« Je ne pouvais pas venir en Haute-Garonne, sans venir dans le Tarn ». Ce vendredi 4 avril, à l’issue d’un déplacement à Toulouse, le ministre des Transports Philippe Tabarot a longé en voiture, aux côtés du préfet de Région Pierre-André Durand, les 53 kilomètres du tracé de la future autoroute A69 pour rejoindre Castres. Avant une halte de presque une heure sur le chantier de construction de cette infrastructure, à l’arrêt depuis plus d’un mois sur décision du tribunal administratif de Toulouse.
« Je suis venu constater concrètement la situation, avec ces ouvrages d’art qui sont terminés, mais un chantier qui est malheureusement à l’arrêt », a-t-il expliqué tout en marchant sur l’enrobé recouvrant le tablier du viaduc surplombant l’Agout, entouré pour l’occasion d’une large délégation d’élus qui défendent le projet. À ses côtés : la présidente de la Région Occitanie Carole Delga, le président du Département du Tarn Christophe Ramond, les parlementaires Jean Terlier et Philippe Folliot, la députée européenne Claire Fita ou encore le maire de Castres Pascal Bugis.
« Un énorme gâchis »
« Il est désolant de voir ce chantier arrêté, des ouvriers qui sont mis au chômage partiel, d’autres qui sont partis dans d’autres régions, beaucoup d’emplois indirects qui sont impactés et stoppés. C’est un coup dur pour l’économie locale », a regretté Philippe Tabarot, indiquant avoir le sentiment d’un « énorme gâchis ».
L’ancien sénateur des Alpes-Maritimes a par ailleurs apporté son soutien aux défenseurs du projet en affichant son optimisme quant à une reprise des travaux. « Je pense que les éléments qui figurent dans notre demande de sursis à exécution provisoire et dans notre dossier d’appel sont de nature à démontrer juridiquement que cette autoroute répond à un intérêt public majeur et qu’il y a une Déclaration d’utilité publique accordée qui est solide », a-t-il lancé.
On a beaucoup entendu déjà les opposants au projet et ils nous l’ont exprimé à travers un recours. Je crois qu’il faut maintenant un peu entendre ceux qui soutiennent ce projet et qui sont semble-t-il largement majoritaires. […] Il faut aller au bout de ce projet. Je suis déterminé à ce qu’on puisse le mener à bien. Et j’espère que la justice nous donnera raison, parce que je pense que nous avons raison.
Le chantier ne pourra pas reprendre de suite
Si la Cour d’appel administrative doit se prononcer sur la demande de sursis à exécution provisoire à la fin du mois de mai 2025, le chantier ne redémarrera pas pour autant dans la foulée en cas de réponse favorable de la justice. « Nous sommes prêts. Mais cela prendra du temps pour relancer la machine. Il y aura des recrutements à faire, des marchés à passer à nouveau », a averti Martial Gerlinger, directeur général d’Atosca, au moment de s’adresser au ministre.

Philippe Tabarot semble en être bien conscient. « Il est évident que le chantier ne pourra pas redémarrer du jour au lendemain », a-t-il consenti. « Il faudra rappeler des personnes de toute la France pour remettre le chantier en ordre et pouvoir le redémarrer. Ce sera un problème, mais un bon problème. Car ça voudra dire que le chantier peut reprendre et qu’il pourra être terminé », a poursuivi le membre du Gouvernement.
L’objectif, c’était de terminer l’autoroute avant la fin de l’année 2025. On était dans les temps, à ce que l’on peut voir de manière concrète. Maintenant, si le chantier a un peu de retard, cela pourra se comprendre. Car le Tarn en a besoin et qu’il est plébiscité par la population.
Des arguments que les opposants à l’autoroute A69 réfutent quant à eux en bloc depuis plusieurs mois. Le collectif La Voie est libre assure notamment que le chantier accusait déjà plusieurs mois de retard au moment de son arrêt et que celui-ci n’est pas réalisé aux deux tiers contrairement à ce qu’annoncent le concessionnaire et l’État. En octobre 2023, les associations militant contre le projet avaient par ailleurs mis en avant un sondage qu’elles avaient commandé à l’Ifop. Celui-ci indiquait que 61 % des habitants du Tarn et de la Haute-Garonne étaient opposés à la poursuite des travaux. Ce jeudi 3 avril 2025, Via 81, l’association réunissant notamment des chefs d’entreprise soutenant la construction de l’infrastructure, indique quant à elle que selon une consultation réalisée à sa demande par l’institut Opinion Way, 64 % des habitants du Tarn seraient aujourd’hui favorables à la poursuite du chantier.
Philippe Tabarot veut faire évoluer la loi
Dénonçant à nouveau la situation « ubuesque » que représente selon lui l’arrêt de ce chantier déjà bien avancé, le ministre était interrogé sur le risque de voir une situation tout aussi aberrante se reproduire dans un futur proche : un redémarrage des travaux permis par une levée de l’exécution provisoire avant un possible nouvel arrêt de ceux-ci au bout de seulement quelques mois, en cas de jugement en appel venant confirmer la décision prise par le tribunal en première instance.
« C’est l’intérêt de pouvoir mettre un petit peu de l’ordre dans ces questions fort complexes de procédures. Cette situation avec l’arrêt d’un chantier réalisé aux deux tiers, vient probablement d’un empilement de lois qui sont quelquefois contradictoires les unes avec les autres. Le plus important, c’est de tenter lors du projet de loi de simplification d’inscrire l’idée que quand on a une déclaration d’utilité publique, il y a une raison impérative d’intérêt public majeur et qu’il semble donc possible de mener à bien un chantier. C’est ce que plaident les personnes qui défendent l’État sur ce sujet et qui souhaitent ce sursis à exécution », répondait alors Philippe Tabarot.
L’ancien sénateur plaide donc en faveur d’une évolution de la législation. « Il faut certainement le préciser de manière plus claire dans la loi. Pour que ce qu’il s’est passé ici, ne se passe pas demain dans d’autres territoires », milite le ministre des Transports.
Source link