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entre deux révisions du bac, des ados braquaient des porteurs de montres Rolex



Une perspective d’argent facile et des conseils avisés. Ce jeudi 13 février 2025 s’est tenu devant le tribunal correctionnel de Paris le procès de quatre hommes. Trois d’entre eux, âgés de 19 à 20 ans, sont poursuivis pour avoir attaqué une bijouterie et une agence immobilière dans la capitale. À chaque fois, des montres de luxe étaient la cible. Le quatrième prévenu, âgé de 22 ans, était de son côté jugé pour avoir fait office de « conseiller » du trio. Des peines allant jusqu’à un an de prison ferme ont été prononcées.

Attaque de bijouterie et d’agence immobilière

Le 20 avril 2024, la journée commence comme d’habitude pour Laurent*, agent immobilier dans le 9ᵉ arrondissement. En un instant, tout bascule. Quatre hommes font irruption dans son bureau et le jettent au sol. Les coups pleuvent. « Ils se sont défoulés sur moi », déclarera aux enquêteurs l’agent souffrant d’hématomes sur le visage. Le quatuor tente de lui voler la montre de marque Rolex à son poignet. La victime se défend. Les agresseurs prennent la fuite, non sans avoir pris son passeport et son téléphone.

Quelques semaines plus tard, le 10 mai, nouvelle attaque dans le même arrondissement. Trois hommes gantés et masqués se rendent dans une petite bijouterie fantaisie. Le gérant est menacé avec une arme à feu. L’un des assaillants, équipé d’un marteau, fracasse la vitrine et s’empare de plusieurs montres. La Rolex au poignet de la victime est aussi arrachée. Préjudice total : 17 000 euros.

Sept jours plus tard, nouvelle affaire, cette fois rue Monge dans le quartier latin. Un homme masqué vêtu de gants en latex tente de rentrer dans une bijouterie. Le gérant, méfiant, l’en empêche via la sécurité. L’individu est appréhendé peu après, puis relâché.

Trahis par le Pass Navigo

Après l’attaque de la bijouterie fantaisie, la police judiciaire est mise sur le coup. Par un minutieux travail, les agents parviennent à retrouver la trace du trio de braqueurs. C’est d’abord la gardienne de l’immeuble où se trouve la bijouterie qui a pris en chasse les assaillants jusqu’au métro. C’est ensuite au tour de la vidéosurveillance de parler. Après avoir pris la ligne 7 du métro en direction de La Courneuve, ils sont retrouvés à Chelles en Seine-et-Marne.

Vidéos :

Un élément va frapper les policiers : l’un des braqueurs utilise son pass Navigo. Grâce à ce compostage, ils parviennent à obtenir son nom et son numéro de téléphone. L’étude des factures de téléphone et du bornage permet de mettre au jour toute l’équipée. Ils sont interpellés en décembre 2024.

Des conseils sur un groupe Snapchat

La police n’est pourtant pas au bout de ses surprises. Les trois prévenus, à peine majeurs, sont sur un même groupe Snapchat. Des échanges ont lieu avec un autre individu. Ce dernier semble faire office de conseiller en délinquance. À plusieurs reprises, il envoie des photos de bijouteries et, la veille du braquage, il semble motiver ses troupes :

« Vendredi, ça frappe fort. Ça rentre, ça éclate tout. Demain, vous ramenez tous gants et masques ».

« En vrai je viens de penser. Si on rentre, tu veux qu’on sorte comment ? », lui demande un membre du trio quelques heures avant l’attaque.

Après le vol de la bijouterie, les prévenus ne manquent pas d’exprimer leur euphorie sur le réseau social. « Quand je mets la tre-mon, je parle comme un bourgeois, je suis stupéfait », lâche goguenard l’un des braqueurs, exhibant à son poignet la tocante de luxe volée au bijoutier.

« Je voulais pas être violent »

Ce jeudi, l’heure n’est plus à la rigolade pour l’équipée. Depuis le box des prévenus, les trois jeunes hommes font profil bas. Ils reconnaissent les faits, et jouent la carte du repentir.

« On m’a dit d’aller vers la victime. Je voulais pas être violent avec elle. J’ai essayé de retirer la montre », bredouille l’un des prévenus en évoquant l’attaque de la bijouterie.

« Oui, enfin si je vole la montre de quelqu’un en pleine rue, il le verra comme de la brutalité », le retoque le président.

« J’étais pas conscient des conséquences entre la violence et le mal moral », assure le jeune homme, vêtu d’une chemise blanche.

À l’audience, les jeunes braqueurs l’assurent, ils n’avaient pas d’armes de poing lors de l’attaque. Une version qui a de quoi agacer l’avocat du bijoutier, dont le traumatisme est encore vivace. Quant au butin, le trio affirme avoir jeté toutes les montres volées, car elles n’auraient eu aucune valeur.

« Je l’ai fait pour payer mes jeux vidéos »

Les raisons de ces violentes opérations ne manquent pas de questionner la cour. Sans casiers judiciaires, les trois prévenus sont bien insérés socialement. Deux d’entre eux étaient par ailleurs en pleines révisions du bac pendant les faits. L’un souhaiterait même devenir agent immobilier, comme sa victime.

« Vous mourrez de faim ? Vous êtes en foyer ? C’est quoi l’explication pour que des gens qui n’ont rien fait en prennent sur la tronche gratuitement ? », s’irrite le président.

« Je l’ai fait pour l’argent, pour payer mes jeux-vidéos », glisse l’un des prévenus.

« Je pensais que c’était facile. Je réflechissais pas beaucoup aux conséquences. Ma mère m’a élevé en me disant qu’il fallait s’aimer les uns les autres. Et moi, j’ai pas du tout fait ça », s’excuse un autre.

« Il y a une profonde bêtise. Tout ça pour quels résultats ? Jouer aux jeux vidéos », tance le procureur, qui requiert trois ans de prison, dont une année avec sursis, contre le jeune trio.

« J’ai fait de la prison. Ils se sont dits, on va prendre exemple sur lui »

Et le conseiller Snapchat ? Lui aussi est dans le box des prévenus. Si les trois autres bafouillent, il s’exprime d’une voix tranchante et rocailleuse. Un peu plus âgé, son casier porte la trace de plusieurs condamnations. Aux juges, il explique avoir été simplement victime de sa réputation.

« Ils – les trois autres prévenus – sont venus me voir dans mon quartier. J’étais avec mes sous. Ils m’ont demandé si j’avais un plan sous. J’ai dit que non. Ils m’ont dit ce qu’ils voulaient faire et ce qu’ils étaient prêts à faire », relate ce rappeur cumulant plusieurs milliers d’abonnés.

« Mais c’est quoi votre réputation pour qu’on s’adresse à vous », s’étonne le procureur.

« Y’a pas de secret. Par rapport à mon passé. J’ai fait de la prison. Ils se sont dits, on va prendre exemple sur lui », affirme le prévenu condamné pour extorsion et vols avec violences.

Il prétend n’avoir envoyé que des photos de bijouteries au hasard sur le groupe Snapchat. Quant aux messages où il conseille au trio de porter gants et masques, il rétorque qu’il parlait d’une autre bijouterie du 10ᵉ arrondissement, qui n’a pas été attaquée.

Des prévenus intimidés ?

Interrogés, les autres prévenus vont dans ce sens. Tous minimisent l’implication de ce mentor en infractions. Ont-ils été intimidés ? En détention, le rappeur aurait commis des violences sur deux membres du trio.

« Je n’ai rien fait du tout avec eux. J’ai pas envie de rajouter des conflits. On a juste parlé fort », assure-t-il.

« Et il y en a un qu’on retrouve avec une grosse bosse », lâche dubitatif le président.

À son encontre, le parquet requiert une peine similaire à ses comparses, car si son implication est moindre, son casier est plus chargé. Une décision qui ne manque pas de faire réagir son avocat : « Il fait l’objet de l’étiquette du commanditaire, mais il ne répond pas aux messages et envoie des infos qui ne correspondent pas. C’est trop faible pour qu’il soit considéré comme un complice ».

Du côté de ses confrères, on demande la clémence pour ce jeune trio bien inséré, mais tenté par la délinquance. « Ce sont des primo-délinquants. Ils n’ont pas pris conscience de la gravité de leurs actes », justifie l’un des avocats.

Le tribunal aura finalement la main moins lourde que le parquet. Pour l’ensemble du trio : un an de prison ferme avec maintien en détention. Même tarif pour leur mentor présumé.



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