Les organisateurs du Challenger de Cherbourg (Manche) sont vernis. Deux ans après le passage retentissant d’un jeune Espagnol prometteur nommé Rafael Nadal, finaliste du tournoi à seulement 16 ans, ils ont vu débarquer en février 2005 un Serbe à peine plus âgé mais tout aussi talentueux : Novak Djokovic.
Alors classé 171e mondial à 17 ans, ce parfait inconnu pour le public de Chantereyne avait pour seule référence sa qualification un mois plus tôt dans le grand tableau de l’Open d’Australie… où il s’était fait corriger d’entrée par Marat Safin, n’inscrivant que trois petits jeux ! Ce sont les observateurs du tournoi cotentinois qui ont ainsi assisté à la véritable éclosion du phénomène.
Djokovic-Gasquet au 2e tour !
En proposant un jeu d’une maturité étonnante, il s’était frayé un chemin jusqu’en demi-finales en écartant tous les chouchous tricolores : Arnaud Di Pasquale, le médaillé de bronze de Sydney au 1er tour (6-2, 6-3), la pépite Richard Gasquet au 2e tour (6-2, 1-0 ab.) et le menhir breton Marc Gicquel, futur 37e mondial, en quarts de finale (2-6, 7-6 (5), 6-1). « Il joue facile, frappe bien des deux côtés. C’est un jeune en train de monter. Il est assez doué », commentera le clairvoyant Briochin après sa défaite.
Il aura finalement fallu un grand Nicolas Mahut pour le stopper in extremis aux portes de la finale au terme d’un thriller suffocant (7-5, 6-7 (5), 7-6 (5)) qu’Alain Thiébot n’oubliera jamais. « C’est un souvenir exceptionnel, un des plus beaux matches de l’histoire du tournoi », estime encore aujourd’hui l’ancien directeur qui se rappelle parfaitement, 20 ans plus tard, du soulagement qui l’avait envahi après la balle match victorieuse du Français, double vainqueur à Cherbourg (2006-2010).
J’étais tellement heureux d’avoir un Français en finale. Et puis, j’aimais bien Mahut. Djokovic, ça ne me parlait pas…
Anthony Thiébot le visionnaire
Il se souvient aussi que son fils Anthony, qui lui a succédé à la tête du tournoi, avait regretté à l’inverse l’élimination du médaillé d’or olympique de Paris. « Il m’avait dit : tu verras, il ira loin, ça aurait été bien d’avoir son nom au palmarès… Il avait très vite décelé son potentiel. »
Moi, je me souviens qu’il gagnait toujours les points importants et qu’il ne faisait aucune faute, il assurait le coup. C’est après qu’il a fait évoluer son jeu pour devenir plus offensif. Mais on voyait bien qu’il était destiné à devenir un grand champion, ça se sentait.
À l’époque, et comme nous le faisons, parfois à l’excès ou à tort, dès qu’un jeune se met à briller au Challenger de Cherbourg, nous prédisions nous aussi dans La Presse de la Manche un grand avenir à Novak Djokovic. « On dit qu’il marche sur les traces de l’Espagnol Rafael Nadal, finaliste à Cherbourg en 2003. Il en prend, en effet, le chemin. On peut penser que bientôt, il ne disputera plus les tournois du circuit Challenger », écrivions-nous dans ces colonnes.
Le chiffre à retenir
31 joueurs passés par le tournoi de Cherbourg ont ensuite accédé au Top 10 mondial : Djokovic, Nadal, Wawrinka, Ferrer, Cilic, Henman, Dimitrov, Grosjean, Tsonga, Rublev, Monfils, Gasquet, Simon, Berrettini, Khachanov… Le Britannique Jack Draper (12e), venu en 2022, pourrait bientôt les imiter.
Sur ce coup, difficile de tirer quelconque gloriole à cette prophétie qui, admettons-le, relevait de l’évidence.
Après Cherbourg, Novak Djokovic ne s’alignera plus que sur deux tournois de la 2e division mondiale avant de s’installer définitivement sur le circuit principal, décrochant l’année suivante le premier de ses 99 titres ATP et trois ans après le premier de ses 24 titres du Grand Chelem, record absolu.
« Avec du recul, c’est énorme de se dire qu’il est venu ici au début de sa carrière, reprend Alain Thiébot. Quand on repense aux matches de Nadal, Djokovic, Tsonga, Monfils, Wawrinka… Ce sont des moments gravés à tout jamais dans ma mémoire ! »
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