[MISE A JOUR LE 28 FEVRIER 2025]
Elle était apparue froide, posée, machiavélique, lors de son procès en première instance, aux assises d’Evreux (Eure), en décembre 2023. Aline Turpin avait comparu libre, le délai de trois ans de prison préventive (qu’elle avait effectuée) étant passé.
Accusée d’avoir tué son mari de l’époque, Michel Houdement, le 1er juin 2017 à Beaumesnil, commune déléguée de Mesnil-en-Ouche (Eure), puis d’avoir découpé et brûlé son corps, jeté les ossements et avoir fait croire que son mari était encore en vie, elle était repartie du tribunal, le 20 décembre 2023, les menottes aux poignets, direction la prison, où le jury populaire l’y envoyait pour une durée de 25 ans, la reconnaissant coupable de l’assassinat (meurtre avec préméditation) de son mari.
Aline Turpin et son conseil Maître Mohamed Djema, trouvant certainement la sentence un peu lourde, ont fait appel et comme la procédure le prévoit, elle est donc de nouveau jugée par un jury populaire. Le procès en appel d’Aline Turpin a débuté ce jeudi 27 février 2025 à la cour d’assises sise rue aux juifs à Rouen (Seine-Martime). Comme en première instance, l’affaire devrait être plaidée durant quatre jours. Le verdict est prévu ce mardi 4 mars 2025.
Nouveau procès, nouvelle défense…
Bien plus offensive qu’en première instance, la défense d’Aline Turpin, née le 27 novembre 1965 à Caen (Calvados), composée cette fois de trois avocats – Maîtres Mohamed Djema, Gabriel Dumenil et Emilie Bourgois – va insister durant ce procès sur les violences conjugales que sa cliente aurait subies.
Maître Marc François, avocat des parties civiles – la première épouse de Michel Houdement, leur fille et belle-fille (veuve de leur fils décédé) – sembla lors de l’ouverture de ce procès s’en étonner, indiquant qu’il n’y avait guère de traces de ces violences dans le dossier que doit examiner la cour.

Il ne s’agit néanmoins pas lors de ce procès, pour les avocats de la défense, de plaider une quelconque « légitime défense » ni même de trouver des circonstances atténuantes à l’accusée, mais de replacer ce qui reste un crime odieux dans son « contexte ». Pour cela, un rappel des faits et de l’histoire commune d’Aline Turpin et Michel Houdement est nécessaire.
Nouveau « contexte » ?
Michel Houdement et Aline Turpin se sont connus en 2011 au centre de soins médicaux et de réadaptation L’Hostrea à Noyers (Eure). Michel Houdement y était soigné pour une dépression consécutive au décès de son fils, trentenaire et militaire ; ne s’étant jamais remis de ce décès, il venait aussi de se séparer de l’épouse avec qui il vécut durant 40 ans. Aline Turpin tentait quant à elle de s’en sortir avec l’alcoolisme qui la rongeait depuis le début des années 2000.
Tous deux sont restés dans ce centre de soins six mois. Ils seraient tombés amoureux l’un de l’autre lors de ce séjour. Michel est alors âgé de 63 ans, Aline en a 46.
Deux ans plus tard, en décembre 2013, Michel et Aline se mariaient, dans la plus stricte intimité. Aucun membre de la famille ni aucun ami d’Aline n’avaient été invités, ni même prévenus. « Michel ne le voulait pas », affirme Aline Turpin. Les quatre témoins du couple étaient tous des proches de Michel Houdement.
Autre précision, apportée lors de ce procès en appel, les époux avaient opté pour le régime de la communauté universelle, ce qui signifie qu’à la mort de l’un, l’autre hériterait de tous ses biens (y compris ceux acquis avant le mariage).
Et après ? Le « conte de fées » a peu duré. Michel Houdement s’est montré rapidement, selon Aline Turpin, jaloux et possessif. Cette dernière la redit à la barre :
C’était quelqu’un de violent et manipulateur, qui ne me voulait que pour lui.
Il la surveille, la rabaisse et l’insulte
Michel Houdement est à la retraite, Aline Turpin travaille en région parisienne ; cette dernière, d’origine modeste, a fait carrière et gravi les échelons dans la restauration, elle est gérante d’établissement dans une grosse société de restauration collective.
Aline Turpin prend tous les jours le train à Bernay pour aller travailler. Michel Houdement surveille et contrôle tous les faits et gestes de son épouse, à qui il adresse des reproches sur ses tenues vestimentaires – « Tu es habillée comme une pute », lui disait-il fréquemment – et qu’il abaisse souvent, selon Aline.
D’autre part à la maison, Aline Turpin aurait été considérée comme « une bonne » selon ses dires, devant y accomplir toutes les tâches ménagères et s’occuper des animaux (le couple avait un chien et des poules) après sa journée de travail.

Autre élément « de contexte », le couple a hébergé un moment la fille d’Aline, une jeune femme de 20 ans, mais Michel Houdement aurait demandé, et obtenu, son départ. Cette dernière, aujourd’hui maman de deux enfants, a été longuement entendue à la barre du tribunal ce jeudi 27 février 2025 ; elle y a répété qu’elle ne « s’entendait pas » avec Michel Houdement, qu’elle décrit comme quelqu’un d’autoritaire et lunatique.
Des disputes de plus en plus fréquentes
Une fois sa fille partie, l’isolement d’Aline Turpin semblait total. Et les disputes entre elle et son mari deviennent de plus en plus fréquentes. Aline Turpin affirme avoir reçu plusieurs fois « des claques » et s’être fait « tirer les cheveux ». Elle dit aussi avoir été une fois poussée par terre et s’être évanouie. Lors de cet épisode, des pompiers sont intervenus au domicile conjugal.
A propos des « traces de violence » existantes ou pas dans ce dossier, Aline Turpin dit s’être rendue en gendarmerie. On lui y aurait dit qu’un « rappel à la loi » serait peut-être fait au mari si elle portait plainte. Elle ne l’a pas fait, craignant dit-elle des représailles.
Elle s’est aussi une fois – dans la nuit du 28 au 29 mai 2015 – « réfugiée aux urgences » de Bernay.
Aline Turpin aurait aussi appelé une association d’aide aux victimes de violences conjugales.
« On m’a conseillé de quitter le foyer, c’est tout », se souvient-elle. Aline l’a fait deux fois mais y est revenue.
Selon son avocat Gabriel Dumenil,
Des traces de violence dans ce dossier, il y en a, encore faut-il vouloir y prêter attention. Aline en a parlé mais elle n’a pas été écoutée.
Toutefois en début d’année 2017, Aline Turpin mettait fin à la relation avec son mari, qu’elle quittait pour repartir habiter en région parisienne.
Elle lui tire dessus, quasiment à bout portant
Les faits, maintenant.
Aline Turpin avait reconnu pendant l’instruction puis lors de son procès en première instance le meurtre de son mari. Elle avait prétendu qu’il la battait, sans parvenir toutefois à le « prouver » (elle n’avait jamais porté plainte). Elle avait d’autre part indiqué avoir mal vécu leur séparation.
Aline Turpin habitait en région parisienne au moment du crime mais avait programmé un aller-retour à Beaumesnil, dans la maison où elle avait vécu avec son défunt mari, ce 1er juin 2017.
Sur place, elle avait croisé Michel Houdement, qui lui avait demandé de quitter les lieux, alors que ce dernier s’apprêtait à se rendre à un rendez-vous médical à Bernay. Il y était allé puis était revenu chez lui.
Aline Turpin, qui avait pénétré dans l’ancien domicile conjugal par effraction, l’y attendait, munie d’un fusil, comme il y en avait beaucoup dans la maison de Beaumesnil (Michel Houdement, chasseur, possédait une dizaine d’armes assez facilement accessibles à la maison). Avec beaucoup d’assurance (l’accusée avait aussi un permis de chasse) et quasiment à bout portant, elle l’avait abattu.
Elle brûle le corps, le découpe et disperse les os
L’affaire ne s’arrête pas là, puisqu’ensuite Aline Turpin, avec l’aide de son amant de l’époque, appelé à la rescousse après le meurtre, avait chargé le corps du défunt dans un véhicule utilitaire.
Ladite affaire prend alors un tour sordide: l’accusée brûle ce corps, le découpe et dispersant les os dans des conteneurs poubelles et dans une forêt proche du domicile, autant d’actes qu’Aline Turpin reconnut avoir effectués seule.
Elle le fait passer pour vivant
Quant au « machiavélisme » de l’accusée, il l’a conduite à faire croire ensuite que Michel Houdement était toujours vivant. Elle avait conservé le téléphone de ce dernier et envoyait à ses proches des textos, pour accréditer cette thèse.
Elle s’était d’autre part ré-installée, cette fois avec son nouvel amant, dans la maison de Beaumesnil apparentant à Michel Houdement. Elle y avait reçu, peu de temps après le meurtre, famille et amis. Elle mit d’ailleurs du temps à être démasquée.
De tout ceci, il en sera largement question lors de la suite de ce procès. Ce vendredi 28 février 2025, ce sont les experts (en balistique, en psychologie et psychiatrie) qui doivent être entendus par la cour, composé de trois magistrats professionnels et neuf jurés populaires (six femmes et trois hommes). Le procès reprendra le lundi 3 mars et devrait s’achever tard le mardi 4 mars.
Si la culpabilité d’Aline Turpin ne fait pas de doute, il s’agira néanmoins lors de ce nouveau procès de « recontextualiser » le crime, du moins certains avocats (ceux de la défense) le souhaitent. Il s’agira aussi de revenir sur la préméditation de ce meurtre, qui fera sans doute l’objet de débats en début de semaine prochaine.
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