Les premiers coups de pelles devaient avoir lieu à l’automne 2024, mais la justice en a décidé autrement.
Le tribunal administratif de Nantes a suspendu, en novembre dernier, le projet de piétonnisation de la place du Môle à Pornic (Loire-Atlantique), soulevant des doutes sur la légalité de la concertation menée durant l’été 2023.
Pour se mettre en règle avec le code de l’urbanisme, la Ville de Pornic vient donc de lancer une nouvelle période de concertation, durant laquelle habitants et associations peuvent partager, jusqu’au 28 février, leurs observations et propositions sur le projet.
« Une volonté délibérée de biaiser l’information »
« Pour que les Pornicais puissent répondre objectivement, il est fondamental de donner des informations justes, cinglent, dans un communiqué, Pornic Vent d’avenir, groupe d’opposition municipale et Philippe Deveille, élu non apparenté. Pour justifier le projet initial, la majorité municipale a répété depuis plusieurs mois des informations erronées. »
Un premier chiffre, avancé par la mairie, leur pose problème : le nombre de places de parking autour du Vieux port, censées compenser la suppression des 92 emplacements de stationnement de la place du Môle.
Cet argument a été utilisé à plusieurs reprises par la majorité pour répondre à la crispation sur le sujet, notamment dans nos colonnes, comme en septembre dernier.
« Il y a 2 200 places à 5 minutes du vieux port, à pied », affirmait, à l’époque, Claire Hugues, la maire de Pornic.
Ce calcul, Antoine Hubert, chef de file de l’opposition, le conteste : « Il n’y a que 277 places. »
Pour parvenir à ce chiffre, l’élu a analysé le temps de marche nécessaire jusqu’aux différentes places de stationnement.
Un exemple est particulièrement frappant. Selon la Ville, le parking Narcejac – et ses 391 emplacements – est censé se trouver dans ce périmètre de 5 minutes de marche. Mais en saisissant les adresses sur Google Maps, une tout autre durée s’affiche : il faut 14 minutes pour rallier les deux points.
Soit près de trois fois plus.
Je m’interroge fortement : ne serait-ce pas une volonté délibérée de biaiser l’information pour rendre le projet plus acceptable.
« Une bataille de chiffres »
En réponse, Claire Hugues dénonce « une bataille de chiffres, qui ne sert pas l’intérêt général. Est-ce que c’est 14 minutes, 13 minutes, 12 minutes, 5 minutes ? Honnêtement, ce qui est certain, c’est que depuis dix ans, on a créé des places parking. »
Depuis 2014, 726 stationnements ont vu le jour à Narcejac, le long du canal et à la gare.
Mais la majorité a oublié de dire que ces places ont été créées dans le cadre du projet d’aménagement de la Ria. Un projet colossal de par le nombre de logements, de bureaux, d’infrastructures. Ces places ne répondent même pas aux besoins de cette zone, donc on est très loin du compte.
La maire s’oppose à cette assertion : « Même au 15 août, le parking Narcejac n’est jamais plein. »
Autre élément qui échauffe Pornic Vent d’Avenir et Philippe Deveille : l’évaluation des risques de submersion.
« Les premiers résultats des études sur le sujet, on les attend à l’horizon 2027-2028 », avance Antoine Hubert. L’élu fait référence au Papi, le programme d’actions de prévention des inondations mené par Pornic Agglo Pays de Retz.
Un projet à 1,8 million d’euros
Mais un autre plan existe déjà, répond Claire Hugues : « On a sur le port de Pornic le PPRL, le Plan de prévention des risques littoraux, qui s’applique au Plan local d’urbanisme. Obligatoirement, les aménagements mis en place doivent en tenir compte. » Le PPRL comporte toutefois des limites : il n’est pas mis à jour en temps réel et celui de Pornic commence à être ancien. Il date de 2016.
« Tout ce que je vois, c’est que les submersions sont de pire en pire, s’inquiète Philippe Deveille, élu municipal non apparenté. Alors si on investit 1,8 million d’euros pour tout casser dans quatre ans… »
La municipalité est bien consciente des enjeux de submersion, puisqu’elle a prévu dans son projet un revêtement de pavés en boutis, censé résister à la montée des eaux.
« C’est une pseudo-concertation »
Dans un communiqué commun, Antoine Hubert et Philippe Deveille s’inquiètent également des retombés pour les commerçants, pointant des pertes de chiffre d’affaires.
S’ils ne sont pas opposés au projet d’aménagement dans son ensemble, ils militent pour un autre équilibre : un mélange entre stationnement et piétonnisation.
Une voie vers le compromis est possible.
Reste à savoir si la concertation de ce mois de février pourra faire évoluer le projet. « C’est une pseudo-concertation de remise à niveau vis-à-vis de la réglementation, car on demande aux gens de s’exprimer sur un projet déjà existant, dénonce Philippe Deveille. Il aurait fallu repartir d’une feuille blanche. »
De son côté, Claire Hugues promet que « la concertation doit rester ouverte, pour écouter les avis des uns et des autres, pour ensuite tirer les conclusions par rapport au projet ».
Avec une seule limite : le cadre du permis d’aménager.
Il est très encadré par l’architecte des bâtiments de France, le PPRL et les contraintes du site. Donc il y a une possibilité d’évolution, mais dans un cadre contraint.
La concertation, à laquelle il est possible de participer en ligne, prendra fin le 28 février.
Quentin Duval
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