Home Sports il est tellement sous-coté, il aurait mérité des sélections en Bleu »

il est tellement sous-coté, il aurait mérité des sélections en Bleu »

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Place au 3e opus de notre série « Mémoires de Pro D2 ». L’un des monstres de ce championnat, c’est Jérôme Bosviel. L’ouvreur ou arrière (35 ans en avril), proche des 300 matchs, n’est autre que le meilleur réalisateur de l’histoire de la division : excusez du peu. Le joueur de Montauban s’est posé une bonne demi-heure pour ouvrir la boîte à souvenirs auprès d’Actu Rugby. Un puits à anecdotes aussi savoureuses les unes que les autres. Un très bon moment. 

Votre meilleur souvenir en Pro D2 ?

« C’est tellement dur de n’en sélectionner qu’un seul. J’ai envie de mettre en avant la pénalité avec Périgueux contre Massy qui nous permet de monter en Pro D2 (en 2011). Après, il y a le titre de champion avec Lyon en 2014. J’évoluais aux côtés de Chabal, Nallet, Léguizamon, Dumora, Januarie… Vous imaginez ? Et puis, avec Montauban, il y a cette finale disputée en 2017 à Chaban-Delmas dans un stade plein. On n’a pas accédé au Top 14, mais de vivre une telle expérience, sachant qu’on jouait le maintien, c’était une forme d’apothéose. Bon, on prend 40 points en finale (41-20 contre Agen, NDLR)… »

Ne vaut-il mieux pas perdre ainsi que d’un point afin d’atténuer les regrets ?

« Sur la finale, nous n’étions pas invités. Et ce, dès la première action. Nous avions dit toute la semaine qu’il fallait faire gaffe à Clément Darbo, et au bout de 2 minutes, il fait une valise et marque. Inconsciemment, nous nous sommes peut-être dit que nous avions vécu une saison formidable, et nous avons joué relâchés. Au final, je ne sais pas s’il y a des regrets, car en début de saison, jamais nous n’avions envisagé de disputer la phase finale, voire la montée. Par contre, l’année d’après, là il y a de la déception, avec une défaite en demi-finale contre Grenoble à domicile (15-22, NDLR). Oh fait, j’ai oublié un souvenir…

Oui, dites-nous…

« J’en suis assez fier de ça : en 2018, j’ai fait partie des Baby Barbarians. Une sélection uniquement composée de joueurs de Pro D2, avec comme entraîneurs Christophe Laussucq et David Auradou. Nous sommes partis jouer en Géorgie. Il y avait Maxime Mathy, Kylan Hamdaoui, Maxime Lucu, Enzo Forletta, Peyo Muscarditz… Nous avions perdu d’un point, et je loupe la transformation de la gagne. J’ai le maillot et la cravate à la maison. Nous avons passé 5 jours ensemble, mais c’est comme si nous avions vécu toute une saison. Nous avons créé des liens monstrueux, passé des moments formidables qui resteront gravés. Nous ne nous étions jamais couchés avant 20h, ça c’est sûr… (rires)

C’est sous le maillot que Périgueux que Jérôme Bosviel a fait ses premiers pas en Pro D2 en 2011. (©Icon Sport)

Votre pire souvenir en Pro D2 ?

« Il y a ces années où il a fallu batailler pour le maintien. Que ce soit à Bourgoin, Montauban… Heureusement, ça ne s’est pas mal fini. Avec Périgueux, on ne fait qu’une saison, mais à cette époque, c’était très dur de se maintenir pour un promu. Cette saison, on l’avait plutôt vu comme une chance inouïe de pouvoir jouer à ce niveau. L’an dernier, nous avons frôlé le pire avec Montauban. Cela se joue à 1 point contre Narbonne (barrage access), et si nous perdons, il n’y a rien à dire. Enfin, la blessure fait partie des mauvais souvenirs : à Bourgoin, j’ai mis 5 mois avant de revenir d’une rupture partielle du ligament droit antérieur. C’est compliqué car tu regardes les copains, tu ne peux quasiment pas les aider alors qu’ils luttent pour le maintien ».

Le joueur le plus fort de Pro D2 côtoyé ou affronté ?

« Le premier, c’est Julien Dumora. J’ai eu la chance de jouer avec lui à Lyon. Il joue encore à bientôt 37 ans, sa longévité est monstrueuse. C’est l’un des joueurs les plus sous-cotés, il aurait mérité pour moi d’avoir quelques sélections en Bleus. Ce mec est un mordu de travail, il ne doit rien à la chance, il est allé tout se chercher. Je le bade. 

Parmi les adversaires, je cite Lifemi Mafi, le centre du Munster qui a joué à Perpignan. Aussi bien en défense qu’en attaque, il avait des skills de malade. Il est resté à l’Usap en Pro D2, mais il était clairement au-dessus du lot. En 2018, j’ai été nommé à ses côtés pour le trophée de meilleur joueur de Pro D2 : j’étais honoré mais je savais que je n’avais aucune chance face à lui. Balle en mains, et aux plaquages, c’était un monstre ».

Le match disputé sous les pires conditions climatiques ?

« Je me souviens d’un match avec Périgueux à Narbonne en février 2012. Nous jouions tous les deux le maintien, et il fallait à tout prix jouer, sachant que 5 ou 6 matchs avaient été reportés. Au coup d’envoi, un samedi à 18h30, le terrain est gelé, il faisait -2° avec un ressenti de -10 grâce au vent, c’était horrible. Mais on avait joué…

Je me rappelle aussi d’un match à Bayonne avec Montauban en 2018 ou 2019. J’étais remplaçant, il pleuvait des cordes, c’était affreux. La pelouse n’était pas hybride comme aujourd’hui, tu avais des flaques partout, et c’est la première fois de ma vie que j’ai vu les joueurs à la pause mettre leurs maillots sur le chauffage tellement ils étaient trempés. En début de seconde mi-temps, on m’a fait rentrer sur un saignement, je n’étais pas prêt du tout : j’étais gelé, c’était un cauchemar. Le ballon rebondissait à peine pour les renvois ». 

Avec Lyon, Jérôme Bosviel, qui a côtoyé Chabal ou Nallet, a été champion de France de Pro D2.
Avec Lyon, Jérôme Bosviel, qui a côtoyé Chabal ou Nallet, a été champion de France de Pro D2. (©Icon Sport)

Votre meilleure anecdote d’un avant-match ou d’un après-match ?

« J’en ai une pas mal dernièrement avec Sébastien Tillous-Borde (manager de Montauban, NDLR). Lors d’un discours d’avant-match, nous sommes en cercle autour de lui, et il a envie de nous piquer. Et là, d’un coup, il met une claque sur le torse de Simon Renda. Il était en tee-shirt, et quand il l’a enlevé pour se préparer, il avait encore la trace de la main sur lui. C’est resté un moment, on s’est bien moqué de lui, et nous avons mis ensuite quelques pièces à Sébastien. Simon, lui, il a rigolé sur le coup mais il ne pensait vraiment pas qu’il avait autant marqué. Stéphane Ahmed a la photo : on voit clairement les 5 doigts. 

Après, à Bourgoin, dans l’ancien Pierre-Rajon, les vestiaires des deux équipes étaient collés et les murs pas bien épais. Tu avais les coachs qui collaient l’oreille contre le mur pour entendre le discours de l’adversaire et ainsi nous préparer le débrief d’avant-match. C’était assez marrant. Mais j’en ai tellement à pouvoir raconter… »

Une autre ?

« Après une victoire contre Oyonnax avec Montauban, nous apprenons que nous jouons finalement notre demi-finale à domicile contre Mont-de-Marsan. Ce n’était pas prévu. Nous faisons une bonne bringue, nous portions tous la chemise du club, et JJ Engelbrecht, en fin de soirée, s’est amusé à déchirer les chemises de tout le monde. Le club, le lundi, a été obligé de recommander une vingtaine de chemises car plus personne n’en avait avant la demi-finale ».

Le pire trajet en bus ?

« C’était avec Bourgoin. Durant la présaison, on part en stage à… La Rochelle. En bus, faut y aller. On part le matin tôt vers 6h30, nous arrivons vers Saint-Etienne, et nous apprenons en fait que nous n’avons pas pris le bon bus. Nous nous arrêtons pour attendre le bon bus qui était affrété pour nous. On le prend, on roule un moment et paf, il tombe en panne. Il a fallu attendre un 3e bus pour finir le trajet. Nous sommes arrivés vers presque 23h. Affreux ».

Le plus beau stade ou plus belle ambiance de Pro D2 ?

« Déjà, nous sommes bien lotis à Montauban. Il y a ici un public de connaisseurs, nous sommes suivis partout, les Ultras quoiqu’ils arrivent posent des jours pour nous encourager. C’est top. Sinon, j’aime les terrains hostiles comme Perpignan ou Béziers. Les sifflets, c’est le jeu. Et leurs ambiances, c’est quelque chose, c’est fort. Vannes a un public fantastique aussi : ce qui m’a choqué là-bas, c’est leur respect. C’est limite presque plus stressant pour un buteur de n’avoir pas de bruit que d’être sifflé ».  

Grâce à un Jérôme Bosviel très précis au pied, Montauban sauve d'un souffle sa place en Pro D2
Buteur hors pair, Jérôme Bosviel espère un jour franchir la barre des 3000 points inscrits en Pro D2. (©Icon Sport)

Le joueur qui symbolise le mieux la Pro D2 ?

« Francisco Fernandez et Yann Brethous. Ce sont des types qui ont plus de 300 matchs de Pro D2, mais surtout avec le même club. Brethous a fait toute sa carrière à Mont-de-Marsan, c’est fabuleux. Chico, il a fait tous ses matchs de Pro D2 avec Béziers, lui qui arrivait de Tyrosse en Fédérale 1. Rarement blessé, et c’est le deuxième joueur à compter le plus de matchs de Pro D2 derrière l’immense Joel Koffi (329). Cela en impose ».

L’ancien coéquipier avec qui vous aimeriez bien rejouer un match ? 

« Jérémie Chaput et Pierre Klur que j’ai connus à Montauban. Jérémie, c’est un ami, je le vois assez souvent vu qu’il est dans le coin. Pierre, il m’arrive de l’avoir pendant 2h au téléphone et on se repasse en revue un tas d’anecdotes incroyables. Le rugby t’offre plein de copains, mais de vrais amis, qui deviennent ta famille, c’est plus rare. Jérémie et Pierre, ça en fait partie. Il y a aussi Maxime Mathy : il peut m’appeler jour et nuit s’il a un souci, j’irai lui filer un coup de main, même s’il est à 3 ou 4h de route ». 

289 matchs de Pro D2, cela représente quoi à vos yeux ?

« Au collège, on te demandait ce que tu voudrais faire plus tard : j’ai toujours écrit rugbyman professionnel. J’ai réussi grâce à un coup de pied à être rugbyman pro, mais jamais je n’aurais pensé faire autant de matchs. J’ai eu de la chance de porter les couleurs de clubs historiques, et avec du recul, autant de rencontres de Pro D2, je ressens de la fierté. Ma famille a toujours cru en moi, dans n’importe quel moment. Je suis fier d’eux aussi : ma femme a consenti beaucoup de concessions au niveau du travail, elle fait moins d’heures pour gérer nos 3 filles. Je leur dois de montrer une belle image ».

Plus de 3000 points en Pro D2 ?

Jérôme Bosviel est le meilleur de l’histoire de la Pro D2 (2834 points), ayant largement battu la marque de Maxime Petitjean (2465). En fin de contrat en juin 2026, l’ouvreur ou arrière de Montauban se verrait bien franchir la barre des 3000 points inscrits avant de raccrocher : « J’ai ce titre honorifique, je le prends, mais je le dois beaucoup au fait que je n’ai toujours joué qu’en Pro D2. Je suis content de ma longévité, mais des mecs comme Jaminet ou Lucu, s’ils n’avaient fait que de la Pro D2, ils auraient pu faire mieux que moi. 3000 points ? Ce serait beau ».



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