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« les Français ne se satisferont pas de belles paroles »

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Mercredi 5 février 2025, l’Assemblée nationale a rejeté les deux motions de censure déposées par La France Insoumise, permettant d’adopter le budget. Les députés socialistes se sont prononcés, à une immense majorité, contre cette censure. Cette position était-elle la bonne selon vous ?

On ne censure jamais de gaieté de cœur un gouvernement, surtout, en période budgétaire. Nous l’avons fait en décembre sur le projet de loi de finances de la Sécurité sociale parce que ce qu’il comportait, par bien des aspects, était inacceptable. La situation n’est pas la même aujourd’hui. Et puis, pour avancer, il nous fallait disposer d’un budget.

Pour autant, estimez-vous celui adopté satisfaisant ?

Il est insuffisant à bien des égards. On peut même nourrir une franche opposition dans ce qu’il peut comporter dans certaines politiques, victimes de coups de rabot. Ce n’est malheureusement pas la première fois, ces dernières années, que l’on assiste à l’adoption d’un budget socialement rétrograde. Nous aurons l’opportunité, si le gouvernement ne respecte pas ses engagements, de le censurer le cas échéant. Néanmoins, nous avons souhaité pouvoir discuter, négocier, et obtenu des avancées. Je pense notamment à la conférence sociale sur la réforme des retraites. Il faudra qu’elle débouche sur du concret. Les Français ne se satisferont pas de belles paroles. Nous non plus.

« Un mauvais coup fait aux élus »

Vous portez, avec les autres parlementaires, la voix des territoires à Paris. Si l’effort demandé aux collectivités est moindre que celui imaginé en son temps par Michel Barnier (2 milliards contre 5), il reste réel…

Il y a cette contribution, née d’un préjugé particulièrement injuste à l’égard des collectivités locales, selon lequel elles seraient responsables d’une partie des déficits des comptes publics. Gabriel Attal l’a répété en audition cette semaine. C’est faux, d’autant qu’elles assument une large part de l’investissement public en France.

Elles vont subir ces restrictions budgétaires, mais aussi être victimes de coups de rabot qui ont eu lieu, notamment sur le fonds vert. C’est du concret : le changement d’une chaudière dans une école, la rénovation d’une place de village en la végétalisant, la rénovation de logements communaux… Autant de projets que les collectivités vont être obligées d’ajourner. C’est un mauvais coup fait aux élus.

Ces élus, vous les avez beaucoup côtoyés le mois dernier, à l’occasion des cérémonies de vœux. Au-delà des questions budgétaires et de l’instabilité politique, quels sont autres les motifs d’inquiétude qu’ils expriment souvent dans leurs communes ?

Il faut d’abord rappeler que ce qui s’est passé lors de l’adoption du budget n’est qu’une réplique du séisme provoqué par le président de la République, en annonçant une dissolution que personne ne souhaitait, sauf l’extrême droite. Deux sujets sont revenus en permanence : la santé et le logement. Évidemment, il y a une inquiétude majeure quant à l’avancée de la désertification médicale, même si l’ARS indique aujourd’hui que la situation va tendre à s’améliorer. Il faudra du temps.

Et puis, il y a la difficulté d’accès à un logement. C’est une caractéristique que l’on retrouve dans toutes les communes du département, que l’on soit dans la ruralité, en bord de mer ou sur un chef-lieu de canton. Il y a un sentiment d’impuissance publique de l’État.

Sur ce sujet, dans les négociations budgétaires, le PS a obtenu le rétablissement du prêt à taux zéro sur le tout le territoire, et pour toutes les constructions. Un point important.

« Nous devons voir loin »

Sur le logement, il y a toujours le sujet du Zéro artificialisation nette (ZAN) qui inquiète les communes. Comment, dans les prochains mois, allez-vous vous engager sur ce point ?

Nous allons examiner dans quelques semaines une proposition de loi de la majorité sénatoriale, sur la révision des objectifs du ZAN. Il y a quelques mois de cela, sur ce projet de loi de simplification, nous avions déposé un amendement transpartisan qui a été adopté, et qui permet de faire basculer sur l’enveloppe foncière régionale tous les logements crées dans le cadre d’un gros projet industriel.

À l’époque, quand j’ai signé l’amendement, nous avions déjà eu connaissance des annonces de Bruno Le Maire sur Orano. L’objectif est que le Cotentin puisse se développer, sans être contrarié dans sa dynamique par une législation non adaptée aux réalités locales.

Ces sujets, et bien d’autres, seront évoqués au sein du nouveau comité stratégique, préalable au programme « Aval du futur ». Qu’en attendez-vous ?

Il y a une différence majeure avec les grands chantiers des décennies précédentes : aujourd’hui, le territoire est institutionnellement modifié. Il nous faut pouvoir disposer de tous les outils pour pouvoir aborder ce nouvel élan industriel comme il se doit, sans effet pervers pour les Cotentinois. Nous devons voir loin.

Vice-président du Cotentin, vous militiez pour la création d’une agence d’urbanisme au niveau du Cotentin. Elle va voir le jour…

C’est une excellente chose. J’ai eu également l’occasion, lors du comité stratégique, de rappeler la nécessité de créer une société publique locale d’aménagement. Je pense que c’est un outil indispensable pour que les élus du Cotentin aient la main sur la politique d’aménagement du territoire que nous allons devoir mener à l’aune des grands projets. Il y a une nécessité de mener une politique de régulation foncière. Elle ne peut être que publique.



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