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les faux plombiers ont extorqué plus de 500 000 €

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Les cinq protagonistes d’une escroquerie en bande organisée au faux plombier ont comparu devant le tribunal d’Évreux mardi 18 mars 2025 pour des faits commis entre le 14 février et le 19 septembre 2024 dans l’Eure et dans La Seine-Maritime.

Le scénario est toujours le même. Une chaudière en panne, des sanitaires bouchés, une porte claquée et voilà une personne stressée en quête d’une solution immédiate. Un appel est passé vers la première plateforme de dépannage venue, une hôtesse réalise un devis modique au téléphone et envoie un opérateur sur place dans les plus brefs délais. La suite peut rapidement virer au cauchemar.

Incompétence et intimidation

Le 11 avril 2024, les gendarmes de Montfort-sur-Risle se rendent au domicile d’une première plaignante qui doute de la qualité de celui qui se fait passer pour plombier. Ils trouvent alors un jeune homme à quatre pattes sous une chaudière, aussi désemparé qu’une poule qui aurait trouvé une pointe Bic. Sa boîte à outils est flambant neuve. Marco, 23 ans, ne connaît rien à la plomberie. Mais lorsqu’il déplie son double mètre, sa carrure impressionne les clientes vulnérables à qui il vient de facturer 1 043,50 € ou toute autre somme extravagante pour une « intervention » d’opérette dont il exige le règlement immédiat. L’incompétence et l’intimidation sont à la base de son activité qui ressemble plus à de l’extorsion qu’à du dépannage d’urgence.

Cette première affaire est le point de départ d’une vaste enquête menée par la brigade de gendarmerie de Montfort-sur-Risle qui a permis de mettre au jour une organisation complexe d’escroqueries au dépannage d’urgence. 61 victimes, parmi plusieurs centaines, domiciliées dans l’Eure et dans la Seine-Maritime, ont porté plainte pour un préjudice total de 41 200 €. D’après l’analyse des terminaux de paiement retrouvés sur les protagonistes, on peut estimer à plus de 500 000 €, les sommes extorquées à plus de 600 clients.

« Repartir avec le plus d’argent possible »

L’escroquerie en bande organisée est bien hiérarchisée. Tout en bas, on retrouve trois opérateurs de terrain, Yohan, 32 ans, Anaïs, 42 ans, et Marco, 23 ans, cousin de Yohan. Les trois sont officiellement au chômage ou sans activité. Théo, 31 ans, par ailleurs employé de banque chez HSBC et propriétaire de deux appartements, fait le lien, sous le nom de ‘Chef Jo’, entre les opérateurs et une direction nébuleuse. Quant à Christopher, 32 ans, autrefois chef de rang au Lido, il s’occupe de gérer les comptes.

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« La mission ne consiste pas à bien faire son travail, mais à repartir avec le plus d’argent possible, témoigne Anaïs à la barre. À l’époque, j’étais avec Yohan. Je savais qu’il n’était pas plombier. Il regardait des tutos sur Internet. Il m’a proposé de l’accompagner sur les dépannages. Je servais de chauffeur et puis il m’a dit qu’une femme, ça inspirait confiance. J’ai travaillé dans les assurances, alors j’ai très vite compris avec ce mode de fonctionnement que ce n’était pas du travail dissimulé, mais de l’escroquerie. Il disait aux clients qu’ils pourraient se faire rembourser par leur assurance. C’est faux. »

Il ne faut pas se voiler la face, le principe de surfacturer des prestations mal faites ou pas faites, c’est de l’escroquerie, quoi que puisse en dire Yohan, qui s’accroche, par naïveté peut-être, à sa version de travail dissimulé.

Théo minimise son implication : « J’ai fait embaucher Yohan par le biais d’une annonce Snapchat de ‘Rami Service’, je savais qu’il cherchait un travail. En contrepartie, je recevais 25 % de ce qu’il percevait. » Lorsque le tribunal lui demande des précisions sur ‘Rami Service’, qu’il semble connaître depuis longtemps, Théo louvoie, esquive : « Je ne peux pas vous dire qui c’est », répond-il, très embarrassé.

Un système de franchise délinquante

Les avocats des parties civiles plaident successivement. Ils demandent le remboursement des sommes escroquées ainsi que des indemnisations variables au titre du préjudice moral et du préjudice de jouissance.

Le substitut du procureur Thomas Lopez éclaire le dossier sous un angle plus technique. Il démonte une cascade d’entreprises déclarées sous des prête-noms, comme autant de coquilles vides sans salarié qui ne déclarent ni impôts ni TVA, dont les changements de domiciliation visent à organiser la disparition. C’est une organisation tentaculaire à partir d’une plateforme internet de dépannage d’urgence qui fonctionne comme un système de commerce franchisé. Le territoire est maillé. Chaque cellule ou chaque franchisé reçoit ses ordres de dépannage via des groupes WhatsApp contrôlés par un chef de groupe qui perçoit 25 % des sommes facturées et distribue les rémunérations aux chevilles ouvrières. Au cœur de ce système, Théo fait figure de gérant de la franchise normande. À ce titre, le parquet requiert contre lui trente mois de prison, dont dix-huit avec sursis probatoire, le reste en détention à domicile sous bracelet électronique, 15 000 € d’amende et interdiction de gérer pendant cinq ans. À titre de peine complémentaire, le parquet requiert également la confiscation du véhicule ainsi que la saisie des comptes bancaires d’une valeur de 32 000 €.

Aux yeux du parquet, Christopher constitue la tête du réseau, responsable d’un blanchiment de 266 000 €. La peine requise est de trois ans de prison dont un an avec sursis probatoire et le reste, non aménageable, avec mandat de dépôt différé. À quoi il faut ajouter la confiscation du véhicule et la saisie des comptes bancaires.

Pour les autres prévenus, les peines s’échelonnent au prorata de leur responsabilité respective.

« Une enquête tronquée »

C’en est trop pour la défense. Me Ghada Hamzi, du barreau de Paris, dénonce les propos du parquet qui avoue « avoir dû arrêter l’enquête compte tenu de la taille du tribunal » et des moyens qui n’ont pas permis de remonter les ramifications étrangères de l’organisation. « C’est inaudible, poursuit l’avocate. C’est une enquête tronquée, une procédure bâclée, close prématurément. On interpelle ces cinq et on tente d’élaborer une hiérarchie. On ne cherche pas les vrais gérants que j’ai retrouvés très facilement et dont les téléphones ne sont pas exploités. » Très affûtée, l’avocate réfute point par point les arguments de l’accusation. En conclusion, la défense demande la requalification des faits en travail dissimulé ainsi qu’une révision à la baisse des condamnations intégralement assorties d’un sursis.

Au terme de sept heures d’audience et d’une heure et demie de délibéré, les prévenus sont jugés coupables. Théo est condamné à vingt-quatre mois de prison assortis (douze mois avec sursis probatoire, douze mois à purger sous bracelet électronique) et Christopher à trente mois de prison (dix-huit avec sursis, douze en détention à domicile sous bracelet électronique). Ils ont également interdiction de gérer une entreprise pendant cinq ans.

Yohan écope de dix-huit mois de prison (huit avec sursis probatoire, le reste à purger sous bracelet électronique), Marco de douze mois de prison assortis d’un sursis probatoire et Anaïs de huit mois de prison assortis d’un sursis simple. Des amendes aux montants diverses sont aussi prononcées.

Les parties civiles se voient accorder le remboursement des sommes escroquées ainsi que les indemnisations variables au titre du préjudice moral et du préjudice de jouissance.

Les condamnations en première instance ne sont pas définitives puisque susceptibles d’appel. Jusqu’à la condamnation définitive, les prévenus sont donc toujours présumés innocents.



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