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Fermetures en série, pénurie de maîtres-nageurs… Les piscines publiques du Val-de-Marne à la dérive



Léon Marchand serait-il le séquoia qui cache une forêt de nageurs en souffrance ? Alors que les Jeux olympiques de Paris 2024 ont mis en lumière le représentant principal de la natation française, les bassins hexagonaux ne rigolent pas. Créneaux indisponibles, cours surchargés, manque de maîtres-nageurs… Les problèmes s’accumulent. En Île-de-France, tous les départements sont concernés. Mais depuis plusieurs semaines, l’un d’entre eux concentre l’attention.

Une quarantaine de piscines pour plus d’un million d’habitants

C’est le Val-de-Marne. Pourvu de 41 piscines, ce territoire peuplé d’1,4 million d’habitants a récemment vu deux de ses centres aquatiques fermer pour plusieurs mois. À Vincennes, « le Dôme » sera fermé jusqu’à l’été 2026. Le motif ? Des défaillances constatées dans l’étanchéité, le traitement de l’air et le bâti. Le chantier coûtera deux millions d’euros. Pendant les travaux, les 48 000 Vincennois devront se rendre dans un autre équipement.

Même contrainte pour les citoyens de Bonneuil-sur-Marne. Dans cette commune de 18 300 habitants, la fermeture de la piscine Marcel-Dumesnil n’était pas attendue. Au cours de la vidange annuelle, les experts du gestionnaire du site, le Grand Paris Sud Est Avenir (GPSEA), ont constaté le décollement de plusieurs carreaux dans le bassin principal. Conséquence, des travaux doivent être engagés. Ils s’achèveront en juin 2025.

« La plupart des piscines datent des années 1970. Elles ont vieilli techniquement »

Jean-François Dufeu
Vice-président du Grand Paris Sud Est Avenir chargé des équipements sportifs et culturels

Si les raisons de ces fermetures se révèlent indépendantes, elles mettent en exergue un problème d’espace. Selon la Fédération française de natation, le Val-de-Marne met à disposition 125 mètres cubes de bassin pour 10 000 habitants. Cette proportion est l’une des faibles de la région francilienne. Le bonnet d’âne revient à Paris, où la densité d’eau chlorée s’avère la plus faible, avec 91 m3 pour 10 000 habitants.

Une profession en souffrance

Le diagnostic est posé. « On a calculé avec le GPSEA qu’il manquait 900 mètres carrés de surface aquatique », déplore Jean-François Dufeu. Corollaire de ce phénomène, les piscines sont régulièrement pleines. Les clubs ne disposent pas toujours de place pour accueillir de nouveaux licenciés. Et dans les établissements scolaires, l’option de la désertion est parfois choisie.

Selon une enquête de l’Académie de Créteil, 74 % des collèges et lycées interrogés déclaraient avoir réalisé un module natation au cours de l’année 2020-2021, un chiffre inférieur à la Seine-Saint-Denis et la Seine-et-Marne. Et ce, même si ce taux est à relativiser en raison de la faible participation à l’étude (39 %). Sollicitée par actu Paris, l’Académie de Créteil n’a pas répondu à nos questions.

En plus des problèmes d’offre, le Val-de-Marne est confronté à une pénurie de maîtres-nageurs, comme le reste du territoire francilien.

« Nous avons 1 500 maîtres-nageurs. Il en manque 500 pour répondre aux besoins, notamment des écoles »

Axel Lamotte
Syndicat national des maîtres-nageurs sauveteurs (SNMNS)

« On demande à des enseignants de suppléer les maîtres-nageurs et à des parents bénévoles de surveiller. Mais c’est comme si on devenait professeur de piano en ayant joué deux notes », peste-t-il. L’exil de ces professionnels s’est accéléré après le Covid-19. « Il sont partis vers des climats plus sereins », reconnaît Jean-François Dufeu.

Contrainte à des horaires décalés, à un environnement bruyant et à des risques de maladie professionnelle liés aux dérivés du chlore, la profession de maître-nageur n’attire plus. D’autant que la formation coûte 7 000 euros. Dans ce contexte, certaines piscines n’ont pas d’autres choix que de réduire leur volume horaire. Pour Axel Lamotte, la crainte va au-delà.

Une piscine à Créteil en 2028

« Je pense qu’avec la facture énergétique et de l’eau, il y a des piscines qui vont fermer. J’ai très peur », se désole le responsable syndical. Du côté du GPSEA, qui gère huit piscines val-de-marnaises (Boissy-Saint-Léger, Bonneuil-sur-Marne, Chennevières-sur-Marne, Créteil, Sucy-en-Brie, Villecresenes), les yeux sont rivés vers 2028.

C’est l’échéance fixée par l’institution pour l’ouverture de la future piscine de Créteil. Composé d’un bassin olympique de 50 mètres, de gradins de 700 places, de plusieurs bassins d’apprentissage et d’un espace relaxation, ce centre aquatique devrait héberger plusieurs clubs. Le coût des travaux est de 29,3 millions d’euros.



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