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la victime « rongée de l’intérieur » par la honte

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Face à l’ordinateur, Damien* n’est pas tranquille. Depuis la maison d’arrêt où il est incarcéré, le jeune homme ne répond qu’avec des courtes phrases au président de la cour criminelle de Paris. « Je suis pas à l’aise », ne peut s’empêcher de répéter le détenu. En 2022, il avait dénoncé de multiples viols que lui aurait fait subir un agent pénitentiaire de la prison de la Santé. Ce mercredi 19 mars 2025, au procès du surveillant, la victime est revenue sur ces actes traumatisants, où l’enfermement carcéral accroît la honte et la peur.

Officier sympathique et détenu difficile

Au début de l’été 2022, le jeune homme est incarcéré pour des faits de violences conjugales. En difficulté financière, il souffre aussi d’addictions. Les altercations sont fréquentes avec les surveillants. « Votre détention n’était pas un long fleuve tranquille », ne peut s’empêcher de souligner le président de la cour criminelle.

Arrive Philippe N., tout juste transféré comme officier dans le bâtiment de Damien. La première rencontre entre les deux hommes est cordiale. « Il avait une bonne réputation. Il était sympa avec le personnel et les détenus. Il me tutoyait et me parlait comme à un pote », relate la victime durant la visioconférence.

« Je m’attendais pas à ça d’un officier »

Pourtant, tout va très vite basculer. Quelques jours plus tard, Philippe N. aurait commencé à tenir des propos à connotation sexuelle lors d’un tête-à-tête dans son bureau. Il fait des compliments à la victime, puis lui demande de montrer son sexe. « À ce moment-là, il est debout face à moi. Je suis choqué et en colère. Je m’attendais pas à ça d’un officier », poursuit le jeune homme. Face au refus, l’accusé serait devenu plus sévère. Le détenu s’exécute. Pendant plusieurs dizaines de secondes, Philippe N. aurait lui alors pratiqué une fellation.

Cette entrevue traumatisante n’est que la première d’une longue série. Pendant plusieurs semaines, le prisonnier se rend quotidiennement dans le bureau. « Il me convoquait. Il envoyait un surveillant qui venait me chercher. Dans son bureau, il faisait ce qu’il avait à faire », égrène le jeune homme pudiquement.

« Il avait quoi à faire ? », demande le président.

« Il y a des prisonniers qui passent à côté. Je suis pas à l’aise »… lâche la victime, alors que des cris se font entendre de son côté de l’écran.

Une peur des autres détenus

Dans ses déclarations, le jeune homme relate sa honte d’avoir continué à se rendre dans le bureau de l’accusé : « C’était un surveillant. Je voulais pas que ça se sache et il me donnait du tabac. C’était tout un contexte ». Damien parle aussi d’emprise. Selon son avocat, Me Jean-Christophe Tymoczko, elle pourrait être matérielle : « Vous étiez en grande difficulté financière. Un gradé vous tendait la main. Il y a aussi une forme d’avantage ? ». Le détenu victime acquiesce.

Entre les murs épais de la prison parisienne, l’omerta aussi est de mise. Pendant des semaines, Damien ne dit rien. Face à l’étonnement de la cour sur ce mutisme, il développe : « Vous savez, c’est compliqué quand on est incarcéré des histoires comme ça. On vous traite de PD. On vous frappe quand vous êtes en promenade. Vous sortez plus. On vous humilie. J’ai vu tellement de choses en prison ».

Trois ans après, la peur est encore présente. La visioconférence de ce mercredi est une source de stress pour le détenu qui n’a pas dormi de la nuit et bâille à plusieurs reprises durant l’audition. « Je vais revenir en cellule, je ne sais même pas ce que je vais dire à mon codétenu ! », s’interroge le jeune homme. Le personnel pénitentiaire ne serait pas plus tendre. « J’ai été réincarcéré à la Santé il y a quelque temps. Un surveillant m’a reconnu et m’a lancé : « c’est toi qui faisais des pipes au gradé ! ». 

Des conséquences psychologiques

À cette crainte omniprésente, la victime développe des troubles psychologiques. Durant la période des faits, il pleure dans sa cellule et souffre d’énurésie. Ce n’est qu’après le transfert de l’accusé dans une autre prison que Damien parlera des viols au psychiatre. Encore maintenant, il raconte être marqué : « Ça me fait me renfermer sur moi-même. Je suis tout bizarre. J’ai peur de parler aux gens. J’ai peur de l’autre. J’ai plein de pathologies ». « Je suis un peu détruit psychologiquement », lâche-t-il plus tard d’une voix tremblante.

Un complot réfuté par la victime

De l’autre côté du prétoire, Philippe N. a nié en bloc avoir commis le moindre abus sexuel. Pour lui, c’est un complot ourdi par le détenu afin de se venger d’une saisie de stupéfiants et d’un changement de cellule. Face à ces arguments, Damien ne peut s’empêcher de réagir. « On m’a encore récemment saisi un téléphone dans ma cellule, et je n’ai rien dénoncé pour autant. Elles sont graves ces accusations. Je ne suis pas là pour détruire la vie d’un homme ! ». Le détenu rajoute avoir beaucoup subi après les dénonciations. « J’ai été placé à l’isolement et peu après, on m’a changé de prison, loin de ma famille ».

Lorsque le président lui demande ce qu’il attend de ce procès, la réponse est lapidaire. « J’attends rien du tout. Tout ça me met très mal à l’aise ». Le verdict est attendu pour le 21 mars 2025.



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