Le président du tribunal de Lille le dit d’entrée : la peine prononcée contre la surveillante de la prison d’Annœullin est plus « mesurée » que celle qu’avait requise la procureure, mais la prévenue a tout de même été condamnée pour une partie des faits. Ce mardi 11 mars, cette jeune femme de 34 ans était présente dans la chambre des comparutions immédiates pour connaître la décision de justice. Elle était accusée d’avoir détenu et remis des stupéfiants à des prisonniers, sur fond de relations inappropriées. Des conversations intimes sur Snapchat, avec photos dénudées, et même des ébats sexuels avaient ainsi été évoqués lors de l’audience du 7 mars dernier. La surveillante a, entre autres, écopé d’une interdiction définitive d’exercer son métier.
Des « messages de pression » d’une « extrême gravité » selon le président du tribunal
En plus de devoir tirer un trait sur sa carrière, Inès*, comme nous l’avions appelée, a reçu une peine de 2 ans de prison. Un an avec sursis, et un autre ferme, aménagé sous bracelet électronique. Un juge d’application des peines sera chargé de déterminer les horaires de permission de sortie qui lui sont accordés.
Si le tribunal s’est finalement montré moins sévère que ne l’avait souhaité la procureure – elle avait requis 4 ans d’emprisonnement, dont deux ans ferme – c’est surtout en raison d’un « manque d’éléments » pour corroborer les faits reprochés. Ce sont ces pièces manquantes qui ont permis à la prévenue d’échapper de peu « au mandat dépôt » et à l’incarcération. Elle a, en ce sens, été relaxée des faits de détention de stupéfiants.
Le président a cependant souligné « les comportements intolérables » dont s’est rendue coupable la surveillante, et a affirmé qu’il n’y avait aucun doute sur le fait qu’elle soit « l’autrice de messages de pression » adressés à des détenus. Leur teneur, a-t-il été détaillé lors de l’audience du 7 mars, s’apparentait à du chantage pour obtenir des relations sexuelles, entre autres. En contrepartie, les fouilles de leurs cellules étaient moins régulières.
La durée sur laquelle se sont étalés ces échanges téléphoniques relève, toujours selon le président du tribunal, de « l’extrême gravité ». C’est au nom de « ces manquements graves » qu’il a été décidé qu’Inès ne pourrait plus jamais travailler en milieu pénitentiaire. La trentenaire est aussi condamnée à une obligation de soins, pour son addiction à l’alcool notamment, et à l’interdiction de paraître au centre pénitentiaire d’Annœullin. Elle ne peut plus, non plus, entrer en contact avec tous les interlocuteurs mêlés de près ou de loin à l’enquête.
Deux détenus condamnés eux aussi, pour détention de stupéfiants
Les deux hommes qui comparaissaient à ses côtés étaient, à l’époque des faits, entre janvier et décembre 2024, codétenus à la prison d’Annœullin. Ils étaient quant à eux poursuivis pour trafic de stupéfiants en détention. Le premier, âgé de 33 ans, père de trois enfants et depuis employé en cuisine, a été reconnu coupable des faits de détention. Il a été condamné à une peine de 10 mois de prison, à exécuter sous bracelet électronique.
Son comparse, âgé de 30 ans et toujours incarcéré, a été condamné pour les mêmes faits à 15 mois de prison, avec maintien en détention. Pour rappel, 124 grammes de résine de cannabis et des téléphones portables avaient été retrouvés dans leur cellule commune dans le cadre de l’enquête. Eux avaient dit n’avoir jamais vu Inès.
*Le prénom a été changé
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