Lundi 10 mars 2025, devant la cour d’assises de la Manche, s’est ouvert à Coutances (Manche) le procès de l’homme surnommé le « ninja warrior » dans La Presse de la Manche du lundi 10 mars 2025.
En décembre 2021, à Tourlaville (commune déléguée de Cherbourg-en-Cotentin, Manche) vêtu de noir des pieds à la tête et en proie à ses démons intérieurs, il était parti à l’attaque d’une voiture de police, un katana dans chaque main, avec l’intention de tuer les trois policiers présents, deux femmes et un homme, qui étaient restés dans leur véhicule pour se protéger.
Lundi 10 mars 2025, debout face aux magistrats et aux jurés de la cour d’assises, du haut de ses presque 2 mètres, P. M., aujourd’hui 40 ans, a fait savoir qu’il ne répondrait pas forcément aux questions que la présidente lui posera. Et sa position est claire : s’il ne nie pas avoir attaqué les policiers cherbourgeois au sabre, il n’a jamais eu l’intention de les tuer.
Une enfance compliquée entre Sénégal et France
L’accusé est né au Sénégal et, jusqu’à ses 6 ans, il a été élevé à l’africaine, avec le concours de ses deux grands-mères, paternelle d’abord, maternelle ensuite. Après avoir quitté son père, sa mère se lie avec un militaire français, qui emmène alors sa famille, ses propres enfants, la mère de P. M. et le petit.
À Gonneville, dans le Val de Saire, le petit y apprend le français, se fait brocarder à l’école, car seul gamin couleur d’ébène au milieu de têtes blondes ou châtain clair. Pas très motivé, le garçon, grandissant, n’achève jamais ses scolarités à Cherbourg. Comme au lycée professionnel Doucet à Équeurdreville, d’où il est renvoyé à cause d’une bagarre.
Il a 16 ans, sa mère le renvoie alors chez son père au Sénégal. « Je l’ai mal vécu », dit-il. À 18 ans, il est de retour en France, mais il se fait mettre à la porte par sa mère, parce qu’elle a découvert du cannabis dans ses vêtements. À la rue, sans le sou, abrité chez des copains, il se livre au trafic de stups : « J’en vendais uniquement ».
De nombreux passages au tribunal
C’est l’époque où il accumule les passages au tribunal de Cherbourg : 10 condamnations entre 2006 et 2011 pour dégradations, pour vols, mais surtout pour trafic de stupéfiants (en 2007, 2008, 2010 et 2011), ce qui lui vaut deux séjours en prison.
Une dernière condamnation en 2016 pour conduite sous l’emprise de stupéfiants, puis plus rien. Embauché à Naval Group, il y reste trois ans, avant de travailler pendant trois ans aux CMN, jusqu’à son licenciement. Pour quelle raison ?
Victime d’une malédiction ?
À partir de là, il dérive, ou plutôt se laisse emporter par ses démons intérieurs et ses hallucinations. À la barre, sa mère a dit qu’elle était convaincue d’une malédiction sur son fils depuis sa naissance, que quelque chose dans son corps n’allait pas.
Aux alentours de ses 16-17 ans, il était persuadé d’être ensorcelé, qu’un mauvais esprit l’habite. Même s’il refuse d’en parler, il avoue toutefois se sentir au cœur d’une bataille entre Dieu et le Malin qui se livre en lui. Il avait vu un marabout, mais pas question d’en dire un mot. Il y a eu des périodes sereines de sa vie.
En 2021, après avoir perdu son emploi, il était en proie au stress, à l’angoisse. Quelques jours avant les faits, fin novembre, sa mère s’inquiétait de la précarité de sa situation, de ne pas avoir de nouvelles de lui. Il avait fini par lui répondre : « Tout va bien, ce sont les aléas de la vie, ça va s’arranger ». Mais elle avait appris que son fils avait reçu un de ses amis en brandissant un sabre, complètement exalté.
Le 2 décembre, il décide de quitter Cherbourg, la ville de son malheur. Il s’accoutre d’une sombre tenue guerrière qui ne lui laisse libre que le regard. Il empile dans un sac à dos des armes hétéroclites, poignards, couteaux, nunchakus (fléaux japonais à deux branches servant comme arme de combat), shurikens (armes traditionnelles des ninjas), et même une arbalète et ses flèches, prélevés sur l’arsenal qu’il s’était constitué chez lui.
Il quitte son logement, et la ville de sa malédiction, un katana (sabre japonais) à chaque main. Il est armé contre « la chose » qu’il fallait faire sortir de lui.
Fuir la ville maudite et tuer « la chose » qui le ronge
Il lui faut une voiture, il est un peu plus de 15 heures. Rue Malakoff, près de l’hôpital où elle prépare sa thèse, une jeune femme, mère d’un petit confié à une garderie, est au volant de sa voiture et s’apprête à mettre la clé dans le contact quand un homme se penche vers elle et lui place un sabre à la base du cou pour lui réclamer ses clés.
Leurs regards se croisent. Sidérée, la femme sort, donne ses clés et voit sa voiture partir en trombe. Il lui traverse alors l’esprit que l’homme est peut-être un terroriste et qu’il va s’en prendre à la garderie où se trouvait son fils. Elle appelle aussitôt la police.
Deux véhicules de police se mettent à la recherche de la voiture volée, une équipe se dirigeant vers le rond-point proche du Leclerc de Tourlaville. Nouvel appel : la station-service du Leclerc signale un accident à son niveau. Une voiture s’est emplafonnée à vive allure dans la pancarte indiquant les prix du carburant.
Un assaut d’une violence extrême
L’équipage tout proche des lieux arrive immédiatement. Dans le véhicule, une policière cheffe de bord, le conducteur et, derrière, une policière. Ils s’arrêtent à côté de la voiture accidentée. La portière est ouverte, le chauffeur a disparu.
Les trois policiers s’apprêtent à sortir, mais ils n’en ont pas le temps. L’homme en ninja signalé par la victime du vol de sa voiture se rue sur le véhicule de la police et cogne avec son sabre sur la vitre de la cheffe de bord, assise à la droite du chauffeur.
Ils verrouillent alors les portières, mais la violence des coups de sabre qui zèbrent la vitre libèrent le système. L’agresseur ouvre la portière de la cheffe de bord et passe et repasse la lame de son sabre devant elle, l’entaillant gravement au menton.
Le conducteur, coincé par sa ceinture de sécurité, ne peut que passer un bras derrière sa collègue pour tirer deux coups de son arme contre l’homme au sabre. Celui-ci contourne la voiture et frappe de son sabre la passagère arrière, qui sort armée pour porter secours à ses collègues. Le sang sort par saccades, le sabre ayant sectionné l’artère temporale. Elle fait feu avec son arme.
Elle a cru mourir, a-t-elle dit, en décrivant l’assaut de l’homme en noir comme une scène de guerre. Une scène qui n’a duré que quelques secondes, mais qui ont paru hors du temps aux victimes.
Verdict aujourd’hui
Dans la salle d’audience, les trois policiers ont dit, avec beaucoup d’émotion, en revoyant mentalement la scène, qu’ils avaient eu le sentiment que leur agresseur allait les tuer. À la fin de son assaut, à terre devant le véhicule des policiers et blessé de trois balles, mais conscient, celui-ci continuait à les menacer de mort. Plus tard, dans sa cellule, il a fait savoir qu’il « n’avait pas terminé sa mission ».
Aujourd’hui, la réponse pénale de la cour sera signifiée à l’accusé, qui encourt pour ces faits la peine maximale de la réclusion à perpétuité.
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