Président du conseil régional de Normandie, Hervé Morin a passé l’essentiel du jeudi 6 mars 2025 à Saint-Lô (Manche).
Il y honorait trois rendez-vous, le premier concernant le soutien financier apporté à l’usine Seb Moulinex, le second, le soutien à la renaissance de la clinique privée du Centre Manche, désormais Hôpital privé de la Manche, et le troisième était l’une des réunions publiques de mi-mandat.
Également président du parti Les Centristes et ministre de la Défense de 2007 à 2010, il était aussi très sollicité par les médias pour réagir à l’allocution du président de la République face à l’évolution de la guerre en Ukraine et les impacts possibles pour l’Europe et la France. Ce, alors que se tenait à Bruxelles une réunion extraordinaire du Conseil européen.
Voici ses propos accordés à La Presse de la Manche.
Que doit être, de votre point de vue, la réaction européenne face aux positions russes ?
Je pense qu’il faut qu’on fasse preuve de fermeté, il n’y a absolument aucun doute. Il faut que, enfin, les Européens prennent conscience que c’est à eux d’assurer la sécurité du continent européen. Avec les Américains, on a des alliés, pas des amis. Pour eux, comme le font toutes les nations d’ailleurs, ce sont d’abord leurs intérêts qu’ils défendent… Là, c’est le rideau qui se déchire. Tout d’un coup, on découvre qu’on est un peu à nu, globalement. Jusqu’à présent l’essentiel des Européens, pas nous Français, s’est reposé sur la sécurité du parapluie américain et s’est dit Tout va bien comme ça.
« Il faut que tout ça se fasse avec le calme des vieilles troupes »
N’est-il pas déjà trop tard ?
Non, il n’est jamais trop tard. Le pire serait de ne pas réagir. Mais il faut que ce soit une réaction entre nations européennes. Ce n’est pas à l’Union européenne de s’occuper de ça. Ce n’est pas une affaire qui concerne la commission européenne. C’est une affaire entre États membres et entre pays qui décident, ensemble, de construire une architecture de sécurité. À 27 et avec la bureaucratie européenne, ça ne marchera pas. Il faut que ce soit des pays qui veulent s’engager. Ils ne seront pas 27, je ne sais pas combien ils seront, qui s’engagent à faire en sorte que nous ayons des capacités militaires qui nous permettent d’être respectés.
Comment doit se positionner la France ?
Comme je l’ai dit à plusieurs reprises depuis hier, il faut que tout ça se fasse avec le calme des vieilles troupes. Il n’y a pas à avoir de discours belliqueux, exagérément inquiétants. Les propos du chef de l’État avaient un côté matador que je ne trouve pas approprié. Il faut éviter de parler. Ce sont des discussions de chancellerie, entre responsables politiques, entre chefs d’État et de gouvernement. Ça ne mérite pas d’avoir des déclarations péremptoires, qui globalement n’amènent rien et créent de l’inquiétude. Il faut avoir un immense sang froid dans ces questions. Parce que face à nous, on a un pays, la Russie, dont on a en effet clairement en tête ses agissements comme l’assassinat d’opposants politiques, etc., tout cela est vrai. Mais la Russie, non, ne va pas nous envahir. Ce n’est pas vrai. D’abord, ils n’ont même pas été capables d’envahir les Ukrainiens ! Quand on est dans un discours Mes chers compatriotes, la Patrie a besoin de vous, on a le sentiment que c’est Valmy ! Non !
« Ils n’ont même pas été capables d’envahir les Ukrainiens ! »
Et quel message auriez-vous à l’attention des Normands, comme de tous, puisque l’on dit les Français inquiets ?
Ce que j’espère, c’est qu’on ait des États européens qui soient fermes dans leur position et avec une grande conscience, je n’ai aucun doute là-dessus. Je suis juste inquiet de… Je ne suis pas en sécurité quand j’entends le président de la République. Voilà.
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