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« J’ai envie d’y retourner pour mieux faire »

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24 heures après avoir franchi la ligne d’arrivée, au large des Sables-d’Olonne, Louis Duc est revenu le lundi 10 février 2025 sur son Vendée Globe, le rêve d’une vie, qu’il a réalisé en moins de trois mois.

S’il avoue ne pas pleinement réaliser ce qui lui arrive, il sait ce qui l’attend dans les prochains jours, les prochaines semaines, les prochains mois, avec comme quête ultime d’être sur la ligne de départ en 2028, à l’occasion de la prochaine édition.

Comment se sont passées vos premières heures sur la terre ferme ?

Déjà, j’ai eu la chance d’arriver un dimanche. En fonction du jour où tu arrives, ça peut changer pas mal de choses. Les gens sont un peu plus disponibles un dimanche, du coup j’ai pu avoir pas mal d’amis sur place. Pour certains, je ne m’y attendais pas du tout, et ça m’a fait super plaisir de voir des têtes connues, petit à petit, débarquer dans des zodiacs et sur le ponton. Il y a des gens que je n’avais pas vus depuis très longtemps, mais qui avaient suivi le truc. D’autres m’ont accompagné quand j’étais jeune. Voir tout ce monde pour moi, c’est extraordinaire. Mes frangins sont venus, ma mère, mon père, mes petits-neveux et nièces, tu sens bien que le Vendée Globe a un impact différent que les autres grandes courses. C’est assez émouvant.

Était-ce idéal d’arriver à quatre, avec Kojiro Shiraishi, Violette Dorange et Sébastien Marsset, le même jour ?

Complètement, on a eu un bol énorme. En plus, cela fait un moment qu’on est ensemble, depuis le Brésil, avec Arnaud Boissières, qui a démâté malheureusement. On passait les uns devant les autres. Alors arriver à quelques heures d’intervalle, un dimanche après-midi, alors qu’on ne savait vraiment pas quand on allait pouvoir franchir la ligne, c’est top, et c’est surtout beaucoup mieux que d’arriver le lundi à 3 heures du matin !

Comment avez-vous vécu votre arrivée ?

J’ai eu du mal à me mettre dedans. Les deux heures qui ont précédé cette arrivée ont été assez stressantes, avec ma dérive cassée. Le bateau n’était pas agréable à naviguer, il dérapait beaucoup, et donc il a fallu que je me batte pour pouvoir arriver assez haut et ne pas avoir de manœuvres trop compliquées à faire, et une fois que la ligne était passée, j’ai pu commencer à redescendre.

Vidéos :

« Avoir tous ces moyens de communication, c’est presque trop »

À qui avez-vous passé votre premier coup de téléphone ?

À personne, je n’en ai pas encore passé ! Finalement, tous les gens que j’avais envie de voir étaient là. J’ai juste vu que mon téléphone était complètement saturé de messages, je dois en avoir 250 en attente. Je n’ai pas encore répondu, j’espère que les gens vont me pardonner, je vais avoir besoin d’un petit peu de temps. J’ai fait abstraction du téléphone, et puis on va revenir à la vie normale dans pas très longtemps.

Quelle était la sensation quand vous avez posé le pied à terre ?

C’est particulier, mais en même temps, j’ai eu l’impression de ne jamais être parti, c’est assez bizarre. Mais je suis encore sur un petit nuage, je ne réalise pas trop ce qu’il se passe. Et c’est peut-être pas plus mal comme ça.

Eau chaude, frites et nuit pleine

Premiers mots, premier pied à terre, premier repas, première soirée, première nuit… Le retour à la civilisation de Louis Duc a été une succession de premières, qu’il raconte : « Quand on arrive, il y a tout un rituel, sur le ponton, la conférence de presse, puis l’organisation nous accorde un petit moment en nous préparant à manger, et on a eu droit à un repas très sympathique avec des petites côtelettes d’agneau merveilleuses, et des frites ! Cela faisait 90 jours que je n’en avais pas eu, et c’est vraiment pas mal ! C’est simple, mais que c’est bon ! Mais je retiens surtout les gens qui étaient autour. J’ai aussi pris une douche chaude, j’y suis resté un petit moment, ça ne fait pas de mal ! Ensuite, il y avait une petite soirée de prévue, avec les partenaires, la famille, les amis, l’organisation, les concurrents. Cela donne un moment d’échanges vraiment sympa, avec des gens qu’on ne connaît pas forcément, et une soirée inoubliable. Je me suis écroulé en rentrant et je me suis levé vers 10-11 heures, je n’ai pas eu trop d’interruptions dans mon sommeil. »

Parmi les gens venus vous accueillir, y avait-il beaucoup de Manchois ?

Oui, beaucoup de gens de Cherbourg, de Carteret, plein de potes. De les voir, de se dire qu’ils ont fait cinq heures de bagnole pour moi, avant de repartir pour travailler le lendemain matin à 8 heures, ça me touche. Il y avait par exemple les membres du groupe Marinade, Mimile, Dany et Pinuche, qui étaient là. Je les connais depuis que je suis gamin, ils m’ont fait rêver quand j’étais gosse, et ils étaient sur le ponton en train de jouer de la musique quand je suis arrivé. Pour moi, c’était un moment extraordinaire.

Qu’est-ce qui vous a le plus manqué ?

Rien, parce que je savais où j’allais. Je savais ce que j’avais à bord, j’ai donc vécu mon tour du monde sans frustration. Tu sais que tu n’as pas, donc tu ne vas pas chercher à avoir. Je navigue depuis des années, donc je sais aussi comment ça se passe. J’ai aussi gardé le contact avec certaines personnes via WhatsApp, mais finalement, d’avoir tous ces moyens de communication, c’est presque trop. Internet est quasiment toujours à bord, donc on peut ne pas déconnecter. De temps en temps, je coupais de moi-même pour être un peu plus peinard. C’est étonnant, parce que quand tu reprends l’histoire des premiers Vendée Globe… Après, on peut être en contact avec les autres participants, et ça, c’est hyper important. Mais au final, je n’ai pas eu la sensation d’être seul.

« Les Imoca sont des bateaux exceptionnels »

Vous êtes-vous senti parfois en danger ?

Jamais ! Les Imoca sont des bateaux exceptionnels, très marins et très fiables. Même dans les mers du Sud, malgré les conditions difficiles, je ne me suis jamais senti à la limite. Ce sont des bateaux fantastiques : pouvoir faire un tour du monde en moins de trois mois avec un bateau à dérive, c’est extraordinaire.

Quel impact a eu ce Vendée Globe sur votre corps ?

J’ai dû perdre un peu de poids. Jusqu’à ce que j’arrive, je me sentais très en forme. Là, j’ai retrouvé un vrai lit, ça change un peu la donne. Le plus dur finalement, ça a été la dernière nuit, parce que tu ne dors pas, t’arrives près des côtes, il y a des pêcheurs, du trafic, l’euphorie d’arriver mais aussi le flip qu’il m’arrive quelque chose avant de franchir la ligne. Je faisais habituellement une petite sieste en journée, mais pas là. Donc, quand t’arrives, ton rythme est complètement chamboulé. Tu vois du monde, ça te pompe de l’énergie. Tu bois quelques gouttes d’alcool, ce que tu n’as pas fait depuis trois mois, donc ça te casse aussi. Au final, le lendemain, tu es complètement décalqué !

Si vous deviez retenir une image de ce tour du monde, ce serait laquelle ?

Il y en a plein, forcément, des bonnes et des moins bonnes. Il y a eu des moments difficiles, pas forcément avec la météo, mais plutôt dans le fait d’avoir eu très tôt des avaries de voiles, qui n’étaient pas graves pour finir la course, mais graves pour la performance. Ça m’a beaucoup frustré, par moments, de ne pas pouvoir être à 100 % de mon bateau. Je l’ai très mal vécu, parce que je suis un compétiteur. À l’inverse, j’ai pu m’amuser à adapter certaines trajectoires en fonction de ça, et je m’en suis pas mal sorti, c’étaient des moments jouissifs. Du coup, j’ai ce mélange un peu bizarre.

91 jours, 26e… Est-ce que ces données sont importantes à vos yeux ?

J’étais parti pour faire beaucoup mieux que ça. Mon idée, c’était de faire moins de 80 jours, parce que c’était le record des bateaux à dérive, que détient François Gabart, en 78 jours, Jean Le Cam avait mis 80 jours il y a 4 ans. C’était possible de le faire, mais la météo n’a pas permis cela, parce que le premier de cette année a mis 85 jours. Mais j’aurais beaucoup aimé me battre avec les trois bateaux à dérive de tête, à savoir Conrad Colman, Tanguy Le Turquais et Benjamin Ferré, qui ont mis entre 84 et 85 jours, et j’ai un peu de frustration par rapport à cela. Au niveau des Malouines, ils nous ont mis une semaine dans la tronche alors qu’on était juste à côté d’eux, et ça a été très dur à vivre.

Avez-vous eu régulièrement une pensée pour la Manche, Carteret, et tous ces gens qui vous ont soutenu ?

Bien sûr, d’autant plus que j’étais en contact avec beaucoup d’entre eux. La mairie de Carteret, avec le maire David Legouet, a fait des trucs sympas, quelques visios avec l’école de voile de Carteret. La commune a aussi organisé une soirée avec les sportifs de haut niveau à laquelle j’ai pu participer à distance. La mairie a eu envie de marquer le coup, et c’était extrêmement sympa, je la remercie.

« Je rêve d’arriver à amener le bateau dans le chenal de Carteret »

Avez-vous vu des décors plus beaux que Carteret ?

Plus beaux, je ne sais pas, c’était différent ! Mais j’ai eu la chance d’avoir un Cap Horn extraordinaire, à quatre bateaux. On était arrêté, il n’y avait plus de vent, on est resté plusieurs heures avec une vue extraordinaire, c’est un moment qui restera marqué en moi.

Que va-t-il se passer pour vous dans les prochains jours ?

Je vais ranger un peu le bateau, qui doit rester deux semaines aux Sables-d’Olonne en représentation. Ensuite, on va sans doute le ramener à Cherbourg puis à Caen pour l’entrée en chantier, d’ici deux-trois semaines, pour deux mois.

Savez-vous quand vous allez de nouveau naviguer en compétition ?

On va faire des sorties partenaires avec le bateau jusqu’en juin et on est en discussion pour faire la transat Jacques-Vabre en 2026 avec le même bateau pour aller au bout de l’histoire et me permettre de réfléchir à un autre projet pour 2028. Ça se fera ou pas, mais en tout cas, on se laisse quelques mois pour réfléchir à tout ça. Si tout s’aligne, on sera en 2028 avec un meilleur bateau, et si ce n’est pas le cas, ce ne sera pas grave parce qu’on a vécu une aventure extraordinaire.

L’idée, c’est donc d’être sur la ligne de départ en 2028 ?

On a fait une belle aventure, j’ai découvert ce qu’étaient un Vendée Globe et un tour du monde, et j’ai envie d’y retourner pour mieux faire. Et si c’est 2028, c’est tant mieux.

Quand allez-vous pouvoir revenir dans la Manche ?

Je devrais donc passer avec le bateau à Cherbourg. Pour mon retour à Carteret, ce ne sera pas pour tout de suite, mais ça viendra ! La mairie doit être au taquet pour organiser un petit truc sympa. Je rêve d’arriver à amener le bateau dans le chenal de Carteret, mais pour ça, il faut un coefficient de marée correct, au-dessus de 100, et une météo parfaite. Je scrute déjà depuis 2 ans pour trouver le bon créneau ! Mais je ne désespère pas de le trouver.





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