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la guerre menace, alerte, voici le premier exercice !



Devant la menace de guerre qui pointe à l’horizon, Cherbourg effectue son premier exercice de défense passive. Mais on n’y croit guère…

Le 14 mars 1939, l’invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes allemandes, sonne comme un coup de tonnerre en Europe. S’il en était encore besoin, l’évènement démontre qu’Hitler ne recule devant rien pour arriver à ses fins, et que les démocraties européennes le regardent faire les bras ballants, tétanisées.

A Cherbourg, on sait depuis plusieurs années qu’en cas de guerre, la ville serait en première ligne en cas d’attaque aérienne (voir notre encadré). Une semaine après l’invasion de la Tchécoslovaquie, un exercice d’alerte et défense passive grandeur nature est donc organisé. But de la manœuvre : voir si les administrations, industries et habitants de la ville sont prêts à déjouer une attaque aérienne nocturne.

7 batteries de DCA

C’est le nombre de batteries de DCA qui protègent Cherbourg en 1939 : six batteries de 75 et une de 90, complétées par des sections de mitrailleuses. Largement insuffisant selon plusieurs spécialistes de l’époque.

Le 22 mars, à 20 h 30 pétantes, l’éclairage public est réduit à néant, tandis que la police circule dans les rues pour vérifier l’application des consignes : aucune lumière d’habitation, de commerce ou d’usine ne doit être visible de l’extérieur, tandis que voitures et cyclistes doivent éteindre leurs feux et se ranger le long des trottoirs. A 21 heures enfin, les sirènes d’alerte retentissent, et une escadrille vient survoler Cherbourg pendant quelques instants.

Un entre-deux-guerres de réflexion… et d’inaction

Cela fait à peine 10 ans que la Première Guerre mondiale est terminée, que déjà, on voit poindre les prémices d’un nouveau conflit. Mais à Cherbourg, tout reste à faire en matière de protection contre les bombardements aériens.

EVACUEZ !

Ainsi, à la fin de l’année 1929, un rapport municipal constate : « le recensement des abris a montré qu’il n’existait aucune cave susceptible d’aménagement pour le grand public. Les caves peu nombreuses présentant quelques garanties, suffiraient à peine aux occupants directs de l’immeuble ». Quelques jours plus tard, la très officielle Commission urbaine de protection de la ville de Cherbourg contre les bombardements, se réunit : au programme, l’examen des différents signaux d’alerte dont dispose la ville en cas d’attaque aérienne (sirènes, flamme verte au sommet du Roule, clairons parcourant la ville), la diminution de l’éclairage public, et la protection des habitants et des sites industriels de la ville.

 

En 1932, le conservateur des musées et le responsable de la bibliothèque municipale sont invités à dresser des listes des objets précieux à mettre à l’abri, « indiquer le mode d’emballage à employer et le volume représenté ».

En 1935, c’est le Préfet de la Manche qui demande au maire d’établir un plan de dispersion de la population de l’agglomération.

En mars 1938, un document de 44 pages édité par la ville de Cherbourg et intitulé Plan urbain de défense passive, conclut que face aux bombardements aériens, le meilleur moyen de protection est d’évacuer la ville le plus rapidement possible. A l’hôpital Pasteur, un service spécial pour le traitement des victimes des bombardements aériens, est « prévu »… sans pour autant qu’il soit organisé.

 

BON POUR LE MORAL

Enfin, en septembre 1938, au moment de la crise des accords de Munich, le Préfet demande au maire de Cherbourg de prendre un arrêté pour préparer les moyens de lutte contre les incendies : par corps de bâtiment, il faudra notamment stocker « un quart de mètre cube de sable, une pelle et un seau, et faire l’acquisition d’un extincteur ou d’un seau-pompe ». Au même moment, le Préfet Maritime envoie aussi au maire le plan des tranchées-abris en ville, et insiste pour que la population soit informée de ce plan, ainsi que des noms des chefs de ces tranchées-abris : « ce serait une excellente chose pour son moral » termine le Préfet Maritime.

Autrement dit, en 10 ans, on a pris complètement conscience du nouveau statut de Cherbourg en cas de guerre avec l’Allemagne : une cible pour l’aviation ennemie. On s’est réunis, on a constaté, on a réfléchi, on a élaboré, planifié, conseillé. Mais sur le terrain, on n’a rien fait. Le plan des tranchées est dessiné… mais les tranchées ne sont pas creusées. Et que dire des lenteurs administratives, des mesures irréalistes (un quart de mètre cube de sable pour lutter contre le feu !) et des priorités dispensables (le mode d’emballage) ?

Des oublis et des inconscients

Mais le lendemain, au debriefing de l’opération, force est de constater que vue du ciel, Cherbourg était facilement repérable et constituait donc une cible aisée. D’abord parce que l’exercice ne concernant que Cherbourg, un halo de lumière provenant de Tourlaville, Equeurdreville, Octeville et La Glacerie, entourait la ville-centre et la désignait aux avions…

Ensuite, parce que malgré les consignes, certains points lumineux n’ont pas été obturés convenablement, voire pas du tout : plusieurs signaux de la rade, les feux réglant la circulation, l’hôtel des Postes et de nombreux immeubles et maisons particulières. Cherbourg-Eclair tempête contre « les inconscients qui ont cru spirituel de plonger dans l’obscurité les pièces de leur logis donnant en façade sur la rue et ont laissé en pleine lumière les locaux donnant sur les cours ou les jardins de leurs immeubles ». Enfin, au commissariat de police où on a amené au même moment les habituels ivrognes faisant du tapage sur la voie publique, il a bien fallu allumer la lumière pour procéder à leur fouille et à la rédaction des procès-verbaux…

Une conférence qui tombe à pic

Petit carambolage de l’Histoire. Le 21 mars à la Chambre de Commerce de Cherbourg, une conférence est organisée sur le thème des « applications de la lumière visible et invisible » : fluorescence, phosphorescence, lumière noire et bien entendu, les éclairages de défense passive…

En bref, peut mieux faire. Doit mieux faire. Car comme le note très sérieusement Lucien Bossoutrot, président de la Commission parlementaire qui visite deux jours plus tard l’usine Amiot de Cherbourg, spécialisée dans la fabrication de voilures de bombardiers, « il va falloir sortir des avions. Il en faut beaucoup, car malheureusement, il est à craindre qu’il nous faille nous en servir ». Et à Cherbourg, il va décidément falloir apprendre à se protéger des avions…



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