Après les déboires traversés par le club de rugby local, qui a déposé le bilan de sa SAS l’an dernier avant de tenter de se reconstruire, le club de foot de Blagnac est-il à son tour en pleines turbulences ? Dans un rapport publié lundi 24 mars 2025 et qu’Actu Toulouse a pu consulter, la Chambre régionale des comptes (CRC) d’Occitanie s’inquiète de « la situation financière dégradée » du Blagnac Football Club, né en 1962 dans la cité aéroportuaire. Mais si « le club a failli capoter » en raison d’errances dans la gestion qu’il impute à l’ancienne équipe, le président délégué actuel, interrogé par Actu Toulouse, décrit « une osmose retrouvée pour refaire vivre le club ». Ce qu’il faut savoir sur ce dossier.
Situation « dégradée » depuis la saison 2021-2022
La chambre a épluché les comptes et la gestion du Blagnac Football Club, l’un des plus gros de toute l’Occitanie, pour les exercices 2018 à 2023. Depuis la saison 2023-2024, l’équipe fanion est revenue en National 3, après une descente en Régional 1 à l’issue de la saison 2021-2022.
Une « association qui compte, en moyenne, 730 licenciés au cours de cette période, hors crise sanitaire », écrit la juridiction dans son rapport, mais dont « la situation financière s’est dégradée depuis l’exercice 2021-2022 et qui demeure fragile », résume-t-elle. D’autant que les années suivantes, le club a cumulé « les carences de gestion ».
Près de 50 joueurs et éducateurs payés à Blagnac
« Le niveau élevé des charges d’exploitation (698 055 €) » au cours de cet exercice 2021-2022 s’explique selon la chambre « par la hausse des rétributions des joueurs et par le poids de la rémunération de l’entraîneur de l’équipe 1 senior ».
Le club rétribue également une trentaine d’éducateurs et 18 joueurs seniors, en sus des défraiements et primes de match. Au total, ces rétributions ont représenté jusqu’à 30 % des dépenses du club.
« On a hérité d’une situation catastrophique », dit le président délégué
Que s’est-il passé pour en arriver là, au Blagnac FC ? « Une nouvelle équipe dirigeante a été élue à l’intersaison 2022, c’est notre troisième saison », rappelle Jean-Pierre Filiol, président délégué du club, à Actu Toulouse. « Quand on est arrivé, la situation du club était compliquée, sportivement, car on venait de descendre en Régionale 1, mais aussi financièrement, parce que nous avions un gros déficit sur l’année, qui a pu être épongé grâce à un gros bas de laine dont disposait le club, bien aidé par la commune ».
On a hérité d’une situation catastrophique, et d’un train de vie démesuré. La gestion du club n’était pas très bonne. On a dû procéder à deux licenciements et un départ volontaire dans le personnel administratif.
Situation « dégradée » depuis la saison 2021-2022
Une phrase du rapport résume la situation : « En moyenne, sur la période — entre 2018 et 2023 —, l’association a dépensé 661 K€ et a encaissé 655 K€» par an. Comment, dans ce cas, ne pas creuser son déficit ?
Si la saison 2021-2022 s’était clôturée avec un déficit de 124 835 euros, la suivante était encore en négatif (-27 824), avant de renouer avec un résultat positif en 2023-2024 (+ 18 157), « grâce à un excellent parcours en Coupe de France, qui a rapporté environ 20 000 euros », confie Jean-Pierre Filiol.
Pour cette saison 2023-2024, le dirigeant table sur un « équilibre positif », tout en continuant à rembourser les dettes et payer l’URSSAF ».
68 796 euros de redressement de l’Urssaf après « des carences de gestion »
Car pour ne rien arranger, le Blagnac FC a fait l’objet d’un énorme redressement fiscal, en raison de « carences de gestion ». « Les manquements constatés entre 2018 et 2022 à la réglementation sociale en matière de rémunérations, les lacunes dans les processus administratifs, comptables et financiers, ainsi que l’absence de contrôle interne ont exposé l’association à des risques qui se sont traduits notamment par un redressement de l’Urssaf en 2023 à hauteur de 68 796 € », détaille la chambre.
« Les manquements repérés par le contrôle Urssaf remontent aux années précédentes à notre arrivée », défend Jean-Pierre Filiol. Mais si « c’est l’ancienne gestion qui a été épinglée », la chambre régionale des comptes observe que « la régularisation des cotisations qui auraient dû être versées a participé à la dégradation de la situation financière de l’association ». Pour l’avenir, elle appelle le club à davantage de « contrôle interne ».
Ces carences rendent nécessaires, outre les mesures visant au redressement financier, la
mise en place de dispositifs de contrôle interne ainsi qu’un renforcement de l’encadrement
administratif de la fonction comptable.
Des « frais de déplacement et de blanchisserie non justifiés »
Parmi les déviances constatées, la CRC évoque « des remboursements de frais de déplacement et de blanchisserie non justifiés ». Deux types de dépenses qui interrogent la juridiction spécialisée. « La chambre a en effet constaté, chaque mois, dans les comptes (de 2018 à 2022), des montants récurrents de frais de déplacement (de 250 € à 450 €) ainsi que des dépenses de blanchisserie pour 300 €, y compris pendant les mois de confinement strict… »
« Les frais de blanchisserie ont été remboursés à un ancien membre du comité directeur pour un montant global de 11 950 euros sur la période », écrit encore la chambre, ce qui a « alourdi les charges de l’association pendant des années ».
En dépit de demandes réitérées, l’association n’a pas été en mesure de fournir à la chambre les justificatifs des écritures comptables correspondant à ces dépenses.
Une association sous perfusion de la mairie ?
Bien que son fonctionnement soit « très majoritairement assuré par des bénévoles », la chambre régionale des comptes décrit « une association sous dépendance des financements publics locaux », et notamment de la mairie. Outre la mise à disposition de locaux et d’installation sportive, le club est sous perfusion de « la commune de Blagnac, sous forme de subventions », qui « représentent chaque année près des deux tiers de son budget ». Et selon la chambre, « à plusieurs reprises, la commune a soutenu l’association en dehors du cadre conventionnel ».
Il y a dix ans, pour permettre au club de faire face à ses dettes, la mairie s’était fendue d’une « avance sur trésorerie d’un montant de 30 000 € ». À nouveau, en 2023, afin d’aider le club à faire face à des difficultés financières, elle a accordé une subvention supplémentaire de 30 000 € et une « avance » sur subvention de 40 000 €.
Cette dernière devait être récupérée par une réduction des subventions 2024 et 2025 mais, au regard des difficultés persistantes de l’association, la commune a accepté de ne récupérer cette avance qu’au cours des exercices 2025 et 2026.
16 à 19 % des subventions aux clubs sportifs de Blagnac
Entre 2019 et 2023, le club a reçu 1,726 million d’euros de subventions publiques pour son fonctionnement, dont 1,687 par la seule mairie de Blagnac. La chambre décrit une municipalité « très engagée en faveur du développement des pratiques sportives », qui alloue chaque année 1,8 million d’euros de subventions directes en faveur de 60 clubs sportifs. 3ᵉ club le plus important de la ville, le FC Blagnac bénéficie « de 16 % à 19 % » du total de cette enveloppe.
« Au début, le maire était très frileux à notre égard »
Jean-Pierre Filiol l’admet : jusqu’il y a quelques années, le FC Blagnac était sans doute trop attentiste, s’appuyant uniquement sur les deniers publics. « Il ne se faisait plus rien dans ce club, qui vivait grâce aux subventions de la mairie et les cotisations des joueurs, et s’est retrouvé avec une école de football catastrophique, alors qu’elle doit être au cœur du projet… ».
À notre arrivée, quand on est allé se présenter, le maire et son équipe étaient très frileux à notre égard. Ils nous ont donné notre chance et on a essayé de la saisir.
« On fait des animations, c’est du jamais vu à Blagnac »
Depuis ? « On a restructuré et relancé l’école de foot, on a aussi renforcé la section féminine, on a gagné quelques partenaires de plus ». Et surtout, le club et sa cinquantaine de bénévoles se sont retroussé les manches.
On a réorganisé des tournois, des vide-greniers, des lotos, on ouvre un peu plus la buvette… Bref, on fait des animations, ce que la ville de Blagnac n’avait jamais vu !
Les primes de matchs un temps supprimées
« À notre arrivée, lors de la première saison, on a supprimé les primes de matchs », raconte encore Jean-Pierre Filiol, « les joueurs ont accepté, ça ne nous a d’ailleurs pas empêchés de monter en Nationale 3. La deuxième saison, on a remis les primes, mais réduit les défraiements ».
Et aujourd’hui ? « On a la chance de pouvoir bénéficier de l’appui de la mairie, qui reste à juste titre très prudente et regardante, mais financièrement, on arrive à honorer les frais et primes de matchs, tout en s’acquittant de nos dettes. Car l’Urssaf a rééchelonné notre dette sur trois années, et l’avance-remboursable de la mairie a été étalée sur deux subventions ».
« La situation financière reste fragile », prévient la chambre
La chambre, elle, met en garde le FC Blagnac : « Le redressement financier de l’association, constaté pour la saison 2023-2024, demande confirmation, car il se trouve favorisé, en grande partie, par des reports de charges ».
Dans ce contexte, la situation financière reste fragile. Aussi, la pérennité financière de l’association est-elle conditionnée à des mesures de redressement structurelles portant aussi bien sur la maîtrise des charges que sur la diversification des recettes.
« On a passé le plus dur », dit le président délégué
Plus d’un an après le dernier exercice observé par la chambre, grâce à « l’implication des éducateurs, parents et dirigeants », Jean-Pierre Filiol veut croire que le FC Blagnac est en passe de redresser la barre. « On a passé le plus dur », dit le président délégué. « On est complètement serein pour l’avenir de ce club ». En espérant, que Blagnac, actuel 12e de Nationale 3 (sur 14) parvienne aussi à sauver sa peau en Nationale 3. Mais c’est une autre histoire !
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