jnews.fr

le club de motoball va devoir trouver des solutions pour assurer son avenir


« Je tenais à vous présenter mes excuses pour la saison compliquée, que ce soit sur le côté sportif ou financier… » Le ton est grave pour Grégory Lemeunier, président du club de Motoball de Houlgate (Calvados), en ouverture de l’assemblée générale extraordinaire qui a réuni les membres de l’association, mais aussi le maire Olivier Colin, au stade Emile Langlois, samedi 25 janvier 2025 après-midi.

Le club se retrouve en effet dans une situation délicate, tant sur le plan sportif que financier. Un état des lieux imputable en partie au président, qui reconnaît un certain nombre « d’erreurs stratégiques », de « choix financiers que j’ai dû prendre pour que le club se maintienne, ce qui a toujours été mon leitmotiv » assure-t-il.

J’ai commis des erreurs, je les assume, je fais mon mea-culpa.

Grégory Lemeunier

À la tête du motoball houlgatais depuis cinq ans, le président relève tout de même « quatre premières années positives », avec la livraison du nouveau terrain, même si « les résultats sportifs n’ont pas forcément été à la hauteur des attentes et des investissements engagés ».

Un championnat d’Europe qui plombe les comptes

Sur le plan comptable, le club est clairement dans le rouge, avec un peu plus de 3 000 euros de solde sur ses comptes à l’heure de la réunion et surtout un déficit atteignant les 100 000 euros. Un trou financier lié à la saison, « beaucoup de choses n’ont pas fonctionné. Il y a eu des manquements, les recettes de matchs pas suffisantes, des partenariats pas renouvelés… » égrène le président, mais aussi à l’organisation du championnat d’Europe en août dernier.

Vidéos :

Ça devait être un événement historique à Houlgate. La compétition n’a malheureusement pas soulevé l’enthousiasme attendu. Bien au contraire. « J’ai voulu mettre le club en avant en l’organisant, une belle manifestation où la France a accompli un doublé historique en terres houlgataises » résume le président. Mais en marge de l’aspect sportif, la réalité, notamment financière, assombrit le tableau.

Au final, la compétition laisse un déficit de -31 687 euros dans les caisses. Le président a lui-même réglé 15 330 euros de la somme sur ses fonds propres, « je m’y étais engagé pour compenser mes erreurs ». 9 984 euros restent néanmoins à régler à un prestataire pour la sécurité de l’événement. Le dirigeant avoue avoir péché par « excès d’optimisme, j’espérais que ce championnat d’Europe allait attirer beaucoup plus de monde ». La communication sur la manifestation a notamment été pointée du doigt.

Le maire Olivier Colin se dit « abasourdi » par la situation du club. « En mars, j’ai été ferme sur le fait que c’était une folie de faire le championnat d’Europe à Houlgate », au regard de la saison sportive déjà délicate. « J’ai demandé les comptes dès le 28 août, j’étais en alerte quand j’ai vu comment les choses se passaient ».

Je suis contraint de dire que je n’aurais pas dû l’organiser, au vu des difficultés rencontrées. Au vu du coût final, ça a été très compliqué, c’est un regret. Sans cela, nous ne serions pas dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui.

Grégory Lemeunier

Les subventions des motos électriques

Autre sujet de crispation, celui des subventions allouées pour l’acquisition de six motos électriques, dans le cadre de la transition énergétique du club. Des aides financières reçues de la part de la Région, du Département, de la Ville, que le président a ponctionné pour les premiers matchs de championnat, croyant bien faire, « j’ai dû prendre de l’argent des subventions pour financer le début de saison » reconnaît-il, alors qu’il fondait beaucoup d’espoir sur le succès du championnat d’Europe « pour rembourser les sommes utilisées ». Un pari risqué mais malheureusement perdant pour le club. Pour autant, face au scepticisme de certains adhérents, le président affirme haut et fort : « je ne me suis jamais mis d’argent du club dans les poches, pas un centime, je peux en attester ».

Le maire de Houlgate n’en reste pas moins « effaré que tu aies pu dévoyer de l’argent des subventions des motos électriques. J’aurais pu, au minimum, être prévenu ». Cependant, côté mairie, les intentions sont de sortir de la crise par le haut. « Nous, mairie, nous allons vous suivre, évidemment. Je ne serai pas le fossoyeur du plus vieux club de motoball français ».

Sur le plan sportif, satisfaction chez les U18

Sur le plan sportif, l’équipe première a fini la saison à la dernière position du championnat d’Élite 1. « Nous avions essayé de faire le maximum pour que les choses aillent de l’avant, impulser une nouvelle dynamique » précise Grégory Lemeunier. Ça n’a pas suffi : de longs déplacements, des matchs à seulement quatre joueurs, « ça a été très compliqué et décevant ».

En revanche, l’équipe U18 est une satisfaction, « les résultats sont très bons, ils finissent cinquièmes du championnat, avec un beau parcours en coupe de France, on peut être satisfait de l’investissement des jeunes ».

« On est là pour accompagner le club »

Aujourd’hui, le club doit continuer à vivre tout en remboursant ses dettes, en premier lieu à la Fédération française de motocyclisme. Michel Bonneau, élu au comité directeur de la Fédération et trésorier de la Ligue de Normandie, était présent pour tenter de trouver des solutions pour la survie du motoball houlgatais. La dette est « à 90 % liée à la fédération », précise-t-il. Elle est composée des 74 000 euros de l’acquisition des motos électriques, ce qui représente un échéancier de 2 900 euros mensuels sur trois annuités, auxquels s’ajoute une avance de trésorerie de 25 000 euros allouée au club, soit 600 euros à rembourser par mois.

Face à la tension palpable au sein de la réunion, le représentant des instances a voulu jouer l’apaisement. « Le président devait nous rendre des comptes, on a été un peu surpris de sa gestion, mais on se devait de trouver des solutions pour demain. Notre ambition est d’accompagner la nouvelle équipe dirigeante, pour que le club puisse repartir sereinement avec la charge financière la moins forte possible pour lui permettre de réussir ». Côté ligue, une subvention exceptionnelle de 3 000 euros a été allouée en décembre, « vu la condition désastreuse du résultat financier ». Côté fédération, là aussi, le discours est à l’apaisement et à la gestion de crise, avec la décision de décaler la dette, « pour permettre à la nouvelle équipe et au club de repartir. Nous verrons l’exercice 2025 si ça repart dans le bon sens. Mais on a besoin de transparence et de garanties pour demain ».

Les membres du club sont inquiets pour l’avenir de leur discipline. ©Le Pays d’Auge/Nicolas MOUCHEL

Quel avenir immédiat ?

Grégory Lemeunier a annoncé son intention de démissionner de la présidence, même s’il assure qu’il continuera à « travailler à trouver des solutions pour le club, je ne vais pas lâcher comme cela. Je m’engage à doubler mes efforts pour aider à solder la dette ». Il s’engage par ailleurs à livrer des comptes certifiés à la prochaine équipe. Une nouvelle assemblée générale sera fixée pour élire les nouveaux dirigeants. Plusieurs membres du club devraient se lancer pour assurer la suite. Mais ils s’interrogent légitimement sur le poids des responsabilités à venir. « Que se passera-t-il si la situation ne s’améliore pas dans les deux ou trois ans ? On ne veut pas faire banqueroute, ni être tenus responsables… Ce qu’on veut, c’est que le club continue ».

Michel Bonneau a apporté quelques promesses à ce niveau, « le président de la Fédération a certifié que si la dette n’est pas remboursée fin 2025, la fédération n’attaquera pas la nouvelle équipe » assure-t-il, ajoutant que des leviers et des solutions devront être trouvés.

On ne vous tiendra pas responsable si vous échouez. Dans l’intérêt du club, il faut tenter.

Michel Bonneau

Malgré les largesses proposées par la Fédération et la municipalité, il va falloir que les principaux acteurs du club se retroussent sérieusement les manches pour trouver des moyens financiers, d’une part pour financer la saison sportive qui débute le 27 mars 2025, mais aussi pour réussir à réunir les fonds pour renflouer les dettes. Un chantier gigantesque pour que le motoball ne meure pas à Houlgate.



Source link
Quitter la version mobile