« À la base, je rentrais du sport. J’allais regarder Hanouna et dormir. » Les projets de Jonathan ont pris une tout autre tournure à compter du samedi 15 mars 2025, 20 h 40. C’est à cet instant précis que tout a dérapé. Et pas qu’un peu.
Au volant de son Audi TT, l’homme de 27 ans vient de quitter sa salle de sport. Il porte encore son t-shirt vert pétard. La nuit vient de tomber sur Rambouillet (Yvelines). La tête ailleurs, il a oublié d’allumer ses phares. Des policiers le voient et décident de le contrôler.
Un éclairage arrière en panne, des plaques non conformes, un pneu aussi lisse que la peau d’un bébé et un contrôle technique en retard de deux mois… Les agents décident d’envoyer la voiture à la fourrière. Ils rédigent la fiche d’immobilisation.
Jonathan plaide sa cause. Il subirait un problème d’usurpation d’identité. Et cela l’empêcherait de profiter de son argent pour faire les réparations. Peu importe. Pour les policiers, la voiture représente un danger.
« Vous me contrôlez car je suis juif »
Dès lors, cet agent immobilier va rentrer dans une colère aussi noire que folle. Il s’énerve, hurle, insulte les fonctionnaires, refuse de sortir de l’habitacle. « Vous ne servez à rien ! C’est un acharnement contre moi. Vous me contrôlez car je suis juif. Tout était préparé à l’avance ! Dieu vous le rendra ! »
La garde à vue, le passage à l’hôpital puis devant le juge des libertés et de la détention… Tout va être du même tonneau, un assemblage plutôt aigre d’injures et de menaces de mort, pimenté de violences.
« Je ne voulais pas venir »
Fébrile, Jonathan tient une feuille entre ses mains lorsqu’il est présenté à ses juges, trois jours plus tard. C’est un texte qu’il dit avoir rédigé avec son cœur. Non sans une petite improvisation en guise d’introduction.
« Je ne voulais pas venir à l’audience, mais on m’a forcé. Mais maintenant que je suis là… Je me lance. Je ne suis qu’un virus dans cette société. Merci de m’avoir détruit… »
La juge le coupe directement. « Ici, ce n’est pas une tribune. Nous ne parlerons que des faits. »
Jonathan livre sa vision des événements. « Il n’y avait aucune infraction. On est samedi soir. En France, il y a des coups de couteau partout. Et on me contrôle après la salle de sport ? »
Le tribunal rappelle les infractions, du pneu lisse au contrôle technique. « Mais j’ai pas d’argent ! Et on me met mon Audi en fourrière. Ils avaient tout prévu. Ils voulaient faire leur coup d’éclat. Ils savaient que ça allait dégénérer. »
« Même le chat a miaulé toute la nuit »
L’homme pointe ensuite ses conditions de vie au commissariat, comme s’il allait mettre une étoile sur Google. « On demande à manger et ça vient toujours plus tard… Même le chat a miaulé toute la nuit devant ma porte… »
Devant les juges, il interpelle le Très-Haut. « Ce contrôle… On se demande pourquoi le Bon Dieu voulait ça. » Et la présidente de rétorquer, non sans rappeler que le tribunal était une enceinte laïque. « Ce n’est pas le Bon Dieu qui a oublié d’allumer vos phares. »
Et les menaces de mort ? « Je n’ai pas voulu dire ça… Je ne veux faire de mal à personne. J’ai réagi sous l’émotion. Et ce n’est pas l’affaire de l’année. » Le tribunal le coupe : « C’est à nous d’en juger. »
« Nous les Jonathan… »
Interrogé sur sa personnalité, le prévenu se livre un peu. En commençant par avouer qu’il a un mois de retard pour la prise du traitement qui régule son humeur.
« Vous savez, nous les Jonathan, nous avons de l’affect, de l’émotion, de la sensibilité. J’ai vécu des choses difficiles lors de la séparation de mes parents. Au foot, j’étais bon alors on me volait mon argent… »
Victimisé, un peu complotiste, et déjà condamné neuf fois pour des violences, des outrages et autres dégradations.
Le tribunal a finalement prononcé une peine de 18 mois de prison, avec 6 mois de sursis. Pour les 12 mois ferme, un aménagement pourra être organisé. Jonathan fond en larmes. Reconnaissant. « Merci… Merci ! Je me souviendrai toute ma vie de votre visage ! »
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