« Une fois, j’ai eu affaire à une dame de 93 ans. Je l’ai vue mettre des choses dans sa poche. Je n’ai rien osé lui dire, tellement j’étais bouche bée… » Ce patron d’un Carrefour City de Brest constate quotidiennement des vols dans son commerce. « Du fromage, des boissons énergisantes, de la bière… Un peu de tout. » Lors de son dernier inventaire, il lui manquait « 7 000 euros de marchandises disparus dans le stock sur un an ».
Aurélien Guyot, son confrère de l’Intermarché Express Brest Zola, dans le centre-ville, n’a pas le chiffre du manque à gagner en tête. « Mais le coût d’un vigile, que je fais venir le soir, est de 30 000 euros à l’année. C’est de l’argent que je pourrais donner à mes employés. Parfois, je dis aux gens que nous arrivons à pincer, “t’es en train de voler le salaire de mes gars” ».
Les voleurs n’ont « pas de profils types »
Pour lutter contre cette délinquance, il dispose de caméras de surveillance. « Nous avons un système qui détecte les gestes suspects. En plus, nous ajoutons une protection supplémentaire sur l’alcool. »
Tous les commerçants que nous avons interrogés disent subir des vols régulièrement.
« Je surveille au mieux, je m’approche des clients pour leur monter ma présence », témoigne Matthieu Goulven, à la tête de la boutique Riquet, rue Saint-Martin.
« Ce sont des agissements de personnes dans le besoin, d’alcooliques, de jeunes comme de vieux. De cleptomanes aussi », assure le patron de l’Intermarché.
« J’ai récemment surpris une femme de 70 ans en train de voler. Elle avait les moyens de payer mais ne pouvait pas s’en empêcher », ajoute le responsable du Carrefour city.
« Le sujet est complexe pour nous », se plaint le patron d’enseignes de prêt-à-porter en ville. Préférant rester anonyme.
Une de mes employées a déjà été menacée. Des voleurs reviennent nous voir, nous narguent. Je ne souhaite pas nous mettre en danger.
Si les vols sont assez fréquents dans ses magasins, il souligne que d’autres professionnels sont peut-être davantage touchés. « Les pharmacies sont très concernées, on y vole par exemple du lait en poudre. Les vendeurs de lunettes aussi, de produits cosmétiques… »
« On se sent abandonnés »
Ce n’est pas cette responsable d’un magasin spécialisé dans les produits de beauté qui dira le contraire. « J’ai des antivols, mais certains ont des techniques. Parfois, ils viennent à deux, en quelques minutes ils peuvent faire sauter dix antivols, et une troisième personne attend dans la voiture. Nos produits sont assez chers, un parfum coûte vite 150 euros. »
Alors cette femme, souhaitant également garder l’anonymat, (« ma direction ne souhaite pas que je communique là-dessus, et j’ai déjà eu plusieurs menaces par téléphone »), se rend régulièrement au commissariat. « La dernière fois, j’ai perdu trois heures de mon temps. Mais au moins, j’ai une trace du vol que je peux fournir à mes supérieurs. »
« De toute façon, même quand ils sont arrêtés, les voleurs sont libérés et certains viennent même nous narguer devant notre porte », pestent plusieurs commerçants.
Alors certains s’organisent. Ils échangent sur le profil des voleurs sur un compte WhatsApp, « parfois avec une photo, même si nous n’en avons pas le droit ».
« Moi, je leur fais bien comprendre qu’ils n’ont plus intérêt à remettre les pieds chez moi », s’agace un patron, un peu démuni : « Nous nous sentons abandonnés. Un employé s’est déjà fait taper. J’ai porté plainte, il n’y a pas eu de suite. »
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