L’heure était aux réquisitions, jeudi 27 février 2025, dans la cour d’assises du Val-de-Marne. Depuis le 18 février 2025 se tient le procès en appel pour meurtre du rappeur MHD, Mohamed Sylla de son vrai nom. Jusqu’à quinze ans de réclusion ont été requis contre lui.
Condamné à 18 ans en première instance
Devant la cour d’assises du Val-de-Marne et ses bancs garnis d’une petite cohorte de l’entourage du rappeur et de ses fans, l’avocat général a requis « entre douze et quinze » années d’emprisonnement contre l’artiste.
Le rappeur français, de son vrai nom Mohamed Sylla, 30 ans, pionnier de l’« afro-trap » (un mouvement musical mêlant hip-hop et musiques africaines), est rejugé pour le meurtre de Loïc K. à l’été 2018, lors d’une expédition punitive dans un contexte de rivalités entre jeunes de deux cités parisiennes.
L’artiste comparaît libre à ce procès entamé le 18 février, comme deux de ses trois coaccusés qui ont fait appel et nient également leur présence sur le lieu du meurtre.
« On est dans le mimétisme de la violence »
Mais l’avocat général a considéré que l’« implication » de MHD dans ce crime « peut être aussi plus grande compte tenu d’un effet d’entraînement ». « Aucun des quatre (accusés) ici ne peut seul tuer Loïc, aucun ne l’aurait jamais fait », mais cela s’est produit « parce qu’on est dans l’enchaînement, dans le mimétisme de la violence », a-t-il développé, évoquant la « loi de la cité ».
En septembre 2023, le rappeur avait été condamné par la cour d’assises de Paris à douze ans de prison. Le ministère public avait alors requis dix-huit ans de réclusion.
« Dernier coup »
Pour rappel, dans la nuit du 5 au 6 juillet 2018, ce jeune homme de 23 ans, provenant de la cité de la Grange aux Belles dans le nord-est de Paris, a été percuté non loin de là par une Mercedes, passé à tabac et lacéré de coups de couteaux par un groupe d’une dizaine d’individus d’une cité rivale, les Chaufourniers, aussi appelée la « cité rouge ».
La victime est décédée quelques dizaines de minutes après le départ de ses agresseurs.
Concernant MHD, résident des Chaufourniers, « on a des images », a estimé l’avocat général pour qui le rappeur est l’un des individus identifiés par les enquêteurs sur la vidéo-surveillance. Il est « celui qui a porté le dernier coup » à la victime au sol, a aussi considéré le représentant de l’accusation.
Plusieurs témoins ont déclaré avoir vu le rappeur sur place, le reconnaissant à son survêtement Puma, marque « dont il était ambassadeur » à l’époque, et à ses cheveux et barbe blondis, a-t-il encore rappelé. La Mercedes, retrouvée incendiée deux jours plus tard, lui appartient.
« Je fais du rap, j’ai une image »
Sur son banc, MHD a troqué sa teinture blonde pour des cheveux et une barbe noirs, assortis à son col roulé sobre. Mercredi, l’artiste a répondu calmement mais de manière confuse aux questions de la cour, revenant sur ses déclarations lors de l’enquête et de la première audience à plusieurs reprises.
« Je fais du rap, j’ai une image. Rap et poucave (dénoncer des gens, NDLR) c’est deux choses qui ne collent pas », a-t-il fini par lâcher.
Démentant toujours avoir été sur place au moment des faits et perdant son sang-froid à la mention d’un témoin qui l’a identifié mais n’est pas venu au procès, qu’il qualifie de « fou », le rappeur a cependant reconnu se sentir « responsable » en raison de la présence de son véhicule.
« Je tiens à dire que je suis désolé si je ne suis pas en mesure de jeter plus de lumière sur les personnes qui étaient présentes, je me sens aussi, entre guillemets, coupable de tous ces éléments », a-t-il conclu à la barre.
Le verdict est attendu ce vendredi 28 février 2025.
Avec AFP.
Source link