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le quatrième homme condamné à quinze ans de prison



Lundi 31 mars 2025, au troisième jour de son procès devant la cour d’Assises de l’Eure, Peladjy s’exprime enfin sur les faits qui lui sont reprochés. Le jeune homme de 27 ans se lève, s’avance vers le micro et commence à parler. Sa voix est peu assurée et l’accusé ne sait pas vraiment quoi dire. Pour commencer, il présente ses « excuses aux victimes ». « Même si j’ai compris qu’elles les accepteront jamais », ajoute-t-il.

Rôle minimisé

Sur le cambriolage raté du 19 juin 2017 à Breuilpont (lire Eure Infos du 1er avril 2025), guidé par la présidente de la cour d’Assises, Inès Da Camara, il revient sur les différentes étapes qui ont conduit au drame. C’est la première fois qu’il livre sa version des évènements. « Jean-Christophe m’a dit que c’était un plan facile, qu’on allait cambrioler la maison à deux. Il devait fouiller et prendre l’argent. Moi je devais rester dehors à faire le guet », commence Peladjy, qui avait alors 19 ans. Durant le repérage, le duo s’est rendu compte que le pavillon était trop imposant et deux autres complices ont intégré le groupe.

L’accusé reconnaît sa participation au cambriolage qui a conduit au décès de Ronaldo Menicucci, 59 ans, et la séquestration de sa compagne et de leurs deux filles. Mais il affirme à la cour d’Assises qu’il pensait que l’opération aurait lieu dans une maison inoccupée. « C’est une façon de minimiser votre rôle », lui rétorque la présidente. La magistrate multiplie les questions, tentant de confronter l’accusé aux contradictions du dossier. Les versions des complices déjà condamnés, lors de leurs auditions et lors de leur procès, en 2020, ne coïncident pas parfaitement avec celle donnée par Peladjy ce jour.

« Je suis un lâche »

Peu loquace, le jeune homme donne des réponses simples. Lorsque la magistrate lui demande pourquoi il a apporté des vestes du GIGN pour commettre un cambriolage dans une maison qu’il pense vide, il répond : « On me demande, je fais. » Un simple exécutant, en somme.

Peladjy ne nie pas avoir commis des violences. Seulement, il ne semble pas en prendre la mesure. Il admet avoir « aidé à tenir le monsieur ». Les malfrats étaient quatre sur Ronaldo Menicucci avant qu’il ne soit victime d’un malaise cardiaque. « C’est une scène violente, on est d’accord ? », essaye de le secouer Inès Da Camara. « Franchement, ça s’est passé tellement vite. Je ne peux pas vous dire », estime l’accusé.

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Sur la séquestration des trois femmes, il semble encore minimiser son rôle. « On m’a dit de garder trois femmes. J’étais totalement paniqué. Je ne sais même pas pourquoi je ne suis pas parti en courant », assure-t-il. Sans parler de la terreur causée à ses victimes…

Lorsque vient le moment d’aborder sa cavale, Peladjy joue sur le même registre. « Si c’était à refaire, je ne me serai jamais mis en fuite. » Une position facile à tenir depuis le box des détenus.

Les réponses parcellaires et la tendance à amoindrir certains faits agacent Me Corinne Gauthier et Me Laurence Palma de Papet, avocate de la partie civile. « Ma responsabilité, elle est autant que les trois autres. On est des pourritures. Je suis un lâche », finit tout de même par dire Peladjy. Les victimes devront s’en contenter.

Dix-huit ans requis

La culpabilité n’étant pas difficile à établir, l’avocate générale Laetitia Mimaud a à charge de proposer à la cour d’Assises une peine adaptée. La magistrate insiste sur « l’implication forte de Peladjy ». « Les violences, ils les amoindrissent. Mais elles ont été extrêmement graves », pointe-t-elle. Par ailleurs, le jeune homme était également en charge de la séquestration des trois femmes. « C’était peut-être le plus jeune des auteurs, mais il a démontré qu’il n’était pas seulement un enfant entraîné par des plus grands que lui. »

L’avocate générale demande aux jurés de retenir la tentative d’extorsion accompagnée de violences ayant entraîné la mort et l’arrestation ou séquestration afin de faciliter un crime ou un délit commis en bande organisée. Prenant en compte les sept années de cavale de l’accusé, elle requiert dix-huit années de réclusion à son encontre. Une peine plus élevée que celle de ces complices, donc.

« Il peut s’insérer »

« Il reconnaît son implication, sa responsabilité pleine et entière », rappelle Me Abdel Alouani, avocat de Peladjy. La défense encourage la cour à ne se baser que sur les « griefs incontestables » pour rendre son jugement. L’avocat conteste le « rôle prépondérant » qu’octroie le ministère public à son client. « Il est responsable comme les autres. Son rôle est un quart de ce qui a été fait ce jour-là. » Les trois autres ayant écopé de huit, douze et quatorze années de réclusion, Me Alouani estime que la « peine juste » se situe entre huit et quatorze. Et d’insister : « Monsieur est quelqu’un sur lequel on peut travailler. Il peut s’insérer. »

Au quatrième et dernier jour du procès, la cour d’Assises condamne le cambrioleur à quinze années de prison ferme. Soit une année de plus que la peine dont il avait écopé, en son absence, en 2020.

Quasiment huit ans après la nuit tragique du 19 juin 2017, la famille de Ronaldo Menicucci devrait enfin passer à autre chose. Mis en examen dans une autre affaire de séquestration, Peladjy, lui, n’en a pas encore fini avec la justice.



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