Avec Laura (prénom d’emprunt), ça a commencé par un message, après un soir d’entraînement sur la piste d’athlétisme de Marville, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). « Ce petit short rouge te va très bien ».
L’auteur de ces mots est un autre athlète du club. Entraîneur en apprentissage de surcroît. Il a 22 ans à l’époque. Un joli palmarès de sprinteur. Et un physique de beau gosse, qui ne laisse pas indifférent.
Photos intimes
Laura, 16 ans, tombe sous le charme. Les deux jeunes gens commencent à échanger via Snapchat. Le jeune majeur tente de pousser plus loin le curseur de leur relation. Il lui demande des photos « en sous-vêtements », puis « dénudée ». Laura refuse de se mettre en scène mais accepte une invitation chez lui, un après-midi.
Relations sexuelles
Au programme jeu de cartes avec un Uno en tête à tête. Le perdant a un gage « pour rigoler ». « Comme enlever un vêtement ? » demande la présidente du tribunal de Saint-Malo, ce jeudi 26 février. « Oui et non, elle a enlevé ses chaussures et ses chaussettes, ça n’a pas été plus loin », se défend le jeune coach. L’après-midi se poursuit par un film et se termine dans la chambre. Le couple partage sa première relation sexuelle. « Sans violences physiques, ni contraintes », précisera bien la jeune fille aux enquêteurs. Avec du recul, elle ajoute néanmoins avoir le sentiment « d’avoir été manipulée. Il a sans doute abusé de ma naïveté ».
L’adolescente et le jeune adulte connaîtront d’autres relations sexuelles. Parfois sans préservatifs. Laura finira par se confier à une éducatrice. Ce sera le point de départ de l’affaire.
L’arrestation
La machine judiciaire est en marche. L’enquête met à jour une autre relation avec une athlète mineure du club, âgée de 17 ans où il est aussi question d’une vidéo intime réalisée « sans l’accord de la jeune fille ».
L’entraîneur est arrêté et entendu. À l’issue de sa garde à vue, on lui annonce qu’il sera convoqué à l’audience du 27 février pour répondre des infractions d’atteintes sexuelles sur deux mineures de plus de 15 ans en abusant de l’autorité que lui confère sa fonction, en sa qualité d’entraîneur. Son contrôle judiciaire, strict, l’éloigne des pistes d’athlé. La Fédération française lui retire sa licence pendant six mois. Son club, le CJF, met un terme à son contrat. Multiple champion de Bretagne, il voit sa carrière stoppée nette l’été dernier.
Était-il « leur » encadrant ?
Devant le tribunal de Saint-Malo, six mois plus tard, les débats tournent autour d’une question cruciale : le prévenu a-t-il abusé de son statut d’encadrant ? La loi n’interdisant pas les relations sexuelles entre une personne majeure et une personne mineure de 15 ans ou plus, et les relations ayant été consenties d’après les deux jeunes filles, c’est pour cette unique raison qu’il peut être condamné.
Or, le prévenu maintient, et personne ne le dément, qu’il n’entraînait pas directement les deux jeunes filles. « Elles faisaient partie d’autres groupes dont je ne m’occupais pas », se défend-il. « Et l’une n’était même plus licenciée au club quand ils ont eu une relation », abonde son avocate Lauranne Garnier.
« C’est un séducteur mais il ne peut pas être condamné pour ça »
« C’est un séducteur et il ne s’en cache pas », intervient à son tour Anne Denis, l’avocate du Conseil départemental, qui représente l’une des jeunes filles. « Mais il ne peut pas être condamné pour ça. Ma cliente, la première, ne souhaite pas que sa vie soit gâchée. Dans cette histoire, son club, le CJF, a été radical. Il devrait plutôt commencer par faire le ménage dans ses rangs ».
« Imaginons un professeur de lycée avec une élève »
Pour le Parquet qui a décidé de ces poursuites judiciaires, il ne fait en revanche aucun doute que l’entraîneur avait bel et bien autorité. « Imaginons un professeur de lycée qui a un rapport sexuel avec une élève de 16 ans d’une autre classe. C’est la même chose », appuie Adrien Nantel qui a requis 12 mois de prison avec sursis et l’interdiction d’exercer pendant cinq ans une profession au contact des mineurs.
« Aura d’athlète » ou autorité de coach ?
« Une aura d’athlète et une autorité de coach, ce n’est pas la même chose », a rappelé une dernière fois l’avocate du prévenu.
Ce dernier, aujourd’hui âgé de 24 ans, vit des moments « compliqués ». Il a été menacé. Sa compagne aussi. Il craint aussi « de ne plus jamais courir et performer ».
La relaxe
Quand les juges du tribunal de Saint-Malo, après s’être retirés pour délibérer, ont annoncé sa relaxe au motif « qu’il n’avait pas abusé de son autorité », le prévenu a éclaté en sanglots, au milieu de ses proches venus le soutenir. « Voilà, c’est fini, tu vas maintenant pouvoir passer à autre chose… » Sans doute loin de Saint-Malo désormais.
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