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Le quadragénaire se faisait passer pour un garçon de 17 ans afin de séduire une adolescente



Cachés derrière un pseudo, beaucoup se croient anonymes sur les sites et les réseaux. Le sentiment d’invulnérabilité leur permet de donner libre cours à leurs ressentiments et autres pulsions inavouables. Le site coco – fermé depuis le 25 juin 2024 suite à l’affaire Dominique Pelicot – était bien connu pour ses salons de discussions explicitement sexuels ou à connotation pédocriminelle. Il suffisait de renseigner son genre, son âge, son code postal, une adresse mail et de se créer un pseudo pour se connecter en libre accès.

Mercredi 13 décembre 2023, le quadragénaire se connecte à 9 h 46 au site coco. Dans le salon ‘lycéenne’, une jeune fille de 14 ans semble intéresser une douzaine d’internautes. L’un d’eux est plus pressant. La discussion s’engage.

14 ans ? Ça ne le « dérange pas »

Derrière le profil de l’adolescente, c’est en réalité les gendarmes qui appâtent celui qui se fait passer pour un garçon de 17 ans sous le pseudo de ‘petite chatte’. À plusieurs reprises, le faux profil des gendarmes précise : « Tu sais que j’ai 14 ans. » « Ça ne me dérange pas, répond l’intéressé. J’ai envie de lécher une chatte. » L’homme est prêt à verser 50 € pour ce faire. Les échanges sont de plus en plus crus et se terminent à 10 h 48 par l’envoi, à deux reprises, d’une photo de sexe en érection. Les gendarmes remontent facilement jusqu’à l’adresse IP de l’ordinateur situé dans l’Eure ainsi qu’à l’adresse mail du prévenu.

À la barre du tribunal d’Évreux, ce n’est pas Brad Pitt et encore moins une petite chatte. L’homme, atteint d’obésité morbide, s’arc-boute, souffle et s’embrouille dans ses dénégations. Dans un premier temps, il affirme ne pas avoir d’ordinateur. Puis prétend que ce n’est pas le sien. En cours de route, il change de cap et dit se connecter à la plateforme, car il s’intéresse au phénomène des pédophiles. « C’est pour s’informer et pour parler », consent-il. Le tribunal s’étonne, car le dossier est consistant. Toutes les connexions y sont consignées : jour, date, heure et durée.

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Les contenus des échanges y sont rapportés. Dans le procès-verbal de deux auditions, le prévenu reconnaît les faits. « Oui, mais après trente heures de garde à vue, j’ai craqué. Ils m’ont saoulé avec leurs questions. J’ai dit ce que m’a dit de dire mon avocate. Je voulais rentrer chez moi », rétorque le cocophile.

« Je ne sais ni lire ni écrire »

Le président d’audience Bertrand Brusset refait les comptes. Deux heures d’audition en deux jours, on a déjà vu pression policière plus contraignante. Devant les évidences et comme il faut bien reconnaître quelque chose, il lâche : « J’ai été sur coco, mais je n’ai pas contacté cette fille. C’est mon mail, mais ce n’est pas mon pseudo. Moi, j’allais voir les pompeuses. » Finalement, à bout d’arguments, l’homme pose la clé de voûte de l’édifice bancal de sa défense à la façon d’un Numerobis, l’architecte improbable d’Astérix et Cléopâtre : « Je ne sais ni lire ni écrire. » Tout est dit.

Dans son réquisitoire, la substitut du procureur Laetitia Mimaud détaille les incohérences et pointe les évidences. Dans le téléphone du prévenu, les gendarmes retrouvent les photos du sexe en érection ainsi que les SMS qui donnent rendez-vous à une jeune fille de 14 ans. En conclusion, le ministère public requiert douze mois de prison accompagnés d’un sursis probatoire de douze mois pour une durée de deux ans, avec obligation de soins, obligation de travail, interdiction de travailler avec des mineurs, ainsi que l’inscription au fichier des auteurs d’infractions à caractère sexuel.

Les magistrats suivent les réquisitions à la lettre. En outre, le prévenu devra payer les sommes dues au trésor public.



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