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le chalutier Cachalot a disparu

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Tempête sur la Manche. Le temps était au beau, et d’un coup, le vent a changé et s’est mis au sud, brutalement, prenant par surprise les bateaux navigant entre le Cotentin et la côte sud anglaise. Des rafales estimées à 150 km/h, avec à Cherbourg, la mer moutonnant en rade, et même dans le bassin du Commerce !

Plus de peur que de mal pour les chalutiers locaux, qui ont tous pu rallier les ports du sud de l’Angleterre pour laisser passer le coup de tabac, avant de profiter d’une accalmie pour rejoindre Cherbourg. Tous sauf un : le Cachalot.

Plus de contact

Celui-ci avait quitté Cherbourg au début de l’après-midi du lundi 29 janvier. Une avarie de moteur l’a obligé à relâcher à Salcombe, à l’est de Plymouth, pendant 48 heures.

Puis le chalutier a repris la mer le samedi 3 février, certainement impatient de rattraper le temps perdu. Le même jour, son patron Auguste Vassal a donné de ses nouvelles par la vacation radio, indiquant qu’il se trouvait dans le secteur de Start Point (entre le Devon et les Cornouailles) que la pêche était bonne et qu’il pensait être de retour à Cherbourg le lundi.

Un peu plus tard dans la soirée, le Cachalot a été en contact radio avec un autre chalutier cherbourgeois, le Duquesne, auquel il a demandé si le banc sur lequel il se trouvait, était très poissonneux.

Quelques heures plus tard, le matin du 4 février, vers 5 heures, le Duquesne a de nouveau aperçu le Cachalot. Et puis la tempête est arrivée. Et depuis, plus rien. Pas de contact en visuel, pas plus que par radio.

A Cherbourg, l’inquiétude commence à poindre le mardi 6, avec encore un espoir : peut-être le Cachalot a subi une double panne – moteur et radio – et qu’il a dérivé hors des zones de pêche habituelles, sans possibilité de contact ? C’est déjà arrivé. Peut-être s’est-il comme les autres, réfugié en Angleterre, et n’a pas eu la possibilité de prévenir de sa situation ?

Quand même, c’est alarmant. Car quand la tempête se calme et que les bateaux de pêche reprennent  la mer, tous – de Boulogne à la Bretagne – savent que le Cachalot est manquant. Et tous sont attentifs. Rien. Les sémaphores sont alertés, un avion de la Marine ratisse la zone, survolant les îles anglo-normandes, toute la côte sud anglaise et la côte nord du Cotentin. Rien. Les garde-côtes anglais lancent eux aussi des patrouilles. Toujours rien.

Tristesse et solidarité

Au bout d’une semaine, l’inquiétude et l’espoir laissent la place à la tristesse. Car il est maintenant certain qu’on ne reverra plus le Cachalot et ses sept marins. Personne ne saura jamais ce qui s’est passé. Dans son rapport, M. Thomine, armateur du bateau, indique que le bateau était très bien conditionné pour la mer avec un gréement neuf et un bon moteur, et son équipage expérimenté :

« Le Cachalot n’a pu sombrer que pour une cause indépendante des risques normaux de la navigation ».

Autrement dit, pas la tempête. Une mine ? Mais personne n’a rien vu, ni n’a entendu d’explosion. Seule trace du chalutier cherbourgeois, une bouée marquée Cachalot CH 3740 que les garde-côtes anglais retrouveront le 23 février suivant, échouée sur la plage de Chesil, à 90 km à l’est du dernier endroit où le navire avait été aperçu le matin du 4.

Quelques membres de l’équipage : le Patron Thomine (le 1er partant de la gauche) qui n’avait pas embarqué, le patron Vassal (3e) et le mécanicien Fenouillère (5e). Au premier plan, le petit mousse retenu à Cherbourg. ©Archives La Presse de la Manche.

Sept disparus, un miraculé

– Auguste Vassal, 43 ans, patron.

– Charles Fenouillère, 28 ans, mécanicien.

– Charles Coquet, 53 ans.

– Henri Coquin, 50 ans.

– Auguste Saillard, 46 ans.

– Pierre Robine, 34 ans.

– Charles Le Doaré.

Et un miraculé, le fils de Charles Vassal, mousse du Cachalot, qui n’a pas embarqué, retenu à Cherbourg par la grippe.

A Cherbourg, la tristesse trouve un adversaire à sa taille, avec un mouvement de solidarité qui se met en place rapidement : entreprises, commerces, écoles, particuliers, quêtes de mariages… participent généreusement à la souscription d’entraide mise en place pour venir en aide aux familles des 7 marins disparus (qui laissent 26 enfants orphelins).

Même les GI’s de la base américaine d’Urville-Nacqueville versent leur obole ! Au total, en à peine un mois, ce sont plus de 7,3 millions (anciens francs) qui sont récoltés à Cherbourg et dans le Cotentin.

En mémoire du frère

Construit à Arcachon pour remplacer le Jolie Rose Effeuillée qui a sauté sur une mine devant Ouistreham en juillet 1945, le Cachalot s’est d’abord appelé le Christiane-Gérard.

C’est son patron cherbourgeois, M. Thomine, qui a ensuite choisi le nom de Cachalot : le pseudonyme dans la résistance de son frère, fusillé par les Allemands à la prison de Caen le 6 juin 1944.



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