S’il est parvenu à faire passer (en force, via 49.3) le budget, François Bayrou a plus de difficultés à gérer sa communication, « pas travaillée » et « erratique », au point de lui jouer des tours, comme sur l’affaire Bétharram.
Ce mercredi 26 février 2025, le Premier ministre a donné un point presse au Salon de l’agriculture. Un contraste manifeste avec sa première visite, le lundi précédent.
Mise à bonne distance, la presse n’avait quasiment jamais pu approcher le chef du gouvernement. Un journaliste de RTL s’est même vu retirer son accréditation : il venait d’interroger le Premier ministre sur l’affaire Bétharram…
Signe de nervosité de Matignon
L’Association de la presse ministérielle (APM) a dénoncé de « nombreuses entraves à l’accès à l’information ». Interrogée, la communication de Matignon plaide le « malentendu ».
Signe de nervosité de Matignon sur le sujet ? M. Bayrou est poursuivi depuis deux semaines par cette affaire de violences physiques et sexuelles dans un établissement catholique béarnais dans lequel il a scolarisé certains de ses enfants et où sa femme a enseigné le catéchisme.
Un épisode qui s’ajoute à une communication largement jugée erratique, y compris par des proches soutiens du Premier ministre.
Le « paradoxe Bayrou »
« Elle repose trop sur lui, son instinct et ses intuitions, elle n’est pas travaillée et elle est un peu brute », analyse le spécialiste en communication politique Philippe Moreau-Chevrolet.
Une communication « dépassée » et « datée », si bien que sur l’affaire Bétharram, « il a réagi comme François Fillon, avec le déni et une posture d’attaque, et ça fonctionne mal », ajoute-t-il.
Ancien communicant de François Hollande, Gaspard Gantzer pointe un « paradoxe Bayrou ». « Politiquement assez habile », censure évitée à l’appui, alors « qu’en termes de communication, c’est quand même une machine à couac ».
Entouré à Matignon d’un cercle de « fidèles » guère « politiques », dixit un proche, François Bayrou n’a pas de chef de pôle pour la communication, même s’il a intégré l’ancien député Bruno Millienne pour le « décryptage » de ses décisions.
Peu d’expérience gouvernementale
Sans grande expérience gouvernementale, ses chargés de communication se débrouillent avec un Premier ministre habitué à gérer lui-même ce volet de l’action politique, avec l’aide épisodique de conseillers de l’ombre.
« Ca donne, de l’extérieur, l’impression d’une situation un peu à l’ancienne, dans laquelle la communication est un peu la chambre des enfants. On décide politiquement entre gens sérieux et après on décide de communiquer. Or, qu’on s’en réjouisse ou qu’on le déplore, la communication aujourd’hui est une dimension de l’action politique », juge M. Gantzer.
Résultat, pour les ministères, « c’est l’autogestion », décrit une conseillère ministérielle.
Ses premières prises de parole après son arrivée à Matignon témoignaient d’une certaine improvisation : notons la cellule de crise consacrée à Mayotte qu’il a quittée en plein point presse, ou en marge du conseil municipal de Pau, quand il assure n’avoir jamais plaidé la fin du cumul des mandats avant d’être démenti par un journaliste.
Un bon exemple : le référendum évoqué par le Premier ministre sur les retraites, alors même qu’un conclave qui doit durer plusieurs mois vient d’être lancé.
Il se fait très (trop ?) confiance
« C’est son tempérament de penser savoir tout faire. Peut-être que la machine, à Matignon, c’est autre chose que chef de parti ou visiteur du soir », analyse un autre conseiller.
Le cas Bétharram est emblématique. Mis en cause par le député LFI Paul Vannier, François Bayrou répond en personne, alors qu’il n’y est pas tenu. Résultat, « comme il s’est mal dépatouillé, il a remis deux euros dans la machine » et « tout ça donne un truc qu’on fait feuilletonner pour rien », soupire un soutien du Premier ministre.
Il se fait très confiance sur sa capacité de réponse et sur son aura naturelle (…) Sur les trucs perso, tout le monde fait la même erreur, en pensant pouvoir gérer…
Deux semaines plus tard, le chef du gouvernement, une nouvelle fois interrogé, choisit de mettre en cause le gouvernement Jospin, successeur des gouvernements Balladur puis Juppé dont il était membre.
Cette affaire, « ça prend une dimension à vomir », fulmine un cadre socialiste, qui accuse M. Bayrou de « détourner ça sur le PS pour ne pas assumer ses responsabilités ».
Ce tableau d’ensemble « peut conduire au paradoxe absolu d’un politique très compétent pour stabiliser la vie politique mais qui peut finir par sauter sur une mauvaise com’ » au risque de « torpiller sa (potentielle) candidature pour 2027 », conclut M. Moreau Chevrolet.
Avec AFP.
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