Home Faits Divers « Les prévenus ont fait passer l’or avant le plomb »

« Les prévenus ont fait passer l’or avant le plomb »

38
0



L’humanité s’est finalement invitée au procès de l’intoxication au plomb des ouvriers du château de Versailles. Le dernier jour de l’audience a permis aux parties civiles de s’exprimer face au tribunal, après des débats très techniques.

Mercredi 12 février 2025, Jean-Jacques Neuer a ouvert le bal pour ces artisans qui devaient redonner toute sa splendeur à l’Opéra royal en 2009. Le tout, sans aucune protection particulière, mettant en balance leur vie pour réparer des fenêtres gorgées de peinture au plomb.

L’avocat n’y est pas allé de main morte pour remettre le destin de ses clients au cœur de l’audience. « Nous ne faisons pas ici le procès d’un système mais d’une société qui fait passer l’or avant le plomb, le profit avant toute considération liée à la vie humaine dans l’indifférence à l’autre et à son sort. »

« Il manquait Monsieur Pas-Moi »

Lui comme ses confrères, et la procureure de la République, ont pointé du doigt la fuite des responsabilités de tous les prévenus, de l’architecte en chef des monuments historiques au patron de l’entreprise qui employait les ouvriers. « Il manquait Monsieur Pas-Moi à ce procès. Mais il y avait bien Monsieur C’est-l’autre », a ironisé maître Mélinda Voltz. Un bon résumé de deux jours d’auditions.

« Sans oublier le mépris et l’arrogance. Après 15 ans de procédure, ils n’ont rien changé à leur état d’esprit face à des gens martyrisés dans leur vie. Lors de la révélation des faits, on leur a demandé de mentir, de dire qu’ils avaient des équipements de protection. Pourquoi ? Parce que l’on se fiche complètement d’eux et que ça continue. »

Jean-Jacques Neuer, avocat de la partie civile

« Oui. De la chair à canon que l’on a envoyé au charbon », fulmine maître Voltz.

Vidéos :

« Quel gâchis ! »

Maître Cyrille Dutheil de La Rochère achève d’enfoncer le clou. « Mais quel gâchis ! Chacun doit prendre ses responsabilités, arrêter de dire que tout le monde était dans la plaque et que peu importe si des petits gars, et c’est affectueux, vont devoir se débrouiller après. »

Ces charges sont le fruit de ce procès trop technique mais aussi décrit comme « très désagréable » par la plupart des parties. Car dans les rangs de la défense, personne n’a fait un pas vers la reconnaissance d’une culpabilité, et encore moins d’une responsabilité. La preuve est dans les conclusions déposées : seules des relaxes ont été demandées et en cas de condamnation, une absence d’inscription au casier judiciaire. Et ce, afin de leur permettre de continuer à œuvrer dans le cadre de marchés publics.

« Un déni »

Cette dynamique n’a emporté le suffrage de la procureure de la République, Nathalie Frydman. Plus de 15 ans après les faits, la magistrate a déploré « l’absence d’évolution et de prise de conscience des prévenus. Nous sommes restés dans un déni de la chaîne des responsabilités. Ce dossier est une faillite collective : c’est pas moi, c’est l’autre. »

La magistrate a requis des peines d’amende allant de 50 000 à 150 000 euros d’amende contre les trois entreprises visées. Contre les personnes, elle a demandé au tribunal de prononcer des peines de 3 à 15 mois de prison avec sursis et des amendes comprises entre 10 000 et 20 000 euros.

Cet après-midi sera consacré aux plaidoiries de la défense. La décision devrait être mise en délibéré à une date ultérieure.



Source link

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here