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« J’ai compris que je m’étais trompée »

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« C’est ter-mi-né ! » Syllabe par syllabe, le mot vient se fracasser sur le haut plafond de la salle du tribunal de Versailles. Plus de public. L’heure est tardive. Mathilde* lance un dernier regard sans âme vers le père Raphaël. Désormais, elle ne pourra plus le contacter ni même s’approcher de lui ou de sa paroisse. Pendant trois ans. Avec effet immédiat.
Cette paroissienne de 41 ans, mère de trois enfants, était poursuivie pour avoir harcelé l’homme d’Église pendant plusieurs mois. Dès 2023, son cœur s’était lancé dans une aventure qu’elle savait sans issue. Mathilde avait développé un sentiment amoureux envers le curé de la Vallée de Chevreuse (Yvelines). Un amour à sens unique la rendant aveugle au refus. De guerre lasse, le prêtre n’a pas eu d’autre choix que de déposer plainte pour que la justice tranche en ce mardi 18 mars 2025.

« P.-S. : je vous aime. »

Mathilde a rencontré le père Raphaël lors d’une conférence. Et elle a presque directement flashé sur lui. Elle habite Saint-Germain-en-Laye. Lui est à l’autre bout des Yvelines. Peu importe. Elle a décidé de traverser le département pour se rendre à ses offices.

N’y tenant plus, la quadragénaire se met à envoyer des mails au prêtre ; parfois jusqu’à 6 par jour. Dans ses mots, il y a des références religieuses. Il y a des réflexions spirituelles. Et il y a ce jour où elle termine avec un « P.-S. : je vous aime. »

Au début, le père Raphaël ne va pas répondre. Puis il va tenter de la dissuader de lui écrire. Et il va alerter le diocèse. Le vicaire général prendra sa plume pour demander à Mathilde ne plus aller à la messe à Chevreuse et de cesser ses envois. Lettre morte.

Un rendez-vous fixé à Paris

Un cap va être franchi lorsque Mathilde va adresser un livre à connotation érotique au presbytère. Puis lorsqu’elle va lui envoyer la photo d’une porte cochère d’un immeuble parisien. Elle précise l’y attendre un jour précis avec un horaire de début de soirée.

Le père Raphaël vit tout cela dans les affres. Il est bousculé dans son ministère auquel il est farouchement attaché. Ensuite, il est arrivé qu’elle vienne jusqu’à la porte du presbytère. Et enfin, il n’éprouve aucun sentiment pour celle qu’il voit souffrir et basculer. Et surtout, qui ne comprend pas.

« Je suis une âme seule et esseulée »

Une première fois, la justice rappelle à l’ordre Mathilde par une composition pénale lui interdisant tout contact. Elle ne la respectera pas. L’homme d’Église n’a plus beaucoup de possibilités. Il décide de déposer une plainte, le 24 octobre 2024.

Mathilde est convoquée par la gendarmerie qui lui enjoint de tout arrêter. La bonne résolution ne tiendra pas longtemps. Le 18 novembre, elle lui envoie cette déclaration : « Je suis une âme seule et esseulée. Je vous aime et je cherche à vous revoir. »

Seule et esseulée. C’est le cas. Le paysage affectif de Mathilde est un gouffre. Elle est en plein divorce. Elle raconte que son mari la battait. Et qu’il l’a coupée de ses enfants. À ses yeux, le père Raphaël est son seul refuge.

Lui ne vit plus la situation de la même manière. Aux enquêteurs, il raconte avoir des difficultés à dormir.

« Lorsque je sortais, je vérifiais d’abord qu’elle n’était pas là. Et je me suis mis à être très méfiant dans les échanges normaux avec les paroissiennes. »

Le père Raphaël

L’expert qu’il rencontrera ira jusqu’à parler d’une « asphyxie au quotidien. »

« Mes sentiments étaient purs »

« Alors Madame. Que s’est-il passé ? », questionne la juge pour lancer son interrogatoire.

Vêtue de rouge et de noir, très mince, ses cheveux sombres retombant sur ses épaules, Mathilde s’agrippe à la barre pour répondre. Sa voix est très froide, administrative. Le ton est sec. Chaque mot semble mesuré. « J’ai eu un coup de foudre à retardement que j’ai mal vécu. Aujourd’hui, j’accepte l’idée que ce ne soit pas ça. Après la plainte, j’ai voulu chercher la réconciliation. J’ai demandé si je pouvais venir à Chevreuse. Il m’a dit que ce n’était pas opportun. Après, je n’ai pas arrêté. J’ai voulu montrer l’absurdité de la situation. Que ce n’était que de l’amour. Alors, je n’ai pas résisté. J’ai écrit. J’ai appelé. Mais mes sentiments étaient purs. Il fallait que j’aille au bout de la démarche. »

La juge s’étonne. « Que doit faire ce prêtre pour que vous compreniez qu’il ne partage pas vos sentiments ? Alors qu’il souffre, qu’il veut être tranquille. Tout cela, il l’a vécu comme une violence. Vous savez bien qu’un homme d’Église ne peut pas vous aimer. »

Une seule phrase convient à Mathilde : « J’ai compris que je m’étais trompée. »

« Il craignait la mise en pâture de son ministère »

Absurdité. Erreur. Ces termes vont être repris par la défense du père Raphaël. Il a choisi de ne pas s’exprimer directement à l’audience. « Il n’est pas là dans un esprit de revanche. Il a essayé de la convaincre. En vain. Nous sommes là pour qu’elle retrouve le sens commun, pour qu’elle comprenne le sens du mot stop. » Pour Violaine Faucon-Tillier, il y avait urgence. « Car si la situation venait à s’inverser… Si par dépit elle l’avait accusé de… La grande crainte de mon client était une mise en pâture de son ministère auquel il tient plus que tout. »

La procureure de la République enchaîne : « La justice doit permettre de fermer la porte. Et l’avertissement doit être clair. »

« Elle a compris »

Que dire pour porter la cause de Mathilde ? Son avocate, Marion Laffargue, commence en plaçant bien l’église au milieu du village. « Il est indispensable de dire que ce prêtre n’a eu aucun comportement ambigu envers ma cliente. À l’inverse, il a fait preuve d’une forme de bienveillance. » Et sa cliente ?

« C’est une femme profondément malheureuse qui aime un homme. Une femme qui se rend compte aujourd’hui qu’il ne pourra rien se passer. Une femme détruite dans sa vie personnelle. Elle a compris. Cela ne se reproduira pas. »

Marion Laffargue, avocate de la prévenue

Avant l’interdiction de contact, le tribunal a surtout prononcé une peine de 12 mois de prison avec sursis simple. La présidente a rappelé que le père Raphaël n’avait même pas demandé un centime de dommages et intérêts. Preuve, si cela était encore nécessaire, que sa seule volonté était de retrouver la paix.

* Le prénom a été modifié.



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