Trente mois de prison dont douze avec sursis. C’est la peine que le tribunal judiciaire d’Argentan a prononcée ce vendredi 28 février 2025 à l’encontre d’un quinquagénaire de La Ferté-Macé pour des violences sur sa compagne, en récidive, aggravées par son état d’ivresse et la vulnérabilité de la victime. Des faits qui se sont déroulés à Flers (Orne).
« Des appels au secours d’une femme »
Présenté le 23 janvier 2025, il avait demandé un délai pour préparer sa défense. Accordé de droit, il avait été placé en détention provisoire dans l’attente de son jugement.
Le 21 janvier 2025, à 21 heures, les policiers de Flers sont requis pour intervenir au lieu-dit le Buisson-Corblin, à l’entrée de Flers, pour un différend sur la voie publique entre un homme et une femme. La personne qui a appelé la police ajoute qu’elle entend des appels au secours d’une femme. Ils s’insultent et se bousculent.
À leur arrivée, les policiers constatent une femme allongée par terre qui crie de douleur et un homme qui se trouve auprès d’elle. Ils remarquent que la femme porte un corset de la poitrine au bassin et se plaint de douleurs au niveau de la tête, du dos et de l’épaule gauche. Elle ne peut pas bouger et déclare avoir été poussée par une tierce personne, sans être plus précise.
L’homme, qui se trouve à côté d’elle, sent fortement l’alcool et tient difficilement debout. Il explique aux policiers qu’ils se sont arrêtés pour sortir leurs deux chiens et que quelqu’un s’est approché d’eux pour les agresser.
Après plusieurs dépistages de son imprégnation alcoolique, le dernier taux enregistré, à près de 23 heures, était de 0,71 mg/l d’air expiré (soit 1,42 g/l de sang).
Examinée, il va apparaître que la femme souffre d’une fracture de l’humérus et d’un déplacement de l’épaule gauche. Une incapacité de 21 jours va lui être accordée.
La victime « couvrait » son compagnon
Deux témoignages confirmeront les violences de cet homme sur sa compagne. Une femme, qui a appelé les secours, relate qu’elle fumait une cigarette lorsqu’elle a entendu des cris de femme.
Elle a alors vu un couple, dont la femme tenait un chien dans ses bras, s’insulter avant qu’ils en arrivent à se battre. Il n’y avait personne d’autre.
Elle a vu cette dame tomber au sol et se plaindre de douleurs. L’homme, lui, semblait calme. Elle a eu l’impression que la victime « couvrait » son compagnon.
L’autre témoin est arrivé lorsque l’homme a pris sa compagne, qui était par terre, par le torse pour la rejeter violemment au sol.
Lorsque la victime sera entendue, elle va déclarer qu’ils sont en couple depuis quatre mois. Tout est parti pour une histoire de chiens. Ils se sont insultés et il l’aurait jetée par terre.
Elle relate un autre épisode de violences durant lequel son compagnon a brisé des vases et un meuble. Il a une problématique avec l’alcool, mais n’aime pas qu’on lui dise.
En détention provisoire
Le prévenu, placé en détention provisoire depuis le 24 janvier, donne sa version des faits par visioconférence. Ce soir-là, il était particulièrement bouleversé pour tout un tas de raisons et que tout est effectivement parti à cause des chiens.
Ils avaient bu et si les témoins disent qu’il a poussé sa compagne, c’est fort possible, mais il ne s’en souvient pas. La seule chose qui lui revient, c’est quand sa compagne était au sol et qu’il l’a prise par le corset. Elle criait qu’elle avait mal et il l’aurait relâchée sans précaution, « par peur ».
Il affirme qu’il ne comprenait rien, il se souvient avoir entendu sa compagne dire qu’elle avait été agressée par quelqu’un, mais il ne comprenait rien.
Je suis contre la violence, je ne frappe pas le premier, je frappe uniquement pour me défendre, mais je peux faire mal avec les mots en appuyant là où ça peut faire mal.
« Peut-on dire que vous aviez une emprise sur votre compagne ? », lui demande le procureur de la République. « Je n’ai jamais eu d’emprise sur qui que ce soit ».
« Il a trop d’amour pour faire ça »
La victime, une petite femme menue avec un corset et un bras en écharpe relate à la barre du tribunal qu’elle aime son compagnon et qu’elle ne veut pas être séparée de lui.
« Je n’ai pas menti lorsque j’ai dit que c’était une tierce personne, car pour moi, cela ne pouvait pas être lui, ce n’est pas possible. Il a trop d’amour pour faire ça », revient la victime.
Lorsque la présidente lui rappelle qu’elle a fini par reconnaître que c’était bien son compagnon qui était le responsable de ses blessures, elle dit que ce n’est pas vrai et que ses déclarations, elle ne les a pas lues, laissant entendre que ce n’est pas elle qui a dit cela.
Je ne veux pas qu’on nous interdise de nous voir, de nous parler. Je le soutiendrai quoi qu’il arrive, il a besoin de soins et je serai toujours là.
Cet homme de 52 ans était inspecteur dans le nucléaire avant de vivre un divorce et de succomber à la dépression. Père de trois enfants et grand-père de trois petits-enfants, son casier judiciaire porte la trace de trois mentions depuis 2017, pour des faits de violences, menaces de mort et outrages, dont deux avec de l’alcool.
En pleurs, il évoque son enfance, une enfance dans la violence, émaillée par un viol, qui l’ont contraint de quitter le domicile parental à 16 ans.
30 mois de prison requis
Le procureur de la République avoue que ce sont les violences les plus graves qui lui aient été données d’entendre depuis son arrivée à Argentan. Il ne peut être contesté les faits reprochés au prévenu, il y a trop d’éléments à charge.
Ces blessures, infligées à la victime, sont bien le produit de cet homme.
Il se dit inquiet par une situation d’emprise véritable au regard des propos tenus par la victime et du risque de réitération. « Madame sera-t-elle en mesure de se protéger elle-même si toutefois la situation se renouvelait ? Pourra-t-elle déposer plainte ? »
En répression, il a requis une peine de 30 mois de prison, l’interdiction d’entrer en contact avec la victime et de paraître à son domicile pendant trois ans ou deux ans d’emprisonnement en cas de violation de cette décision, outre une peine inéligibilité pour une durée de trois ans.
« Le rôle de la justice n’est pas de détruire l’amour, mais de protéger les personnes », termine ce magistrat.
La défense évoque une peine extrêmement sévère, trois fois plus que ce qui avait été proposé lors de la comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité.
Selon cet avocat, il existe une zone d’ombre et il n’y a pas de certitude sur le déroulé de ces violences ce soir-là et demande au tribunal d’envisager la relaxe pour son client.
Il restera en prison
L’homme sera finalement condamné à 30 mois de prison dont 12 assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans avec l’obligation de soins en addictologie et en psychologie outre l’interdiction d’entrer en contact avec la victime et de paraître à son domicile pendant trois ans et à titre de peine obligatoire, une inéligibilité pour une durée de trois ans.
Le tribunal a retenu la gravité des faits, l’état de récidive et que l’auteur était déjà sous sursis probatoire au moment des faits.
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