Home Faits Divers l’arnaque massive aux cryptomonnaies finit en home-jacking ultraviolent à Paris

l’arnaque massive aux cryptomonnaies finit en home-jacking ultraviolent à Paris

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Une violente attaque à domicile, avec, pour toile de fond, une énorme escroquerie aux cryptomonnaies. Jeudi 30 janvier 2025 s’est tenu devant le tribunal correctionnel de Paris le procès de deux hommes, Béchir B. et Koiry S., jugés pour avoir commis un home-jacking dans un appartement du 19ᵉ arrondissement. La victime : un coach impliqué dans une affaire d’arnaque aux cryptomonnaies, dont l’un des deux prévenus aurait été victime. Ce dernier a été condamné à cinq années de prison dont trois avec sursis. Son complice à trois ans dont deux avec sursis.

Une vaste escroquerie aux cryptomonnaies

Pour comprendre cette affaire, il est nécessaire d’évoquer l’escroquerie OmegaPro. Il s’agit d’un site où des investissements en cryptomonnaies étaient proposés aux particuliers avec des rendements mirobolants à la clé. La réalité serait moins reluisante. Il s’agirait d’une pyramide de Ponzi, où les victimes en convainquent d’autres pour avoir de soi-disant profits. Le site ferme brutalement en 2022, et laisse de nombreux financeurs ruinés. Une information judiciaire a été ouverte récemment sur cette escroquerie de masse.

Un prévenu lésé

Si les investigations avancent, elles ne vont pas assez vite pour Béchir B.. Cette armoire à glace de 25 ans au casier judiciaire vierge a investi une grosse somme dans l’affaire et ses proches aussi. « Mon père a perdu 10 000 euros alors qu’il touche le smic. J’ai des amis qui galèrent à payer leur loyer », se lamente le prévenu à la barre.

Le courroux de l’investisseur lésé est dirigé sur un homme bien particulier : Chadli M.. Ce coach influenceur aurait trempé dans l’affaire OmegaPro. Son rôle n’est pas clair, mais plusieurs plaintes ont été déposées contre lui. Toujours est-il que Béchir B. lui réclame son argent à plusieurs reprises, et que Chadli M. fait l’autruche.

Le 2 novembre 2024, c’en est trop pour ce commercial désormais fiché à la Banque de France. Béchir B. décide de se rendre au domicile de l’influenceur pour régler le litige, mais pas seul. Un ami le met en relation avec Koiry S., 25 ans aussi. Le complice de haute taille serait spécialisé dans ce type de médiation. Il est accompagné d’une jeune femme, rencontrée dans un after à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis).

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L’insolite trio se rend alors au domicile du mauvais payeur situé non loin des Buttes Chaumont, dans le 19ᵉ arrondissement. Béchir B. a surveillé l’immeuble pendant toute une nuit afin de découvrir l’étage où habite la victime. La jeune femme frappe à la porte pour endormir les soupçons du coach en développement personnel. Ce dernier ouvre et l’affaire bascule dans l’ultraviolence.

Deux versions très différentes

Deux versions s’opposent : celle des prévenus et celle de la victime. Béchir B., engoncé dans son costume bleu nuit, explique au tribunal avoir eu des flashs et une colère inarrêtable face à son débiteur : « Je l’ai poussé et je lui ai mis des gifles. » De son côté, Chadli M. évoque avoir été poussé par Koiry S. et frappé à coup de barre de fer. « Ils étaient déterminés à tuer », souffle la victime à la barre, assisté de deux béquilles. Le but des assaillants : obtenir les codes de son téléphone pour récupérer ses cryptomonnaies.

Chadli M. relate des coups et des étranglements. Blessé à la jambe quelques semaines plus tôt, il est frappé à la clavicule par les agresseurs. Les tendons de ses deux genoux claquent. Il tente de fuir, mais est paralysé, car Béchir B. s’assoit sur lui. Quant à Koiry S., il aurait sorti un couteau. « Coupe-lui l’oreille », lui aurait alors lancé son complice. Chadli M. est poignardé au mollet. Il parvient à prendre la fuite après avoir rampé et s’être jeté dans les escaliers de l’immeuble. Pris en charge par les secours, il se voit octroyer une interruption totale de travail de quarante-cinq jours.

De leur côté, les deux prévenus ont une version dans laquelle la violence baisse d’un cran. « Il s’est mis à crier, et je l’ai plaqué au sol pour qu’il se calme », tente Béchir B., reconnaissant aussi quelques coups portés. « Mais vous vous rendez compte de ce que vous dites ? », s’insurge la présidente, frappée par tant de nonchalance. Les deux hommes réfutent avoir sorti un couteau. C’est la victime qui serait allée en chercher un dans sa cuisine pour les menacer : « J’ai voulu le désarmer, et ça a porté un coup », affirme Béchir B.. 

« Vous avez tout intérêt à amplifier »

Difficile donc de démêler le vrai du faux. Pour la défense, des éléments probants viennent contredire la version de la victime. « Vous dites avoir reçu trois coups de couteau, mais les unités médico-judiciaires n’en ont constaté qu’une », déclare Me Camille Lucotte, conseil de Koiry S.. « Au vu du contexte, je pense que vous avez tout intérêt à amplifier votre statut de victime », poursuit l’avocate.

Car le contexte est omniprésent. Même si ce n’est pas son procès, l’affaire OmegaPro revient sur toutes les lèvres. Lorsque Me Antoine Ory, avocat de Béchir B., évoque le rôle trouble de la victime, elle s’irrite : « Je suis tout autant victime que lui. Par mon rôle de coach, je suis juste plus en avant que les autres ! ». « C’est quand même surprenant qu’il y ait plusieurs plaintes contre vous », glisse l’avocat.

L’escroquerie aux cryptomonnaies alimente encore la colère du prévenu victime. Ce dernier n’exprime pas de réels regrets dans son acte. « Ça a servi à rien », lâche-t-il avec colère. « Ça a servi à rien ? Mais vous avez vu l’état de monsieur ? Vous n’avez rien à lui dire ? », le reprend la présidente outrée. « Je n’ai rien à lui dire », répond laconiquement Béchir B.. 

«Sa vie ne sera plus jamais la même »

Le prévenu comparaissait aussi pour avoir menacé de mort l’ex-compagne de Chadli M. et une de ses collègues. « Ça fait deux mois que les trois victimes vivent avec l’angoisse permanente qu’à chaque instant, un danger peut ressurgir. Pour mon client, sa vie ne sera plus jamais la même », fustige Me Clémence Guilhord, avocate des parties civiles.

« Dans ce procès, j’aimerais qu’on ne bafoue pas la présomption des uns pour atténuer la responsabilité des autres », s’irrite la procureure au commencement de son réquisitoire. Balayant toutes les insinuations sur OmegaPro, la magistrate dénonce des faits « préparés » et « extrêmement graves ». Elle requiert une peine de sept ans de prison dont deux années avec sursis contre Béchir B.. Pour Koiry S., cinq ans de prison dont une année avec sursis.

Finalement, le tribunal condamne les deux prévenus à des peines plus légères. Béchir B. écope d’une peine de cinq années de prison dont trois ans avec sursis ainsi qu’une interdiction d’entrer en contact avec les victimes. Son comparse est condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis.



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