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 » La ruralité sacrifiée, nos projets sont à l’arrêt « 



 » Sans fonds publics, des projets essentiels sont menacés ! » affirme Guilhem Cledel, maire de Montvalent, commune de 320 habitants, entre causse et Dordogne. Il fait partie des élus qui se retrouvent dans la panade : l’argent de l’État pour financer les projets engagés, reste bloqué, suite au vote des députés.


En effet, en ne votant pas le projet de loi de finances (PLF) 2025, qui a valu la chute du Gouvernement de Michel Barnier, les députés ont occasionné mécaniquement un blocage de fonds, dont ceux votés en 2024 alimentant la dotation d’équilibre des territoires ruraux (DETR) (1), dotation qui permet aux communes de financer leurs projets. Certes, la loi spéciale (2) a pris le relais pour assurer la continuité de la vie nationale. Mais tant que le budget de la nation n’a pas été voté, nombre d’élus locaux se retrouvent en difficulté, parce qu’ils ne peuvent pas percevoir les aides pour les programmes de travaux qu’ils ont engagés, dès lors qu’ils ont été validés par les services de l’Etat.

Guilhem Cledel, maire de Montvalent, répond aux questions d’ActuLot.fr et de La Vie Quercynoise.

Dans quelle situation vous retrouvez-vous, à Montvalent ?

Guilhem Cledel : Nous n’avons pas les financements pour les travaux d’adduction d’eau potable, que nous avons engagés, quand bien même nous avions l’aval des services de l’État dans le Lot. Évidemment nous comptons sur l’argent attribué au titre de la DETR. À l’heure actuelle nous n’avons aucune indication quant au déblocage des fonds attendus. Je sais très bien que les services de l’État dans le Lot, n’y sont pour rien et qu’ils subissent autant que nous cette situation.

Comment avez-vous procédé pour surmonter ce blocage ?

Pour ne pas retarder les travaux et ne pas pénaliser les entreprises, dans le cadre du syndicat des eaux Alvignac-Montvalent, nous avons effectué un prêt-relais de 100 000 € pour pallier cette absence de fonds.

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De quel type de travaux s’agit-il ?

Nous sommes en train de refaire les canalisations d’eau potable sur la commune de Montvalent. Il s’agit d’un chantier porté par le syndicat des eaux Alvignac-Montvalent. On ne peut pas retarder les travaux, car il s’agit d’un calendrier à respecter vis-à-vis des entreprises qui doivent intervenir, d’où le recours à cet emprunt relais. Ce qui veut dire que de l’argent public est dépensé pour remédier à l’absence d’un argent public qui était normalement acquis. Tout cela, parce que les députés n’ont pas voté le budget. On dit de nous que nous sommes de petits élus bâtisseurs. Encore faut-il que suivent les fonds publics nécessaires à la vie de la ruralité et au développement économique du territoire.

Autrement dit, vous déplorez que certains élus politiques d’en haut ne tiennent pas compte des réalités d’en bas ?

En effet, si l’on veut bien admettre que les élus de proximité jouent ce rôle de bâtisseurs et d’acteurs du développement territorial, alors il convient de mesurer les conséquences des décisions prises et des votes qui ont des incidences directes sur la vie locale. Dès lors que nous ne disposons pas du budget alloué, nous sommes empêchés de jouer ce rôle. Et c’est un véritable fléau pour le territoire et notamment pour la ruralité. Je rappelle que notre chantier touche un point concret de la vie quotidienne de nos concitoyens, puisqu’il s’agit d’adduction de l’eau potable.

Vous dénoncez une certaine pratique de la politique ?

Exactement. Je ne veux pas faire de politique politicienne. Or, ici, on pratique le bon sens, le travail. Et le pragmatisme. Et ça serait bien que ce soit le cas aussi pour nos grands élus, plutôt que de nous mettre en difficulté. Je ne suis pas le seul maire, pas le seul élu confronté à ces difficultés, même si aucun grand média ne parle de nos problématiques, de la France d’en bas. Voilà comment un non-vote de budget entraîne des conséquences pour des entreprises, pour des habitants, pour un service public ; c’est du concret. Sur ce territoire qui est en permanence en train de se réinventer, de se renouveler, de travailler, on ne peut pas être élu-bâtisseur si les aides n’arrivent pas. Et encore une fois, opter pour un prêt-relais, cela représente un coût, ce n’est pas gratuit. J’appelle au dépassement des clivages politiques, pour que nous puissions faire avancer un petit peu notre territoire et celui de la nation tout entière.

(1) La DETR est une subvention d’investissement attribuée par le préfet aux communes, pour financer des projets relevant des domaines économiques, sociaux, environnementaux, touristique ou le maintien / développement des services publics en milieu rural et notamment en matière d’assainissement, eau potable, défense incendie, équipements…(2) La loi spéciale ne remplace pas le budget ; elle a pour objectif d’organiser une situation provisoire jusqu’à l’adoption de la loi de finances en 2025.



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