Au lendemain des fêtes de Noël, il est 2 h 15 du matin. Le standard de la police reçoit un appel. Johanna* est au bout du fil. Elle explique d’une voix pâteuse qu’elle vient d’être agressée sexuellement dans un parking, situé non loin de la gare TGV de Massy par un homme qui partage depuis quelques semaines sa vie de misère.
Des traces de sperme retrouvées sur le jogging de la victime
Arrivés sur place, les policiers arrêtent Edgar*, pieds nus, qui tient à peine sur ses jambes. Tout juste cohérent, tant il est ivre, l’homme de trente ans est placé en garde à vue. Il raconte, comme dans le box du tribunal ce mardi 18 février, qu’il est arrivé dans l’hexagone en provenance de Mayotte au mois de mai dernier.
Sans attaches, sans travail et sans argent, il s’est installé autour de la gare TGV de Massy où il reçoit le soutien du Secours Islamique. Il y a quelques semaines, il a croisé le chemin de Johanna. Elle est en rupture familiale. Elle vit à la rue, comme lui. Elle est minée par son addiction à l’alcool. Parfois, ces deux âmes en peine partagent un lit de fortune dans un recoin aménagé à la hâte dans d’un parking.
Ce soir-là, ils ont tous deux bu plus que de raison. Johanna est affalée sur sa couche. Elle se réveille en sursaut pantalon baissé et sent l’homme de 30 ans qui se masturbe à ses côtés. Elle le chasse et appelle directement les services de police.
Son agresseur est placé en détention provisoire à l’issue de sa garde à vue en attendant son jugement. Face aux enquêteurs, comme face à ses juges, Edgar nie les faits, même si des traces génétiques et du sperme ont été retrouvés sur le jogging de la jeune femme.
Douze mois de prison ferme
Le regard fixe, d’une voix monocorde, il décrit son parcours depuis sa naissance. Edgar est né en plein chaos au Congo, non loin de la frontière du Rwanda plongée, alors, dans une folie génocidaire. Il accompagne sa mère dans un camp de réfugiés en Tanzanie où elle mourra quand il a tout juste 6 ans. Il arrive finalement sur l’Île de Mayotte où il obtient le statut de réfugié politique à sa majorité.
Son casier judiciaire porte la trace d’une seule mention à la suite de menaces prodiguées à l’encontre de clients d’un restaurant. C’est à Massy, où il erre depuis son arrivée en métropole, qu’il a croisé le chemin de Johanna. Selon ses dires, ils se sont liés d’amitié. Ils partagent les quelques sous qu’ils récoltent pour acheter de la bière en grande quantité. Ils dorment parfois côte à côte pour se réchauffer. Sans plus. La jeune femme a entrepris des démarches pour se constituer partie civile au lendemain des faits, ce qui n’est pas très courant.
Son avocate, Maître Meier-Mimran, n’a pas souhaité occulter la vie difficile du prévenu dans sa plaidoirie. Elle a tout de même souligné que sa cliente était plongée dans une réelle détresse émotionnelle à la suite de cet événement, où un lien affectif s’est transformé en une terrible agression sexuelle.
À l’issue des réquisitions factuelles de la procureure la République et du délibéré du tribunal, Edgar a été conduit dans une cellule de la prison de Fleury-Mérogis où il passera les douze prochains mois, comme l’épilogue de la rencontre de ses deux vies fracassées.
*Les prénoms ont été changés.
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