivités et les citoyens. « Il y a énormément de gens en région qui se lèvent chaque jour pour apporter des réponses ».
Pour les accompagner au mieux dans leur évolution, l’Apes identifie des acteurs de l’ESS (économie sociale et solidaire) et les accompagnent dans leur projet. Ceci en les mettant en lumière auprès des citoyen.ne.s ou des collectivités pour qu’elles s’en fassent ambassadrices.
Des projets pensés autour du partage
Parmi ces acteurs, 21 référencés ici, on trouve Beefast, coopérative amiénoise de coursiers à vélo. « On travaille de manière éthique. Nous sommes tous égaux et prenons les décisions ensemble. On favorise aussi l’échange entre les commerces locaux » explique Léo, représentant la coopérative. Grâce à l’Apes, les livreurs de Beefast bénéficient d’une plateforme de commande en ligne libre de droit. « La plateforme est au service des coursiers, c’est vraiment un bon outil pour nous, et pour les utilisateurs », assure le livreur.
Le vélo est fort représenté dans les concepts, notamment avec Lille Bike, qui rejoint sur plusieurs aspects son homologue d’Amiens. « Chez nous, tout est partagé, les statuts sont purement administratifs. Les décisions sont prises ensemble. C’est beaucoup de temps passé à échanger, mais on n’a aucune emprise », relate son représentant. Seul défaut du métier, « le temps capricieux, parfois », sourit-il. Grâce à cette nouvelle plateforme, la Scop s’est récemment lancée dans la livraison de repas. Cet outil ouvre de belles perspectives, comme l’explique le directeur de l’Apes : « Les géants comme Uber ou Amazon font d’énormes levées de fonds. Ils ont les moyens d’avoir des plateformes très pratiques, contrairement aux petites structures locales. Notre rôle est de leur proposer des solutions pour toucher le public le plus large possible. »
« Créer un outil émancipateur »
Ce petit monde s’ouvre aux citoyen.ne.s et crée parallèlement des ponts entre les structures elles-mêmes. Cliss XX1, coopérative de service informatique en logiciel libre basé dans le Bassin minier, a créé cette plateforme utilisée par les coursiers. « Le défi pour nous était de créer un outil émancipateur », nous glisse sa représentante. « Nous accompagnons les entreprises ou les structures à faire des choix éthiques, en toute conscience ».
Changer les pratiques
Pour les services comme la livraison, il suffit d’avoir le réflexe de se rendre sur un autre site internet. Pour d’autres, il faut faire un pas de plus. Timipi par exemple est spécialisé dans l’emprunt d’objet. « Au lieu d’aller chercher la perceuse chez le voisin, on élargit simplement le cercle de confiance », explique Diane Krafft, co-fondatrice de de l’association, qui a un local à Lille. Ses utilisateurs peuvent, moyennant une adhésion annuelle de 10 euros, mettre à prêter un objet ou emprunter. « Par exemple une yaourtière, que vous n’allez peut-être pas utiliser tous les jours. Au lieu d’acheter, vous allez la prendre une semaine. Parfois, ça aide à savoir aussi si on a vraiment besoin de quelque chose, quel usage on en fera sur le long terme », exemplifie-t-elle. C’est aussi un moyen pour les personnes bien installées de dépanner les étudiants notamment.
Il y a des exemples à l’infini. C’est une autre manière de consommer. Plus responsable et raisonnée, tout en se faisant plaisir !
Un concept qui rejoint celui lancé par Clément Hostache, Shareathlon, centré sur les équipements sportifs. Le prêt ou la location ponctuels sont en plein essor comme le montre un autre exemple sur place : les voitures partagées de Citiz, parquées depuis un moment à Lille.
Convaincre, un défi perpétuel
Pour chaque structure, un défi de taille est lancé : attirer les curieux et les faire cheminer vers de nouvelles pratiques. Un pari qui fait bien son chemin chez ReCycle-moi, qui ambitionne de remettre à neuf les vélos du territoire. 5 000 vélos par an sortent de son atelier. « Chaque année il y a environ 100 000 vélos à récupérer dans le Nord – Pas-de-Calais », relate Simon Debussche, un des fondateurs de la start-up. Il y a encore du boulot, mais surtout une belle émulation autour de l’idée : « On est vraiment fort soutenus dans le projet par les bénévoles, par des entreprises partenaires, par les collectivités aussi. »
Ce réemploi permet aussi de proposer des produits plus accessibles. Comptez entre 80 et 100 euros pour un vélo pour adulte.
L’économie solidaire c’est aussi accompagner à la réinsertion. Un axe essentiel pour ces structures référencées sur l’Apes, qui recrutent et forment dans leurs rangs. Peu à peu, les projets grandissent et évoluent, comme l’épicerie coopérative et solidaire La Belle épicerie. L’équipe a bien grandi ; elle est passée de 3 à 6 salariés et fonctionne avec l’aide d’une cinquantaine de bénévoles, qui viennent donner plus ou moins de leur temps. Récemment, l’asso s’est ouverte à la commande en ligne. Un bon moyen de compléter l’activité de cette structure nordiste inspirante. Elle porte avec les autres le message que, quoi qu’offrent les technologies avancées, la proximité restera toujours la plus belle valeur ajoutée.
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