En juin 2022, un premier signalement est parvenu à la gendarmerie du secteur de Fontenay-Trésigny (Seine-et-Marne) au sujet d’un homme tenant des propos obscènes sur Facebook à destination d’une fillette de douze ans et demi. Les militaires ont procédé à quelques recherches et ont rapidement identifié David. Ils l’ont convoqué et interrogé. Il a nié et s’est retranché derrière le piratage de son profil, intervenu selon lui un an plus tôt.
Tombé dans le piège de faux profils
Une année s’est écoulée sans que David ne fasse parler de lui.
Puis son nom est réapparu à l’occasion d’une surveillance établie par une association de lutte contre la pédopornographie. Sans trop chercher à se dissimuler derrière un pseudo, il a d’abord échangé avec Manon puis avec Léa et Lou, toutes les trois supposées être âgées de 11 à 13 ans.
Pendant plusieurs mois, sans se douter de la manœuvre, il s’est adressé en fait à trois faux profils masquant des adultes.
Il a commencé à communiquer en cherchant à instaurer la confiance. Il a donné des précisions sur sa personne, indiqué son âge, mentionné son emploi dans une fromagerie, envoyé une copie de sa carte d’identité suivie d’une vidéo de son intérieur.
Après s’être soi-disant intéressé à leurs passe-temps, avoir partagé des banalités, il leur a transmis des clichés d’animaux. Puis très vite, il a changé de contenu, préférant celui à caractère sexuel accompagné de propos très imagés. Aux selfies ont succédé des photos pornographiques, d’autres de lui dénudé, parfois même en train de se masturber. Sa prose n’avait rien d’un chef-d’œuvre et les termes employés étaient crus : « Petite chienne ! Petite salope ! Je te ferai bien l’amour… ». Il n’a pas obtenu l’attention espérée mais a insisté lourdement.
Des agissements à visage découvert
Les gendarmes, déjà en possession de l’identité de David, ont déclenché des investigations. Cette fois encore, son adresse IP l’a trahi. Ils ont contacté son fournisseur d’accès internet, vérifié son compte Facebook, découvert son adhésion à un groupe dénommé « Garçons et filles de 13 à 18 ans » et récupéré la preuve de ses échanges.
Fin août 2024, ils ont interpellé David après l’avoir géolocalisé et l’ont placé en garde à vue. Ils ont aussi exploité son téléphone et y ont trouvé des photos. Certaines très personnelles et correspondant à toutes celles transmises aux supposées fillettes, d’autres plus pédophiles reçues de pourvoyeurs inconnus. Les premiers clichés ont été présentés à sa fille qui a reconnu son père, l’intérieur de son logement et a confirmé son profil utilisé sur certains sites. Elle a aussi précisé n’avoir jamais été informée d’un quelconque piratage. David est ressorti libre mais sous contrôle judiciaire en attendant d’être jugé.
Prétendument victime de piratage et de malveillance
Au cours de l’audience, jeudi 30 janvier, David a contesté la plupart des accusations portées contre lui. Il a maintenu la ligne de défense adoptée pendant les 48 heures de retenue en gendarmerie, invoquant une nouvelle fois le piratage y compris de son portable, la volonté probable d’un tiers désireux de lui nuire – peut-être une certaine Fernande, une voisine – l’ignorance concernant les photos répréhensibles dont il n’a pu nier la détention. Sa méthode n’a pas paru convaincre les magistrats.
Après ses affirmations, le président s’est étonné de « l’absence de plainte pour usurpation d’identité » depuis juin 2022 et du stockage de photos illégales. Une forme de réprobation qui n’a pas déstabilisé David. Quand il lui a demandé : « Comment expliquez-vous que de telles photos vous soient transmises ? », le prévenu s’est contenté de répondre : « Je ne sais pas, mais ça m’a choqué ! ». Le juge a repris la balle au bond : « Pas assez toutefois pour les supprimer ou déposer plainte ! ».
« C’est un pédocriminel »
La procureure de la République s’est engouffrée dans les failles ouvertes par David : « Monsieur est une énigme pour moi ! Malgré les nombreux faits concordants permettant d’établir sa responsabilité, il continue à nier ! Il n’y a rien à tirer de ses déclarations. Il risque pourtant sept ans d’emprisonnement ». Avant de se prononcer sur une peine, elle a donné sa vision du prévenu.
Elle a d’abord qualifié de « prédateur » et de « pédophile » son comportement sur Facebook, « d’ignobles et inacceptables » ses propos et ses photos. Puis, elle a ajouté : « on a face à nous un mur. C’est un pédocriminel qui ne fait preuve d’aucune remise en cause. Il est inquiétant. Le risque de récidive avec passage à l’acte existe ». Ses réquisitions destinées à protéger la société, fortement inspirées de sévérité, ont fait état de deux ans de prison avec enfermement immédiat et d’une série de mesures contraignantes.
Invité à s’exprimer en dernier comme le prévoit le Code de procédure pénale, David a d’abord fait amende honorable en amorçant une sorte d’aveu. « Je suis désolé mais je n’aurais jamais fait de mal à quelqu’un ! ».
David a écopé de 18 mois de prison avec mandat de dépôt différé. Il devra se conformer à un suivi socio-judiciaire de cinq ans et sera passible de trois ans d’incarcération supplémentaire en cas de refus. Une fois libéré, il devra respecter deux interdictions : celle d’exercer une activité au contact de mineurs pendant dix ans et celle d’utiliser un compte d’accès aux réseaux sociaux pendant six mois. Son nom sera inscrit au fichier des délinquants sexuels.
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