Pour eux, l’effort psychologique était trop important. Deux ans et demi après avoir subi un « cauchemar sécuritaire » en amont de la finale de la Ligue des champions au Stade de France (Seine-Saint-Denis), plusieurs supporters de Liverpool ont fait le choix de rester en Angleterre. Ce mercredi 5 mars 2025, ils regarderont leur équipe devant un écran de télévision défier le Paris Saint-Germain au Parc des Princes lors du 8e de finale aller de la C1.
Défiance vis-à-vis des autorités
« (C’est) trop tôt pour beaucoup de gens », justifie à l’Agence France-Presse (AFP) John Gibbons, membre du média indépendant The Anfield Wrap. Le 28 mai 2022, des milliers de fans du club anglais avaient été bloqués derrière les barrières métalliques de l’enceinte dionysienne avant la finale contre le Real Madrid. Les policiers avaient fait usage de gaz lacrymogènes dans la foule.
Une expérience traumatisante renforcée par les propos du ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin. L’actuel ministre de la Justice avait accusé les Anglais d’être à l’origine d’une « fraude industrielle » de billets. Des allégations infirmées par un rapport du Sénat. La chambre haute avait conclu à la « responsabilité principale » de l’UEFA, tout en remettant en cause le dispositif de sécurité mis en place par les autorités françaises.
Malgré les excuses de Gérald Darmanin et de l’État, les fans anglais conservent un goût amer. Par conséquent, ils ne se bousculeront pas au Parc des Princes. Au total, 2 000 personnes sont attendues dans la tribune réservée aux visiteurs. Un chiffre éloigné de la finale de 2022, pendant laquelle 50 000 individus s’étaient massés au Stade de France. Cette désertion s’enracine aussi dans l’histoire singulière du club.
Le 15 avril 1989, 97 supporters de Liverpool étaient décédés au stade Hillsborough, à Sheffield, lors d’une bousculade. Cette catastrophe –la plus meurtrière de l’histoire du sport anglais – s’insère dans la mémoire collective des Reds. À tel point que la ville des Beatles possède plusieurs lieux rendant hommage aux victimes.
Des angoisses persistantes
Près de quarante ans après la tragédie, les familles des victimes luttent toujours pour « réparer les injustices face à l’État », qu’elles jugent responsable. Réunies dans une association, elles assistent régulièrement aux matches, comme à la finale de 2022. Mais ce mercredi, plusieurs d’entre elles passeront leur retour. « Il y a un ressort psychologique qui fait que l’on ne veut pas retourner dans un endroit où l’on a vécu une mauvaise expérience […]», a déclaré John Gibbons.
De leur côté, les fans français comprennent ces angoisses.
« En 2022, je n’étais pas au stade mais forcément on a vu les incidents. Cette expérience catastrophique ne donne pas forcément envie de mettre de l’argent dans le voyage, l’hôtel et les transports »
À 26 ans, le jeune homme originaire de Seine-et-Marne gère le compte Reds France, un média suivi par plus de 330 000 personnes sur le réseau social X. Déjà absent en 2022, il ne fera pas le trajet jusqu’au Parc des Princes. « J’ai essayé d’avoir des places. En vain », regrette-t-il. « Je serai avec des amis parisiens. On regardera ça tranquillement à la télé », assure-t-il.
Avec AFP
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