L’enquête marathon qui a commencé en septembre 2023 a débouché courant décembre 2024 sur l’interpellation de cinq personnes soupçonnées de trafic de stupéfiants.
Une femme de 48 ans habitant à Touques (Calvados) avait été jugée en comparution immédiate le 12 décembre 2024 et condamnée à 6 mois de prison avec sursis probatoire pendant 2 ans. Bien que les enquêteurs aient retrouvé 8 257 g de cannabis à son domicile, son implication dans ce trafic n’a pas été établie.
Pas le « Pablo Escobar » de Touques
Joséphine* (38 ans), mère de quatre enfants, son frère Baptiste* (34 ans), habitant à Touques, Abdel* (32 ans), logé chez son frère à Hérouville-Saint-Clair, et Ahmed* (42 ans) vivant en région parisienne ont été jugés lundi 10 février 2025 au tribunal de Lisieux. Il est apparu au cours de l’enquête que le frère et la sœur n’étaient que des petites mains d’un trafic local dirigé par Ahmed et secondé par Abdel. « Vous ne vous sentez pas menacés ? », leur a demandé en préambule la présidente. « Non », l’ont-ils rassurée.
Le quadragénaire ayant été qualifié de « gros bonnet d’un trafic local » par la présidente Anne-Sophie Giret, l’avocat du prévenu a déploré qu’on veuille le faire passer pour le « Pablo Escobar » de Deauville et de Touques.
L’enquête menée par les militaires de la brigade de recherches de Deauville a commencé par l’interpellation de consommateurs de cannabis ayant désigné la mère de famille comme étant leur fournisseuse.
Petite auto peu repérable
La géolocalisation de son téléphone ainsi que l’exploitation des caméras de surveillance qui jalonnent l’autoroute A13 ont permis de mettre au jour de nombreux allers-retours à bord de sa Citroën C3 en région parisienne. Des voyages qu’elle faisait en compagnie d’Ahmed.
Après un arrêt chez une personne « défavorablement connue » des services de police, la voiture revenait à Touques. « Une petite auto peu repérable avec un couple à bord », fera observer la juge.
20 600 € en espèces
En poursuivant leurs investigations, les enquêteurs ont établi un lien entre cet homme et Abdel. Notamment par des échanges téléphoniques dont la retranscription donnera lieu à un débat.
Les perquisitions menées chez les sœurs et le frère courant décembre seront fructueuses. Outre les 8 257 g de cannabis découverts chez l’aînée, les enquêteurs mettent la main sur un sac contenant 1 522 g de résine de cannabis, 342 g de cocaïne, 20 600 € en espèces, deux téléphones et une balance de précision chez Joséphine, et 65 g de résine et 3,4 g de cocaïne chez son frère.
Jeux de mots
Aucune découverte significative n’ayant été faite à leur domicile, Ahmed et Abdel nient farouchement toute implication dans un quelconque trafic. Confrontés à la retranscription de quelques-uns de leurs échanges téléphoniques où il est question de « joints » et de « cash », ils disent qu’il s’agit de « joints d’étanchéité » et qu’il est question de Carter-Cash. Des termes de mécanique concernant des travaux réalisés par Abdel sur la voiture de son copain. « Un homonyme et un homophone », résumera l’avocat de l’un d’eux.
« Vous nous prenez pour des imbéciles… C’est un peu agaçant ! », lance la procureure à l’attention des deux prévenus. Appelé à s’expliquer sur les menaces de « défoncer la tête » et de molester une personne dont le surnom fait penser à Baptiste, et « d’enc… sa mère » s’il « le balance », le Parisien suppose qu’on lui aura emprunté son téléphone.
Les espèces et la voiture confisquées
Titulaire d’un casier judiciaire fourni de 15 mentions lui ayant valu 7 années de prison, Ahmed est condamné à 4 ans de prison dont 12 mois assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans.
Abdel, qui a 8 mentions au casier judiciaire, était sous bracelet électronique et bénéficiait au moment des faits d’un sursis de 2 mois prononcé le 13 avril 2023 par le tribunal de Lisieux. Il est condamné à 3 ans de prison dont 6 mois assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans avec révocation totale de son sursis probatoire.
Baptiste (6 mentions au casier judiciaire) est condamné à 3 ans de prison dont 12 mois assortis d’un sursis probatoire pendant 2 ans. Les trois hommes restent en détention. Joséphine (6 mention au casier judiciaire) est condamnée à 1 an de prison avec sursis probatoire pendant 2 ans.
Le tribunal ordonne la confiscation des scellés : 20 986 € en espèces, cinq téléphones ainsi que la voiture Citroën C3.
*Prénoms d’emprunt.
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