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les commandos allemands passent à l’attaque par surprise

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Nuit tranquille sur Granville. L’hiver tire à sa fin, et la guerre est loin, à des centaines de kilomètres de là. La veille, les premières troupes américaines ont capturé le pont de Remagen et franchi le Rhin pour la première fois. La fin du 3e Reich n’est plus qu’une question de semaines. A Granville, depuis la libération au mois de juillet précédent (il y a 7 mois de ça), on n’a pas entendu tirer un seul coup de feu, et les seuls Allemands qu’on voit, sont les prisonniers de guerre qui travaillent sur le port.

Un peu d’action

Mais en mer, il y a du mouvement. La veille au soir, une flottille allemande a quitté discrètement le port de Saint-Hélier (Jersey) avec 550 hommes à bord, dont 130 commandos. Une partie des navires s’est dirigée vers le sud pour contrer une éventuelle contre-attaque ennemie venant de Saint-Malo. Et deux chalutiers armés partent vers le nord pour parer toute attaque venant de Barneville. Au centre du dispositif, les deux derniers groupes (4 avisos-dragueurs, un remorqueur et 3 patrouilleurs rapides) foncent vers Granville.

Que se passe-t-il ? A Jersey, le vice-amiral Friedrich Hüffmeier, commandant en chef des forces allemandes dans les îles anglo-normandes, a décidé de ne pas rester les bras croisés. Par des prisonniers évadés (voir notre encadré), il sait que la garnison américaine de Granville n’est pas au taquet. Un raid sur les stocks alliés constitue l’occasion rêvée de se réapprovisionner en vivres et en charbon. Et puis, Hüffmeier pense qu’un peu d’action fera le plus grand bien à ses hommes, « encalaminés » sur leurs îles depuis des mois.

A Granville, un patrouilleur sorti en mer pour voir ce qui se passe, tombe nez à nez avec les navires allemands, et est obligé de trouver refuge à Cancale. Le sémaphore émet des signaux de reconnaissance qui n’obtiennent pas de réponse. Mais rien de tout ça n’affole la garnison américaine qui dort à poings fermés. 

L’Eskwood dans le port de Granville. C’est lui (et ses 120 tonnes de charbon) que les Allemands vont ramener à Jersey. ©Collection privée.

Une évasion et une première tentative

Trois jours avant Noël 1944, cinq prisonniers de guerre allemands travaillant sur les docks granvillais, s’emparent d’une petite embarcation à moteur et prennent le large. Direction l’archipel des Minquiers, où ils sont récupérés par leurs camarades allemands et rapatriés sur Jersey. Là, les 5 hommes abreuvent leurs supérieurs d’infos sur Granville, qui décident alors d’organiser un raid.

Un commando de 150 hommes est formé et entraîné pendant plusieurs semaines. Début février 1945, le commando embarque sur une flottille qui met le cap sur Granville. Mais son avant-garde se fait intercepter en mer par un patrouilleur américain. Les autres bateaux sont obligés de rebrousser chemin. Ce n’est que partie remise. Les mêmes troupes sont de nouveau soumises à l’entraînement, et un second plan est préparé. Cette fois-ci, ce sera la bonne.

Raid-éclair

L’effet de surprise est total. Postés devant le port, deux avisos allemands arrosent d’obus les dépôts de pétrole et la caserne du Roc, tandis que trois autres navires rentrent dans le bassin et déversent leurs commandos à terre. Ceux-ci libèrent 80 prisonniers allemands qui viennent les renforcer, puis s’attaquent aux cargos à quai. Bagarres, fusillades, sabotages, prisonniers : le coup de main réussit parfaitement. En quelques instants, 5 cargos sont sabotés, 8 grues dynamitées et 5 autres endommagées. Un dernier cargo, l’Eskwood, rempli de 120 tonnes de charbon, est déhalé et sorti du port. Il prend aussitôt la direction de Jersey, escorté par la flottille allemande.

De l’autre côté du Roc, sur la plage du Plat-Gousset, les commandos débarquent aussi, s’avancent dans le centre-ville sans rencontrer d’opposition et investissent les hôtels (Normandy, Hôtel des Bains, Hôtel des Gourmets) où ils savent pouvoir trouver les officiers américains. De fait, ils en cueillent quelques-uns… au lit, et les ramènent manu militari sur la plage, après avoir couvert leur retraite à coups de grenades et de rafales. Les patrouilleurs les attendent à quelque distance. Quelques instants plus tard, ils reprennent le large eux aussi.

A Saint-Hélier, Hüffmeier exulte. Le raid de ses hommes est un succès total, avec seulement 3 morts à déplorer (du côté allié, 15 Américains, 8 Anglais et 6 civils ont été tués). De quoi enhardir le vice-amiral et lui donner de la suite dans les idées. Pas question de retourner à Granville, où désormais, la garnison américaine va être sur ses gardes. Il faut donc chercher une nouvelle cible. Et pourquoi pas Cherbourg ?

Des forteresses prisons

Depuis l’été 1940, les Allemands ont fait des îles anglo-normandes de véritables forteresses, hérissées de blockhaus et de batteries d’artillerie, défendues par 30 000 soldats. Car symboliquement et stratégiquement, les « anglos » occupent une place importante.

Après le Débarquement, désormais dans l’impossibilité de fuir et d’être ravitaillées, les troupes allemandes cantonnées dans les îles, se retrouvent prises au piège. Une situation qui les oblige bientôt à organiser des raids sur la côte est du Cotentin.

Ce n’est que le 9 mai 1945, soit une journée après la signature de l’armistice, que les différentes forces allemandes en poste dans les îles anglo-normandes, signeront leurs redditions.



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