Le jeudi 23 janvier à Fougères (Ille-et-Vilaine), dans sa bijouterie fermée, Stéphanie Genouel a passé de longues minutes en tête en tête avec un braqueur armé. Un voleur plein d’assurance, visiblement à l’aise dans l’exercice. Devant lui, la commerçante n’a pas perdu contenance, en suivant les consignes du voleur sans paniquer. Stéphanie Genouel a dû aussi veiller sur son employée, arrivée dans la boutique pour débuter sa journée de travail quelques minutes plus tard, et qui s’est retrouvée elle aussi en quelques secondes au cœur d’un braquage. Trois jours après le vol, Stéphanie Genouel a accepté de s’exprimer.
Elle décrit ce qui lui semble être la meilleure conduite à tenir dans ce genre de situation. Tout en comprenant que chacun puisse réagir selon sa propre personnalité.
« Il veut ça, je le lui donne, et voilà »
« Nous parlons souvent de ce sujet avec les collègues lors de réunions annuelles. On évoque systématiquement le sujet, d’autant que certains se sont déjà fait braquer. Consciemment ou inconsciemment, d’une certaine manière, je m’y étais préparée. »
« Je dis à mes collègues commerçants : s’il vous arrive quoi que ce soit de ce genre, vous coopérez, point final. On se rend compte très vite de ce que veut le braqueur. C’est comme ça que j’ai réagi, en me disant : il veut ça, je le lui donne, et voilà.
Il ne faut pas chercher à se défendre, ni chercher à feinter. Des collègues du Nord qui ont connu ça me l’ont dit : les braqueurs ont leur plan en tête. S’il y a un grain de sable, s’il se passe quelque chose qu’ils n’ont pas prévu pendant le braquage, là ça peut dégénérer.
« Dans mon malheur j’ai eu de la chance : cela s’est fait sans violence. On ne m’a pas mis une arme sur la tempe, on ne m’a pas tiré les cheveux comme ça a pu arriver à d’autres. »
« J’invite mes collègues commerçants ou chefs d’entreprise à anticiper ce genre de problème. Nous devons en parler à notre personnel, quel que soit notre métier. Ne pas leur faire peur, mais leur dire que cela peut arriver, surtout dans certaines activités comme la bijouterie. On peut avoir face à nous des voleurs qui eux aussi peuvent paniquer si ça ne se passe pas comme ils l’ont préparé. »
« Ce n’est pas de l’héroïsme »
« C’est peut-être facile à dire, mais dans ce genre de circonstances, il ne fallait pas que je panique. C’est la responsabilité d’un chef d’entreprise. Même chose s’il y avait eu des clients dans la boutique au moment du braquage. J’aurais dit au braqueur : c’est moi la responsable, c’est à moi qu’il faut s’en prendre. Ce n’est pas de l’orgueil, ce n’est pas de l’héroïsme. C’est un comportement humain. On doit protéger ses collaborateurs et ses clients. »
« J’ai un autre message à faire passer à l’ensemble de la population, et notamment aux jeunes. On vit quand même une drôle de période, où un jeune de 14 ans peut se faire tuer parce qu’il refuse de donner son portable, à la sortie d’un entraînement, au stade. Ce n’est pas le monde des Bisounours. Je dis aux gens : n’insistez pas, ce n’est que du matériel, ça ne mérite pas qu’on mette sa vie en l’air pour ça. »
« Ce qui m’est arrivé à moi, ce n’est rien »
On vit dans un monde où on peut se faire tuer en allant à un concert, comme au Bataclan. Un monde où on peut passer deux ans comme otage après avoir été enlevé en allant écouter de la musique, comme en Israël. Ce qui m’est arrivé à moi, à côté de ça, ce n’est rien. Mais je ne dis pas qu’il faut s’en moquer.
« Il faut aussi avoir conscience que ça n’arrive pas qu’aux autres, que ça arrive même à Fougères, et qu’il faut toujours observer ce qui se passe autour de soi… »
« J’ai choisi de reprendre mon activité sans m’arrêter. J’ai reçu beaucoup de témoignages de soutien, des coups de fil de la part de collègues commerçants, de clients, de la mairie, du maire… Dès cette semaine, avec la Guilde des orfèvres, nous allons retrouver toute notre marchandise. J’ai la chance d’appartenir à un groupe de bijoutiers, qui m’a aidé depuis jeudi. Pour gérer la situation avec les assurances, pour tenir psychologiquement, et pour repartir ».
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