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licencié à Octeville, Yahiya Doumbia gagne le tournoi de tennis de Lyon !


Coup de tonnerre sur le tournoi de tennis de Lyon (270 000 dollars de dotation). Car au premier tour, la tête de série numéro 2, le Russe Andreï Chesnokov, 29e joueur mondial, vient de se faire éliminer en deux sets (7/6 7/6) par Yahiya Doumbia. Qui ? Yahiya Doumbia, Sénégalais, classé 453e à l’ATP, sorti des qualifs… et licencié au Tennis-Club du Blanc-Ruisseau d’Octeville ! C’est la première fois que Doumbia joue un tournoi ATP, lui qui écumait auparavant le circuit Challenger, l’obscure deuxième division du tennis international…

Après un exploit pareil, deux suites possibles. L’écroulement. Ou la trajectoire imparable. Imperméable au stress, s’appuyant sur un jeu d’attaque rapide, Doumbia s’empare de la seconde option et balaye tout sur son passage. En demi-finales, dans le tie-break du second set, Doumbia se met définitivement le public lyonnais dans la poche en le gratifiant d’une « Noah » : coup de raquette entre les jambes qui crucifie l’Argentin Masso monté au filet.

Gros atout de Doumbia : son jeu d’attaque. ©Collection privée.

Duel de serveurs

Le dimanche 14 février, Yahiya Doumbia se retrouve en finale face au solide américain Todd Nelson, 119e mondial, qui s’est débarrassé en demi-finales de Yannick Noah, tenant du titre. Pendant deux heures, le public du Palais des sports de Lyon a droit à un duel de serveurs qui ne se font pas de cadeaux. Premier set remporté par Doumbia (6/4). Dans la seconde manche, Nelson se reprend en servant du plomb (6/3).

Témoignage : « J’ai gagné au mental »

37 ans plus tard, Yahiya Doumbia se souvient de sa victoire comme si c’était hier.

« Je sortais du tournoi de Bourg-en-Bresse, et comme Lyon n’était pas très loin, je me suis inscrit. Personne ne me connaissait, je n’avais rien à perdre, j’ai donc eu zéro stress pendant toute la semaine. Je logeais chez ma sœur, et quand je rentrais le soir, elle me demandait si ça s’était bien passé, et après on passait à autre chose. Le jour de la finale, un quart d’heure avant de rentrer sur le court, j’étais dans les vestiaires en train de rigoler avec les copains.

A 3 jeux partout dans le troisième et dernier set, Doumbia est mené 30-40 sur son service. Mais son bras droit ne tremble pas : un service gagnant et deux passing-shots plus tard, il mène 4-3. Puis il enchaîne et prend le service de Nelson pour mener 5-3. Dernier jeu : Doumbia claque deux volées et s’octroie deux balles de match. Il sert, Nelson retourne dans le filet. Jeu, set et match.

Et son deuxième atout, peut-être encore plus important que son jeu : son mental à toute épreuve. ©Collection privée.

Un avenir à la McEnroe !

Avec cette victoire, Yahiya Doumbia rentre dans l’histoire du tennis mondial. Car depuis les débuts de l’ère professionnelle en 1968, il est le joueur le plus mal classé à remporter un tournoi ATP (et il faudra attendre 15 ans pour voir ce record battu par l’Australien Lleyton Hewitt).

Après sa semaine lyonnaise où il a marché sur l’eau, Doumbia se voit prédire par certains un avenir à la Noah, voire à la McEnroe). Concrètement, Doumbia monte à la 125e place du classement mondial et enchaîne avec une tournée américaine de printemps où il va se frotter à Becker (quart de finale à Indianapolis) ou Agassi (demi-finale à Livingston). En septembre 1988, Yahiya Doumbia pointe à la 74e place du classement mondial.

Ce sera son meilleur classement. Après, c’est la chute, de nombreuses blessures entraînant de nombreuses défaites… jusqu’au tournoi de Bordeaux en 1995, où Yahiya Doumbia refait sa « spéciale lyonnaise » : 282e mondial, sorti des qualifs, il bat le Suisse Jakob Hlasek en finale. Y’a d’la Doumbia dans l’air…

Bio express

Yahiya Doumbia est né à Bamako en 1963, dans une famille où le tennis a une place primordiale. Son oncle est directeur technique de la fédération sénégalaise, ses sœurs et son frère sont champions d’Afrique. Quand il arrive en France en 1981 pour s’entraîner avec les jeunes joueurs français de l’époque (Benhabilès, Forget…), Yahiya Doumbia est lui-même champion d’Afrique junior. Il part ensuite aux États-Unis pendant 4 ans pour suivre des études de marketing.

A son retour en France, il signe au Tennis-Club du Blanc-Ruisseau où il va rester pendant deux ans et apprécier l’atmosphère familiale du club. Après sa victoire à Lyon, Doumbia quitte le TCBR pour aller jouer au Stade Jean-Bouin à Paris, où il peut bénéficier des installations de Roland-Garros.

Il arrête sa carrière en 2000, à cause de blessures récurrentes au genou. Outre ses deux victoires à Lyon et Bordeaux, Yahiya Doumbia a aussi joué 26 matches de Coupe Davis pour le Sénégal (dont une demi-finale contre les Pays-Bas en 1988).

Aujourd’hui, Yahiya Doumbia est entraîneur au TC Illberg, près de Mulhouse, entraînant notamment Betty Michel, 7 fois championne de France.



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