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Frédéric Lafforgue. Son parti : Castelnau-le-Lez

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Après 7 ans et demi à la tête de la deuxième ville de la Métropole de Montpellier et la sixième du département de l’Hérault, en termes de population, Frédéric Lafforgue a traversé les polémiques politiciennes en conservant le cap fixé. Attractivité, sécurité, équilibre entre urbanisation et préservation d’espaces naturels, il entend défendre un bilan particulièrement actif, axé sur le vivre ensemble et le pragmatisme de l’action publique. Avant de se déclarer ou non pour un mandat supplémentaire. À travers le jeu des questions et réponses, portrait d’un élu et d’une ville, Castelnau-le-Lez, qui n’ont pas encore dit leur dernier mot.

Vous déclariez récemment avoir réalisé l’équivalent de deux mandats en un ?

Frédéric Lafforgue : Je vais commencer par un aspect comptable : nous avons effectué 68 millions d’euros d’investissement. Avec des équipements majeurs : le groupe scolaire Jacques Chirac, l’extension du Palais des Sports, la construction d’une crèche, l’ouverture de deux parcs par an, l’intégration des cantines scolaires dans les écoles que nous sommes en train de réaliser. Sur le budget du CCAS, la création d’un Ehpad et le projet d’une structure d’accueil et d’hébergement d’urgence pour les femmes victimes de violences intra-familiales.Nous investissons tous les ans deux millions d’euros dans des projets de voirie. Quand on fait le bilan, on a réalisé plus de 90% du programme que nous avions et nous réalisons également beaucoup de projets qui n’étaient pas compris dans la feuille de route initiale. Tout cela avec un mandat qui a été tronqué au début par la période Covid.

Pourquoi cette multitude de projets ?

Pour répondre aux enjeux posés par l’évolution de la population à Castelnau. En 7 ans, la ville a accueilli 7 000 nouveaux habitants, ce qui est l’équivalent quasiment de la ville voisine du Crès. Mon prédécesseur avait déjà équipé la ville, notamment en écoles, mais il a fallu continuer pour offrir des services publics de qualité à tous les Castelnauviens. Pour mailler intelligemment ces différents quartiers, nous avons créé les Maisons de Proximité dans chacun d’eux, pour créer du lien social et apporter des services aux habitants au plus près de chez eux. Nous avons également créé des parcs pour que la ville puisse respirer.

En parlant de démographie, la ville est passée de 18 000 à 25 000 habitants depuis votre arrivée à la tête de la mairie. Vous estimez cependant que Castelnau est arrivé aux limites de cette évolution ?

Comme je l’ai déjà indiqué, notre ville a fait sa part et je le dis souvent en riant, je laisse mes
collègues maires et voisins faire la leur dorénavant J’ai mis un STOP à l’urbanisme de la ville. Nous devons veiller à ne pas déséquilibrer notre territoire. C’est pourquoi nous avons fait des choix forts, comme la préservation de 125 hectares de terres agricoles au Sud de la commune. Nous voulons garantir un développement harmonieux et adapté aux réalités environnementales, tout en maintenant un cadre de vie agréable pour les habitants.

Quand j’ai pris mes fonctions en 2017, il faut se rappeler que tout le Sud de Castelnau était à urbaniser. L’aménageur de la Métropole, la SERM, prévoyait dans ses études des bâtiments tout le long du boulevard Philippe Lamour. Aujourd’hui, on sanctuarise 125 hectares de terres agricoles à cet endroit. Quant aux autres zones, cela va devenir difficile de construire.

Sur la carte de prévention des risques éditées par la Préfecture, il y a du rouge quasiment partout, que cela soit pour des risques d’inondation (PPRI), de ruissellements (PPRR), ou les risques incendie (PPRIF). Une fois la ZAC Eurêka terminée, on arrivera au terme de l’urbanisation à Castelnau-le-Lez.

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Et pourtant, vous avez toujours cette volonté d’’être une ville attractive pour les entreprises ?

C’est une ville de talents du numérique et de l’innovation. Nous avons misé sur ces deux sujets et on peut dire que c’est un pari gagnant. Regardez par exemple Predict services qui vient s’ajouter à la longue liste de pépites du numérique implantées chez nous. Nous avons aussi réussi à maintenir les studios d’Ubisoft chez nous ou encore les bureaux du géant de l’informatique CGI. Ce n’était pas gagné. La première fois que j’ai rencontré les dirigeants d’Ubisoft, avec mon premier adjoint Gérard Sigaud, ils allaient partir pour Bordeaux. Pareil pour CGI, ils prévoyaient aussi de quitter la métropole de Montpellier. Nous les avons gardés sur notre territoire grâce à la formation.

C’est pour cela que nous avons accueilli l’école de Microsoft sur l’Intelligence Artificielle. À la rentrée 2026, le Pôle Vinci s’implantera en face du lycée Georges Pompidou et accueillera, à terme, 700 étudiants. Eux aussi, ce qui les intéressent c’est d’être en lien avec l’écosystème présent. Toutes les pépites du numérique restent à condition que nous créions un vivier de talents.

Et notre attractivité se démontre encore aujourd’hui avec l’implantation de Synox, Imaios, Sharvy, Vaonis, Libriciel, ou encore l’Allemand Cykero, qui a récemment préféré Castelnau à Toulouse.

Avec un écoquartier mixte qui s’est développé autour de ces créations d’emplois…

Eurêka s’est en effet développé avec une programmation qui prévoit 1 800 logements et une forte activité des commerces de proximité, à l’image des Halles du Verger. On a su faire évoluer le projet initial qui prévoyait de faire de ce quartier un gérontopôle, avec des entreprises de la silver économie, mais sans logement. On a aujourd’hui un bassin de 12 000 emplois, dont la plupart sont des métiers de pointe, du numérique, des métiers de demain. Cela nous permet d’être aujourd’hui la quatrième ville d’Occitanie en termes de création d’emplois, ce qui prouve notre dynamisme économique.

Vous parlez d’offres de formation, de création d’emplois et paradoxalement d’un stop à l’urbanisation. Ces personnes qui viennent se former ou travailler sur votre territoire, il faut bien les loger ?

Oui et c’est pourquoi nous avons eu ce défi à relever en proposant de l’innovation dans le parcours logement. Nous devons proposer des logements de tous types pour des populations aussi diverses que les étudiants, les familles dont beaucoup sont monoparentales, des salariés d’entreprise d’Eurêka, des seniors,… Cette innovation passe par de nouvelles façons de concevoir le logement. Nous sommes la première commune de la métropole à avoir proposé le Bail Réel Solidaire. Nous posons la première pierre le 1 er avril du premier béguinage dans l’école des Chênes, qui proposera des logements sociaux pour les seniors. Cet été ce sera au tour de la résidence pour seniors en lieu et place de l’ancien Ehpad. Sans oublier la solution Neoz proposée par Linkcity, ou encore le projet mené par Altemed et Aéko qui prévoit de faire des logements à destination des salariés des entreprises castelnauviennes, loués 11 euros le mètre carré. A Eurêka, nous sommes le laboratoire du logement de la Métropole.

Si la ville atteint ses limites en termes d’urbanisation, ce n’est pas le cas des mobilités. Vous avez été d’ailleurs plus que proactif pour la venue du bustram…

Mon choix a payé : à la fin du mandat, nous serons la seule ville hors Montpellier à bénéficier d’une ligne de Bustram. Tous les sujets que l’on vient d’évoquer ne peuvent être pensés sans une stratégie des mobilités douces. Nous avons triplé le réseau des pistes cyclables à Castelnau-le- Lez en moins de 7 ans. À Sablassou, nous accueillerons la halte TER prévue dans le cadre du Service express régional métropolitain (SERM). Sans oublier le tramway qui a changé le visage de Castelnau-le-Lez depuis sa mise en service en décembre 2006. L’accessibilité et l’intermodalité sont essentielles pour garantir un cadre de vie agréable et réduire la congestion routière.

Justement, l’urbanisation de la 113 suscite des interrogations autour de cette densification importante dans ce secteur. Comment répondez-vous à ces préoccupations ?

Je profite que vous utilisez la dénomination de 113 plutôt que celle d’avenue de l’Europe pour répondre avec un peu d’histoire. Car avant 2003 et la décision de faire venir le tramway à Castelnau, cette zone était une route nationale de sortie de ville, où étaient installés des garages et quelques enseignes commerciales. C’était une route qui était très accidentogène dès qu’il pleuvait. En 2003 tout a changé : l’urbanisation de cette avenue a été rendue obligatoire par la Déclaration d’utilité publique de la ligne 2 du tram. Nous n’avions pas le choix. Le président de l’Agglo’ prévoyait de construire des immeubles de 7 étages sur cette avenue, comme c’est le cas à Port-Marianne. Le maire de Castelnau, Jean-Pierre Grand, a négocié pour que les immeubles ne dépassent pas 3 étages.

J’entends dire aujourd’hui qu’il aurait fallu faire une ZAC. Très bien, mais regardez Eurêka, le temps que cela a pris. Cette zone a été pensé en 2003 et les priorités n’étaient pas les mêmes. Si on faisait cet aménagement aujourd’hui, le tramway ne serait pas au centre de l’avenue de l’Europe, on aurait aménagé des pistes cyclables, on aurait fait les choses différemment. On ne peut pas refaire l’histoire.

En revanche, on peut rectifier certaines choses, d’où l’étude urbaine que nous avons menée au début de mon mandat, votée à l’unanimité en conseil municipal, afin de savoir où on en était. On a par exemple amélioré les transversalités pour désengorger l’axe.

L’avenir du site actuel de la clinique suscite aussi des interrogations. Que prévoyez vous ?

Ce projet répond à un enjeu de santé publique et d’accessibilité. Les dirigeants de la clinique du Parc avaient besoin d’espace pour un projet d’extension du bâtiment actuel pour se moderniser et répondre aux exigences de la médecine de demain. Son emplacement actuel ne permettait pas cette évolution. J’ai donc proposé un déménagement à Sablassou qui est le site idéal : il bénéficie du tramway, du futur Bustram et d’une gare TER qui mettra Nîmes et Béziers à 25 minutes. C’est un choix réfléchi et validé par l’Agence Régionale de Santé.

Contrairement aux allégations de certains opposants, le site concerné n’est pas une zone agricole active. En parallèle, nous sanctuarisons 125 hectares pour un projet agricole structurant. La clinique du Parc doit rester à Castelnau mais c’est impossible ailleurs qu’à Sablassou : à Eurêka, nous n’avons pas les 4 hectares nécessaires, à côté du lycée Pompidou, il y a une contrainte environnementale liée aux risques incendie. Sans compter que le tram n’est que sur une voie à cet endroit-là avec une cadence d’un tramway tous les 8 à 10 minutes. La clinique du Parc c’est 1 000 employés et 45 000 visiteurs à l’année ! Je vous laisse imaginer comment les tramways seront saturés si on déménage le bâtiment à côté du lycée.

L’avenir du site actuel de la clinique suscite aussi des interrogations. Que prévoyez-vous ?

Que le devenir de ce site suscite des interrogations, je le conçois; ce que je ne tolère pas par contre, ce sont les mensonges que colportent certains élus d’opposition notamment sur ce sujet. 

La vérité est que nous allons préserver une grande partie du bâtiment et déconstruire une autre partie pour la réhabiliter pour créer 180 logements. Il n’y aura pas de tours de 12 étages comme certains l’affirment à tort. Enfin, nous conserverons des places de parking nécessaires pour les résidents Nous allons donc améliorer l’intégration paysagère du site en reconquérant les berges du Lez, dans la continuité des parcs Monplaisir et Vincent-Sablé et en grignotant sur le parking de la clinique actuelle au moins à plus de la moitié de l’actuel.

Tout cela montre encore une fois l’instrumentalisation politique qui est faite à partir d’allégations mensongères par certains opposants. J’y vois là des manœuvres politiciennes pour manipuler l’opinion publique, au détriment des véritables enjeux de ce site, qui est l’un des joyaux de notre ville.

Vous évoquez la préservation des 125 hectares de terres agricoles préservées à Sablassou. Qu’est-ce qui est prévu ?

J’ai demandé un classement en PENAP (NDLR : le Périmètre de protection des espaces agricoles et naturels périurbains est un dispositif qui permet de sanctuariser un espace naturel). Ce qui veut dire qu’on ne pourra plus rien bâtir dans ce périmètre, même pas une piscine ou une véranda. Pour ce qui est du projet, nous avons commencé à y réfléchir, car il faudra attirer des agriculteurs sur cette partie du territoire.

Je ne peux pas encore vous en dire plus, mais l’ambition est de faire de ce secteur de Sablassou, l’un des greniers de la métropole. Mais aujourd’hui les contraintes sont telles pour les agriculteurs qu’on se doit de travailler à un projet qui soit réalisable et viable pour eux.

La restauration collective offrirait des débouchés à ces futurs agriculteurs ?

On travaille au circuit court, mais vous savez si l’on prend les écoles, les crèches, les Ehpad et les portages de repas à domicile cela fait plus de 4 000 repas par jour. Il faudrait au moins 300 hectares pour répondre à la demande.

Parlons justement de la restauration scolaire. Il y a eu également des débats sur ce point…

Ce dossier avance bien. Nous avons lancé l’intégration des cantines dans les écoles Jean-Moulin et Petits Princes, et nous entamons les études pour Rose de France. Nous avons également changé de prestataire afin de privilégier davantage les circuits courts, tout en assurant des volumes suffisants. L’enjeu des cantines scolaires est essentiel, et nous y réfléchissons activement. Ce matin encore, je visitais une entreprise de restauration collective à Vendargues. Nous étudions aussi la possibilité d’une cuisine centrale. Il en existe déjà une à l’EHPAD Via Domitia, et nous nous demandons s’il serait pertinent d’en créer une plus grande pour approvisionner nos écoles.

Vous évoquiez au début de cette interview, un montant de 68 millions d’investissement. Tout ceci financé sans augmentation d’impôts. Question légitime, comment vont les finances de la Ville ?

Elles sont saines. Notre endettement est de 2,6 ans, ce qui est assez bas pour une ville de notre taille. Le résultat nous permet même de pouvoir rembourser un emprunt à taux variable avant la fin de l’année, ce qui va encore réduire notre endettement. Mais pour autant, vu la conjoncture actuelle, on ne va pas non plus fanfaronner. Il y a l’inflation, la caisse de retraite des fonctionnaires qui a pris une augmentation de 300 000 euros. La perte liée aux droits de mutation (NDLR : suite à une baisse d’activité du secteur immobilier) c’est 300 000 euros en moins de recettes. Nous devons rester prudents, et pour boucler le budget cette année, il a fallu faire des coupes dans les services.

Vous subissez également les coupes budgétaires d’autres institutions. Dans quelle mesure, cela vous affecte-t-il ?

Un exemple concret est le projet de la Maison du Numérique. Avec l’augmentation des coûts, nous comptions sur des cofinancements de la Métropole et de la Région, indispensables pour débloquer des fonds européens. Mais, au vu du contexte, nous ne bénéficierons probablement pas de ces financements et le projet devra être mis en pause. Certains y ont vu un projet secondaire, mais c’est une initiative structurante pour notre écosystème numérique et l’attractivité du territoire. Certains ont critiqué ce projet parlant d’un caprice de mon premier-adjoint, mais il s’agit d’un projet structurant et cohérent au regard de ce qu’on évoquait tout à l’heure concernant l’écosystème du numérique et l’attractivité du territoire.

Pareil pour la nouvelle piscine promise depuis près de 10 ans par la Métropole, et dont la construction avait été votée en conseil métropolitain en 2023 ?

Oui on avait espoir qu’elle sorte de terre entre le lycée Pompidou et le rond-point Bir-Hakeim mais avec le contexte budgétaire de la Métropole, on va devoir être encore patients.

Qu’en est-il de la sécurité à Castelnau-le-Lez ? Avec l’accroissement de population, il a fallu faire évoluer la police municipale ?

A commencer par le doublement des effectifs. On est passé de 15 agents à mon arrivée à une trentaine. Nous avons aussi modernisé nos équipements : le Centre de Supervision Urbain (CSU) et le déploiement de caméras, qui passeront bientôt de 60 à 113. On a su faire évoluer notre police pour répondre à cet enjeu. On a été parmi les premiers à installer des bornes d’alerte devant les établissements scolaires. Nos agents sont présents dans les transports, en complément de la Police Métropolitaine des Transports (PMT), et la gendarmerie patrouille régulièrement dans nos rues. Castelnau reste une ville sécurisée. Nous avons aussi le projet d’un nouveau poste pour la police municipale de Castelnau.

La violence, c’est aussi celle dont sont victimes beaucoup de maires. Je sais que
récemment vous avez été menacé de mort par des militants d’extrême droite. Sans parler de l’arène politique, où les attaques sont parfois personnelles. Toutes ces tensions ne vous atteignent pas ?

Il y a des jours où l’on se demande « Pourquoi je fais ça ? » (rires). Mais pour moi, être maire c’est une vocation. Certains pensent que nous sommes là pour le pouvoir ou l’argent, alors que c’est un engagement total, 24h/24.

Ce qui me fait tenir, c’est l’envie d’achever les projets engagés. Prenons l’exemple du passage à niveau (PN39), le plus dangereux d’Occitanie. Dès mon arrivée en 2017, j’ai contacté le secrétaire général de la préfecture. Sept ans plus tard, nous sommes enfin à l’étape du financement : 33 millions d’euros de travaux pour faire passer les voitures en dessous. Ce type de projet demande du temps, de la ténacité et de la persévérance.

Aujourd’hui, 68 % des Français expriment une défiance envers les responsables politiques, sauf envers leur maire. Ce rôle repose sur la proximité, l’écoute et la capacité à avancer malgré les obstacles.

J’ai d’ailleurs pris mes distances avec les partis politiques, quittant Les Républicains.
Mon seul parti désormais, c’est Castelnau-le-Lez.



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