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Interview. Le professeur d’Histoire, devenu maire, a choisi de « se réorienter vers des responsabilités politiques »



Entre engagement pour la simplification des politiques publiques et défense de la relocalisation industrielle, Frédéric Leveillé, maire PS d’Argentan (Orne) et président de Terres d’Argentan Interco, partage sa vision d’un territoire en mutation. « La politique nationale a parfois négligé les plus vulnérables, mais c’est sur le terrain, au plus près des citoyens, que les véritables changements se construisent « , affirme le professeur d’histoire en détachement de l’Education nationale.

Que pensez-vous des critiques sur la politique nationale et l’impact de celle-ci sur les plus défavorisés ?

Il est clair que les politiques sous la présidence Macron ont favorisé les catégories sociales les plus aisées, souvent au détriment des plus vulnérables. »

Mais comme François Mitterrand l’a dit, la gauche a pour objectif de rendre le pouvoir au peuple, et non de le prendre, comme la droite. Il est essentiel que la politique nationale soit accessible et compréhensible pour tous. Pour cela, une simplification est nécessaire.

En tant que membre du Conseil national d’évaluation des normes, je peux témoigner que la simplification est encore insuffisante. Il faut être plus clair et précis dans nos démarches et dans la manière dont les politiques publiques sont expliquées.

Quand des politiques publiques sont menées avec l’intention de répondre aux besoins du plus grand nombre, elles peuvent avoir de véritables effets. C’est ce qui a été réalisé dans de nombreux domaines sous François Hollande, avec des engagements qui ont été tenus et ont réellement amélioré la vie des citoyens.

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Le PS parle-t-il encore aux gens aujourd’hui ?

Oui, je pense que le PS parle encore aux gens, mais il y a deux niveaux à prendre en compte : l’échelon national et l’échelon local.

Localement, les politiques mises en œuvre sont clairement orientées pour répondre aux besoins de la population. Elles visent à être des solutions concrètes pour les citoyens, en particulier pour ceux qui en ont le plus besoin. »

En ce qui concerne le niveau national, je reconnais qu’il y a eu des manques. Toutefois, récemment, des propositions ont été faites qui, je pense, visent vraiment à répondre aux besoins des citoyens, et surtout de ceux qui rencontrent les plus grandes difficultés. Les récentes discussions avec les représentants du PS et le ministre de l’Économie montrent que des ajustements sont en cours, et je crois que ces initiatives répondent aux attentes du moment.

« Être enseignant, ce n’est pas un choix de carrière, c’est un choix de vie », comme a pu le dire François Mitterrand. Où en êtes-vous aujourd’hui dans votre carrière d’enseignant ?

Mon engagement a évolué avec ma responsabilité dans la politique locale. Depuis le 1er septembre 2019, je suis en détachement de l’Éducation nationale. Ce n’est pas un abandon de ma carrière d’enseignant, mais plutôt une réorientation vers des responsabilités politiques.

Vous êtes totalement investi dans la vie politique maintenant ?

Oui, je suis totalement investi dans mes fonctions actuelles. Cependant, même si je suis engagé politiquement, je reste toujours en détachement de l’Éducation nationale, ce qui signifie que je pourrais réintégrer l’enseignement si je le souhaitais. Pour l’instant, ma vie est dédiée à la politique locale. »

Est-ce que l’enseignement vous manque ?

Oui, il me manque, surtout le contact avec les élèves. Cependant, tout le côté administratif de l’Éducation nationale ne me manque pas, notamment dans les lycées professionnels. C’est un secteur qui rencontre de nombreuses difficultés, et franchement, ce côté-là ne me manque pas du tout.

Vous parlez souvent de l’importance de « donner du temps au temps ». Que signifie cette vision pour vous ?

Cette citation de François Mitterrand, « Il faut donner du temps au temps », résume parfaitement ma pensée. Il est essentiel de donner le temps nécessaire pour opérer un changement véritable et durable.

Les visions conservatrices sont souvent centrées sur le passé, sur ce qui a été fait, tandis que les visions progressistes regardent vers l’avenir, en anticipant ce qui doit être accompli.

Vous militez pour une coopération renforcée entre les territoires. Quel impact cette coopération a-t-elle eu sur vos politiques ?

Compte tenu des crises internationales et nationales, les territoires doivent désormais porter des stratégies et des politiques communes. C’est pour cela qu’il est crucial de se rassembler et de coopérer. La thématique de l’Université populaire des transitions a porté sur cette coopération, car elle est au cœur de la gestion de nos enjeux actuels.

Un chargé de mission « Territoires d’industrie » va travailler avec l’ensemble du secteur industriel sur notre territoire, ainsi que sur ceux des Vallées d’Auge et du Merlerault. »

Le programme de Rebond industriel prévoit de redistribuer 1,2 million d’euros dans leurs investissements, avec des soutiens allant jusqu’à 300 000 euros par entreprise.

Vous mettez l’accent sur la relocalisation de la production, un sujet clé pour votre territoire. Pouvez-vous nous donner un exemple concret de ce type de démarche ?

L’un des projets les plus emblématiques de cette relocalisation est l’arrivée de l’entreprise Lemoine, qui relocalise une production sur notre territoire. Cela montre l’attractivité d’Argentan pour des entreprises qui souhaitent se réinstaller et se développer localement.

Nous cherchons à attirer d’autres entreprises dans divers secteurs, ce qui constitue à la fois notre faiblesse et notre force. Nous n’avons pas de thématique industrielle unique, mais nous avons la chance d’avoir une diversité de secteurs qui permettent à notre territoire de s’adapter aux crises économiques et d’en sortir renforcés. »

Comment la ville d’Argentan a-t-elle amorcé sa mutation industrielle et économique ?

Argentan a connu une transformation industrielle majeure ces vingt dernières années. Autrefois centrée sur la métallurgie, la ville a su diversifier ses activités. Nous restons une ville industrielle, avec des entreprises comme Ysco qui emploient près de 300 salariés.

Des entreprises innovantes comme Chalufour, qui va se réinstaller sur la zone Actival d’Orne, ou des entreprises comme Recyouest et Fertilis, montrent la dynamique de notre territoire.

En 2025-2026, des entreprises comme Newcold vont continuer leur développement. Il existe une véritable volonté des entreprises et des chefs d’entreprise locaux d’ancrer leur activité ici, ce qui est un véritable atout pour notre territoire.

Vous parlez d’un territoire en mutation, mais certains évoquent une baisse de la population à Argentan. Qu’en est-il réellement ?

La question de la baisse de la population est souvent mal interprétée. Nous avons observé une diminution, mais cela fait partie d’une tendance plus large qui affecte de nombreuses villes moyennes depuis 1982, à la suite du deuxième choc pétrolier. Des habitants, qui vivaient dans des immeubles, ont choisi de construire des pavillons à Sarceaux ou Sévigny, par exemple. Cela a entraîné une redistribution de la population, mais pas une diminution globale.

D’après les derniers chiffres, nous avons vu une légère progression de la population en 2022 avec un gain de 182 habitants. Les prévisions sont positives : la population d’Argentan pourrait même augmenter d’ici 2027-2028, grâce à de nouveaux projets de logements et au développement de projets privés. »

Comment répondez-vous aux critiques selon lesquelles la diminution de la population serait un indicateur de déclin pour la ville ?

Il est important de souligner que la qualité et la dynamique d’un territoire ne se mesurent pas uniquement à sa population. Nous mettons l’accent sur la qualité des services publics que nous offrons. Par exemple, nous avons renforcé notre offre de services avec l’implantation de France Service à la mairie, et les premiers retours sont très positifs.

Nous avons également lancé un portail citoyen qui facilite les démarches administratives pour les familles, et cela répond à des besoins concrets et directs.

Les prochaines élections municipales ont lieu en 2026. Êtes-vous candidat à votre succession ?

Bien que six ans puissent sembler longs, en politique, cela passe vite, surtout quand il faut mettre en place des projets et que les processus administratifs et organisationnels prennent du temps. C’est frustrant parfois, mais cela fait aussi partie du travail. Le temps long est nécessaire pour mettre en place des transformations durables.

Il y a encore beaucoup de travail à faire avant de penser aux élections municipales.



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