Une affaire symbolique des violences sexuelles dans le cinéma. Ce lundi 3 février 2025, le réalisateur Christophe Ruggia a été condamné à quatre ans de prison, dont deux ans ferme, par le tribunal correctionnel de Paris pour des agressions sexuelles commises sur l’actrice Adèle Haenel alors qu’elle était mineure. Il devra purger sa peine sous le régime du bracelet électronique.
Un processus d’agressions
Les agressions sexuelles qu’a dénoncées Adèle Haenel — publiquement dans le site d’investigation Mediapart en 2019, déclenchant #Metoo dans le cinéma français — auraient débuté chez le réalisateur, après le tournage du film, sous couvert de préparation de sa promotion. Elles se seraient poursuivies quasiment tous les samedis après-midi pendant deux ans.
À la barre, l’actrice, qui s’est mise aujourd’hui en retrait du cinéma, a décrit le processus toujours identique des agressions. Elle est assise sur le canapé, lui qui vient « se coller » l’air de rien au fil de la conversation parce que « ma puce (t’es) vraiment trop drôle ». Puis les mains qui passent sous le T-shirt, dans son pantalon. Après le « goûter », il la ramenait chez ses parents.
Droite comme un i à l’audience, le visage régulièrement pris de spasmes nerveux, Adèle Haenel avait cherché les mots pour décrire l’impossibilité de sortir de cet engrenage, face à un homme qui disait l’avoir « créée », cette « adulte dans un corps d’enfant ».
« Mais ferme ta gueule »
L’actrice qui avait péniblement contenu sa rage face aux dénégations répétées de Christophe Ruggia, se contentant de le fixer d’un regard noir qu’il évitait, avait fini par exploser la seconde après-midi de procès. Bondissant de son siège et dans un cri venu de loin, elle avait hurlé « mais ferme ta gueule ! », frappant des mains sur la table devant elle, figeant pendant quelques secondes la salle d’audience.
Le réalisateur était en train d’expliquer qu’il avait tenté de la protéger des retombées du film dans la vraie vie, lui suggérant notamment qu’elle prenne « un nom d’emprunt ». Elle avait ensuite quitté la salle, comme en écho à son départ de la cérémonie des César en 2020 après l’annonce du prix du meilleur réalisateur décerné à Roman Polanski, accusé d’agressions sexuelles et de viols par plusieurs femmes.
Une « défense absurde »
Ce geste avait érigé Adèle Haenel en symbole des féministes. Soutenant qu’elle avait une « sensualité débordante » à 12 ans, Christophe Ruggia a pourtant assuré n’avoir « jamais » été « attiré » par l’actrice. Les accusations portées contre lui ? Une « vengeance » car il aurait refusé de la faire jouer à nouveau. Et puis, « il fallait lancer un #Metoo français, et c’est tombé sur moi ».
Une « défense absurde », avait balayé la procureure Camille Ploch. « Il a fait le choix d’agresser sexuellement. Il avait toute sa conscience d’homme, d’adulte pour agir autrement ».
« Cette audience doit rappeler l’interdit, qui était l’adulte, qui était l’enfant », avait martelé la magistrate, disant n’avoir « aucun doute » sur la réalité des agressions, décrites de manière « constante » par Adèle Haenel.
Les avocates de Christophe Ruggia, Fanny Collin et Orly Rezlan, ont plaidé la relaxe, même si aux yeux de tous, il est déjà « coupable », ont-elles déploré, craignant que le tribunal ne soit tenu « de rendre justice le pistolet sur la tempe ». Les avocats de l’actrice, Yann Le Bras et Anouck Michelin, ont demandé 30.000 euros en réparation du préjudice moral et 31.000 en réparation d’années de suivi psychologique.
Avec AFP
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