Monsieur D., né à Charleroi et vivant sur un camp de gens du voyage dans la métropole de Lille (Nord), a été convoqué au tribunal pour de multiples faits de vols. Condamné plusieurs fois pour des faits similaires, depuis plusieurs années, le prévenu l’assure : il ne se souvient pas d’avoir commis ces faits, mais reconnaît que, « si c’est mon ADN, ça doit être moi. » Il a donné des explications confuses au tribunal, mais s’est défendu en assurant que ses actes de délinquance sont commis dans le but de nourrir sa famille.
Des véhicules saccages et des vélos volés
Monsieur D., père de 5 enfants entre 7 et 15 ans et séparé de sa conjointe, a souhaité être jugé ce jeudi, jour de sa convocation en chambre des comparutions immédiates, au tribunal de Lille. La présidente a pointé les différentes affaires qui ont conduit le multirécidiviste vivant sur un camp de Seclin depuis 7 ans devant la cour, de 2023 à 2025.
Il a dérobé des objets dans des véhicules d’entreprise et de particuliers (matériel de chantier, autoradios…) qu’il a abîmés au passage en 2023 et 2024. Plus récemment, en août dernier, il a dérobé le vélo d’un adolescent à Templemars. Une photo capturée par la vidéosurveillance a conduit à son identification. « Je m’en rappelle même pas, dit-il, dos voûté dans le box. Si j’ai volé, c’est pour manger, Madame », répond-il à la présidente.
« On est quasiment sur le même type de faits », a souligné la présidente du tribunal. Pour deux vols de véhicules, son ADN a été retrouvé dans l’habitacle. « Je m’en souviens pas », a déclaré le prévenu à la police, puis de nouveau au tribunal. « Mais s’il y a mon ADN, ça doit être moi. » Il l’a assuré à l’audience : « Avant, j’étais un délinquant, maintenant j’ai une famille, des enfants. Je m’en occupe. »
Mais les derniers faits, commis en récidive légale, datent du 18 mars. Les policiers ont repéré un homme sortir avec un vélo gris d’une résidence de Seclin. Ils l’ont contrôlé et ont trouvé sur lui un marteau brise vitre, une clé BTI, un cutter, une caméra et une console portative. Placé en garde à vue, il a assuré que tout le matériel était bien à lui (ou à ses enfants), et avoir trouvé un vélo « rouillé, à l’abandon. » Il n’a, sur le coup, pas donné sa bonne identité aux forces de l’ordre. Il assure que les policiers l’ont appelé par un autre nom spontanément.
25 mentions à son casier judiciaire
« Vous avez déjà pris plusieurs peines », a rappelé la présidente. En 2012, il a écopé de deux ans de prison pour divers délits, puis les condamnations se sont succédé de 2018 à 2021. « La dernière date de 2024, pour un casse. Vous avez pris 3 mois d’emprisonnement. Vous dites que vous avez arrêté en 2023, mais il y a d’autres faits, depuis ! » En tout, l’homme compte 25 mentions à son casier judiciaire.
En octobre dernier, une arrestation s’est mal déroulée. La police a repéré l’homme près d’une habitation à Seclin, qui avait un grillage arraché. Lui faisant signe de s’arrêter pour un contrôle, il est monté sur son vélo et a pris la fuite en direction du quartier de la Mouchonnière, relate la présidente du tribunal. Circulant à vive allure, il a été percuté par la voiture de police. Les forces de l’ordre assurent que l’homme leur a foncé dessus. Le prévenu, lui, dément cette version : « C’est eux qui m’ont percuté ! Ils m’ont coupé la route. Et puis pourquoi j’irai dans un jardin ? » « Pour aller voler, peut-être, répond la présidente, perdant patience. C’est manifestement pour ce type de faits qu’on est là ! »
« Tout ce que je demande, c’est un travail »
La confusion règne dans les réponses du prévenu, qui précise prendre des substances : de la méthadone, depuis qu’il a 16 ans. Il a aussi pris de l’héroïne pendant des années, mais il l’assure : c’est terminé. « Je regarde sur Pôle emploi, pour trouver un travail. C’est tout ce que je demande, un travail. » Que fait-il en attendant ? « De la ferraille, depuis toujours. » Combien gagne-t-il par mois ? « Ça dépend. C’est parfois 100 euros, parfois plus. »
L’avocat de victimes, demandant des sommes pour le préjudice (150 euros pour un vélo et 2 760 pour une voiture saccagée en préjudice matériel, ainsi que 500 euros de préjudice moral pour les trois personnes qu’il représente), a insisté sur un élément : « Pourquoi saccager les véhicules avec tant d’acharnement ? » « Oui, c’est pénible de voir son vélo volé, bien sûr. Mais j’insiste sur ce qui a conduit Monsieur au tribunal : l’accumulation des faits, pas leur gravité », a plaidé l’avocate de Monsieur D. Elle rappelle, en réponse à sa non-présentation aux audiences en CRPC, comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité : « Il est analphabète, joue avec ses propres moyens mnémotechniques. Que vous disiez ‘ça suffit !’, oui, mais il est nécessaire de remettre les choses à leur juste place. »
La procureure a insisté de son côté sur les nombreux antécédents de Monsieur D. avec la justice. « Il a commis 6 infractions en état de récidive légale », a-t-elle listé. « La prison ferme est la seule solution. » Elle a requis une peine de 18 mois d’emprisonnement.
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