Que s’est-il passé samedi 1ᵉʳ mars 2025, dans les cellules du quartier d’isolement du Centre pénitentiaire de Rennes – Vezin-le-Coquet ? C’est la question que se pose Jennifer Selbonne, la cousine de Kévin Boudou. Le détenu de 35 ans a été retrouvé pendu dans sa cellule. Après avoir remarqué « des traces de coups » sur son corps, sa famille ne croit pas à la thèse du suicide.
« Suspect »
À la rédaction d’actu Rennes, Jennifer rembobine. « Kévin a été trouvé pendu avec un drap dans sa cellule », explique-t-elle. Selon la jeune femme, le trentenaire était incarcéré au Centre pénitentiaire pour hommes de Rennes – Vezin-le-Coquet pour des faits de cambriolage. « La peine qu’il purgeait était de deux ans environ », détaille-t-elle.
Kévin a été placé en famille d’accueil très tôt. Il a commis de nombreuses fautes, de nombreux délits. Malheureusement, il était habitué à la détention.
Quand Jennifer apprend la mort de son cousin, elle est interloquée. « On a tout de suite trouvé ça suspect, indique-t-elle. Surtout que Kévin se plaignait, auprès de sa petite copine, de subir des violences au sein de la prison. »
« De la maltraitance en cellule »
En effet, une semaine avant sa mort, Kevin s’est confié à sa conjointe par téléphone.
Kévin expliquait alors qu’il rencontrait des soucis avec un surveillant et qu’il subissait de la maltraitance en cellule. Au mitard (en cellule disciplinaire, N.D.L.R), il n’avait qu’une gamelle par jour ou encore qu’un caleçon propre par semaine.
« il subissait des humiliations », résume Jennifer.
Puis, vendredi 28 février, Kévin appelle une nouvelle fois via la cabine téléphonique de la maison d’arrêt son amie, se plaignant encore d’un surveillant, avec qui « c’était compliqué« . « Mais à ce moment-là, poursuit Jennifer, il se rassurait en disant qu’il allait sortir du mitard lundi (3 mars, N.D.L.R) et qu’il allait pouvoir enfin voir sa copine au parloir. »
Dans le coma
Le jour de sa mort, samedi 1ᵉʳ mars au matin, « Kevin est parti à sa promenade », expose Jennifer.
Les détenus qui l’ont croisé ont tous dit qu’il semblait normal, qu’il allait bien. 50 minutes après être rentré de sa promenade, il a été retrouvé pendu dans sa cellule d’isolement.
« Il était encore vivant quand il a été secouru, il était dans le coma », détaille la jeune femme. Kévin a été transporté au CHU de Rennes. Sa mort cérébrale a été déclarée mardi 4 mars.
Des traces dans le cou, un cocard à l’œil gauche
Dans sa cellule d’isolement, « un carnet dans lequel il écrivait » a été retrouvé. Sur une page figure cette inscription : « voir le directeur ».
Pour Jennifer Selbonne, c’est l’incompréhension. « Lorsqu’il a été retrouvé en cellule, ses pieds touchaient le sol. Je ne comprends pas comment cela est possible. »
Par ailleurs, la famille de Kévin a pris des photos de lui alors qu’il était dans le coma. Des « traces de coups » se sont révélées sur son corps.
On s’est rendu compte qu’il avait des traces sur son cou – on aperçoit deux ronds, apparus au niveau de la jugulaire, qui ressemblent à deux pouces, comme si on l’avait étranglé. Il avait aussi un cocard à l’œil gauche et des blessures sur le torse.
825 détenus fin 2024
Selon les derniers chiffres, 825 détenus se trouvaient à la prison de Rennes-Vezin, à la mi-décembre 2024. Le Centre pénitentiaire pour hommes comporte deux maisons d’arrêt, un centre de détention, un quartier de courtes peines, un quartier arrivants et un service médico-psychologique régional.
Un suicide « impossible »
L’hypothèse du suicide n’est pas pertinente pour Jennifer : « Pour moi, il a été frappé dans le mitard puis il a été pendu par la suite. C’est impossible qu’il se soit suicidé. »
On a grandi ensemble, je le connais pas coeur. Jamais de la vie il n’aurait fait ça. C’était quelqu’un de jovial. Il souriait facilement. La prison, c’était malheureusement son repère : sans prison, il était presque perdu.
« Il n’était pas déprimé du tout, en tout cas pas par la prison. Il a déjà été incarcéré plus longtemps que cela. Il devait d’ailleurs sortir d’ici cet été ou en fin d’année », abonde Jennifer.
Une enquête ouverte
Jennifer est très inquiète concernant la suite des événements. Le corps de Kévin repose encore à la morgue du CHU de Rennes. « Mais pour combien de temps ? », s’interroge-t-elle. « Je veux qu’une autopsie soit réalisée sur le corps de mon cousin. S’il est envoyé au funérarium, on ne pourra plus rien faire. »
Selon l’avocate de la famille, le parquet de Rennes s’est saisie de l’enquête et les investigations sont en cours pour rechercher les causes de la mort. « Parallèlement, la famille a été reçue par l’administration pénitentiaire », ajoute l’avocate.
De son côté, Jennifer Selbonne a déposé plainte. « Nous sommes dans le flou total », glisse-t-elle, très inquiète.
Contactés, le parquet de Rennes et le Centre pénitentiaire de Vezin-le-Coquet n’ont pas donné suite à nos sollicitations.
Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 3114. Le 3114 est accessible 24h/24 et 7j/7, gratuitement, en France entière.
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