Le couperet est tombé. Jérémy*, le jeune homme de 20 ans qui avait percuté un policier en motocross le 30 janvier 2025 à Elbeuf (Seine-Maritime) a été jugé coupable par le tribunal de Rouen ce 17 février 2025. À la suite de ce refus d’obtempérer, le pilote a grièvement blessé le fonctionnaire de police. L’agent a eu les deux os de la jambe droite fracturés. Jérémy a pris la fuite après le choc, avant de se présenter quelques jours plus tard à l’hôtel de police.
Le policier violemment percuté
Selon les éléments inscrits dans le dossier, quatre policiers se trouvent en patrouille à Elbeuf le 30 janvier lorsqu’ils constatent la présence d’un pilote sur un motocross non homologué en plein rodéo urbain. Plus tard, l’enquête confirmera qu’il s’agissait d’un véhicule volé.
Les agents interviennent. Le fourgon s’immobilise et des policiers descendent du véhicule pour barrer la route au jeune. Sauf que ce dernier, après un moment d’arrêt, accélère et vient percuter l’un des agents. Un policier est violemment touché à la jambe, il fait un tour sur lui-même avant de s’écrouler au sol.
Suite au choc, le deux-roues poursuit brièvement sa route, mais le jeune motard en perd le contrôle à une trentaine de mètres plus loin. Tandis que les policiers viennent en assistance à leur collègue, le fuyard s’échappe à pied. Non casqué, il est facilement reconnu par les fonctionnaires de police.
Des images de vidéosurveillance confirment que quelques instants avant le choc avec le policier, le pilote circulait sur le trottoir et manquait déjà de percuter deux piétons. Quatre jours après les faits, le pilote se présente à l’hôtel de police.
Le jeune pilote face à ses contradictions
Au cours de son audition à l’hôtel de police, il ne reconnaît pas les faits tels qu’ils sont décrits dans le dossier. Il déclare avoir fait un rodéo urbain et avoir fui le contrôle de police. Il assure n’avoir pas eu connaissance du choc avec le policier.
Lors de son audience, face à la cour du tribunal, il raconte : « J’ai voulu contourner le fourgon par l’arrière. J’ai vu le policier sortir sa matraque. » Toujours selon ses dires, il a paniqué et fermé les yeux en fonçant vers les policiers, affirmant n’avoir pas eu la possibilité de faire demi-tour ou bien de ralentir. Le pilote précise qu’il ne peut pas passer les vitesses sur son véhicule.
« Cela ne doit pas être facile de conduire un tel engin », ironise la présidente de la cour. Elle met alors le prévenu face à ses contradictions, s’appuyant sur le fait que ses déclarations ne coïncident pas avec les éléments décrits par les policiers, ainsi qu’un témoin de la scène qui assure avoir « vu une moto arriver droit sur les policiers ».
« Est-ce que la blessure du policier est liée à votre moto ? », interroge-t-elle. « Sûrement », répond en bredouillant le prévenu. Dans leurs déclarations, les quatre agents estiment qu’il est impossible que le pilote ait pu ignorer la présence des policiers et tous constatent que le pilote s’est arrêté avant d’accélérer dans leur direction.
Lors de l’audience, le policier blessé assure une fois de plus que le motard « a foncé délibérément sur lui. Il a mis un coup de gaz dans ma direction, j’ai essayé de sortir ma matraque, mais je n’ai pas eu le temps. » Et d’ajouter : « Je pense avoir été percuté par la fourche, l’avant, de la moto, sur le côté gauche. » Le fonctionnaire, qui avait déjà croisé Jérémy à Elbeuf, confie par ailleurs que « c’est un jeune habituellement correct ».
« Je m’excuse. Je ne savais pas que vous étiez au sol quand je suis parti », concède en bredouillant le prévenu face à la cour.
« Un gamin qui se croit le maître du monde »
L’avocate de la partie civile déplore une nouvelle histoire « d’un gamin qui se croit le maître du monde. » Se rapportant aux éléments du dossier, « incontestablement, c’est volontaire », assure la pénaliste qui « espère une sanction qui le fera comprendre que le rodéo, c’est la vie, ce n’est pas un jeu ».
« Nous sommes sur un comportement intentionnel », martèle de son côté le ministère public qui réclame cinq ans d’emprisonnement, dont trois ans de prison ferme. Le procureur de la République demande également une interdiction de port d’arme, de paraître sur la commune d’Elbeuf ou encore de conduire tout véhicule terrestre à moteur à deux rues et de le maintenir en détention.
À son tour, le conseil de la défense lance sa plaidoirie par des mots forts à l’encontre de son client : « Vous faites partie de ces jeunes qui rendent l’espace public dangereux pour les gens. Vous êtes un petit con. » Il déplore toutefois une « audience à charge » ainsi que les approximations du ministère public : « Je sais à quel point les audiences qui concernent les policiers sont délicates. »
L’avocat de la défense tente ainsi de défendre son client, en s’appuyant sur le caractère involontaire du choc. « Ce qu’il veut faire, c’est passer sur le côté. Quelques instants plus tôt, il frôle deux passants. Il est persuadé qu’il peut faire la même chose. Il voulait passer dans un trou de souris. C’est d’ailleurs un bout de sa moto qui a percuté le policier. C’est pour ça qu’il ne s’en est pas rendu compte sur le moment », estime-t-il.
Après en avoir délibéré, le tribunal de Rouen a reconnu coupable le prévenu des faits reprochés. « Vous êtes primo délinquant, mais vous commencez par des faits d’une extrême gravité », appuie la présidence de la cour.
Jérémy est ainsi condamné* à deux ans de prison, dont 18 mois d’emprisonnement ferme. Il devra indemniser la victime à hauteur de 2000 euros. Il lui est par ailleurs interdit de conduire tout véhicule terrestre à deux roues avec moteur, et il est maintenu en détention.
*Le prénom a été modifié
**Cette peine est susceptible d’appel, tout prévenu demeure présumé innocent tant que toutes les voies de recours n’ont pas été épuisées.
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